Oct. 23, 2017

par Jacques Beaulieu

Rassurez-vous, je ne suis pas médecin. Mon but ici n’est donc pas de valoriser ni d’abaisser cette profession. Mon interrogation porte surtout sur l’avenir du système de santé et d’un de ses groupes de professionnels les plus impliqués : les médecins.

Savoir d’où on vient pour mieux regarder où on va

Cette maxime d’un autre âge semble bien avoir été classée dans la case oubli. Quelle était la profession médicale autrefois, qu’est-elle aujourd’hui et que deviendra-t-elle? Et finalement qu’est-ce que cette histoire nous apprend du patient ? Voilà les questions auxquelles ce blogue tentera de répondre.

Qui était le médecin ?

Inutile de remonter jusqu’à Hippocrate (460 à 370 avant Jésus-Christ), ce père de la médecine occidentale. Contentons-nous de revenir avant l’arrivée de l’assurance hospitalisation et l’assurance maladie. Prenons l’exemple d’un médecin dans les années 1950. La médecine était alors entièrement privée, c’est-à-dire que tous ceux qui voulaient consulter un médecin devaient le payer. Le médecin d’alors, s’il voulait monter et surtout conserver une clientèle suffisamment importante pour lui permettre de payer ses frais de bureaux, de secrétariat et de transport tout en assumant un revenu pour faire vivre sa famille, ne pouvait pas ouvrir son bureau à 8h30 et le fermer à 16.30. Je me souviens, à la fin des années 1960, si j’avais besoin de voir le pédiatre pour mon enfant, celui-ci faisait des consultations à son bureau le soir et les samedis matin pour accommoder les parents qui travaillaient. Le médecin de famille quant à lui était au service de ses patients 24 heures par jour, 365 jours par année. Il n’était pas rare qu’il fût appelé en pleine nuit pour un accouchement ou encore pour se rendre aux chevets d’un de ses patients mourants. Ces services comportaient certes des obligations mais aussi et surtout une gratification et une qualité de relations entre le médecin et son patient, deux phénomènes qui ont fondu lentement mais surement avec l’arrivée de l’assurance maladie.

 Qui est le médecin aujourd’hui ?

La première réponse qui me vient à l’esprit est que le médecin est devenu un genre d’hybride entre le professionnel autonome qu’il était et un fonctionnaire. Car l’exercice de sa profession a changé énormément. D’une profession libérale où l’autonomie et le rendement étaient deux qualités essentielles à sa survie, la médecine devient de plus en plus un fonctionnariat déshumanisant au service d’un ministère centralisateur pour qui le rendement n’est assujetti qu’aux coûts qu’il engendre. Ce médecin qui devient de plus en plus un fonctionnaire de l’état voit son autonomie constamment diminuée avec un liberté d’exercice qui s’est réduite comme une peau de chagrin.

Dans ce système de plus en plus labyrinthique à force de règlements, de structures et de loi, le médecin, tout comme le patient, en sont réduits l’un à dispenser des soins à une cohorte d’individus qu’il ne connait pas et les autres à chercher une cohorte à laquelle se joindre lorsqu’ils ont besoin de ces soins. Tant le médecin que le patient ne sont devenus que des numéros aux yeux d’un ministère qui tente avec de moins en moins de succès de maintenir à flots un bateau de plus en plus lourd.

Qui sera le médecin de demain ?

L’avenir s’annonce plutôt sombre. D’une part, nous assistons à une déshumanisation de la relation patient – médecin. Pour ceux qui aurait besoin d’une preuve supplémentaire, citons cet article de Fanny Lévesque de La Presse (20 octobre 2017)

 « Personne ne sera blâmé pour l'oubli d'un outil chirurgical de 33 centimètres dans l'abdomen de Sylvie Dubé, le 14 mars. Le commissaire local aux plaintes et à la qualité des services du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) conclut après examen de la plainte déposée par la patiente que l'oubli s'explique par la «défaillance du processus». »

http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201710/20/01-5140764-un-outil-oublie-dans-son-ventre-apres-une-chirurgie-aucun-blame-emis.php

Nous constatons ici que dans la situation où un instrument a été oublié dans l’abdomen d’une patiente, aucune personne, aucun être humain n’est tenu responsable. L’humain ici n’est plus en cause, il s’agit d’une défaillance du processus.

D’autre part, nous sommes encore loin de certaines solutions qui pourraient améliorer notre sort.

Ainsi, dans d’autres pays industrialisés, les rapports entre les médecins et les patients changent aussi, mais pas dans le même sens qu’ici. Aux États-Unis, en Europe et en Asie, la tendance est de créer un partenariat entre le patient et le médecin pour une amélioration continuelle et progressive de la santé publique. Ici, le terme partenaire patient-médecin tente de s’implanter. Mais, il faut l’avouer, l’objectif, bien qu’il soit noble, s’annonce des plus ardus. Comment devenir le partenaire de quelqu’un qu’on ne connait pas ? Le gouvernement impose aux médecins de voir des milliers de patients, d’aller pratiquer en région pendant des périodes que l’État détermine lui-même, selon un horaire qu’il dicte à ses médecins-fonctionnaires et avec des ressources qu’il s’est institué le seul à fournir car il a mis fin, souvenons-nous, aux frais accessoires. Le patient, lui, ne voit pas toujours le même médecin mais un de ceux qui travaille à la clinique qu’il fréquente quand il n’est pas obligé de se rendre dans une urgence où il sera reçu aussi par une personne qu’il ne connait pas. Nous sommes à des lieues de ce partenariat patient médecin qui pourtant s’annonce comme étant la voie du futur en santé publique.

Le patient ne pourra continuer longtemps à n’être que le spectateur impuissant d’un système aussi vorace en termes de coûts qu’inefficace au niveau du rendement. Il faudra qu’il s’impose aux décideurs non seulement avec un rôle d’observateur ou même à titre consultatif. Les patients devront être en mesure de faire parvenir leurs exigences et leurs plaintes directement au Ministre concerné et ce dernier devra avoir l’obligation d’obtenir l’accord des patients avant d’effectuer des réformes qui touchent le système de santé.

Ainsi non seulement le patient devrait-il établir un partenariat avec son médecin mais aussi un partenariat avec son ministère. Mais cela implique au moins deux changements majeurs. Du côté du ministère, il s’agira d’un changement de cap radical puisqu’il lui faudra accepter de décentraliser au maximum un système qu’il a, au contraire, ultra-centralisé. Pour ce qui est du patient, il lui faudra apprendre à faire valoir ses opinions, à contester et à suggérer des solutions à ce système qui ne lui offre pas les services pour lesquels ils paient le prix fort.

Bien humblement, c’est l’objectif du Journal le patient du Québec de nous offrir une plateforme pour contester, pour faire part de nos doléances et pour suggérer des solutions.

S.V.P. utilisez-le :

patient@journallepatientduquebec.com.

Et si vous le faites en grand nombre, alors seulement pourrons-nous espérer un retour à une médecine plus humaine.

Nous attendons et espérons vos commentaires !