16. août, 2018

Les faux problèmes en santé

À l’approche des élections, aucun des partis ne vous annoncera qu’il ne sait pas discerner entre les vrais et les faux problèmes qui congestionnent notre système de santé. Mais pourtant depuis près de 30 ans, on s’acharne, dirait-on, à régler les faux problèmes.  

Par exemple, dès le début des années 1990, le système de santé manquait d’accessibilité (eh oui, ce n’est pas tout à fait nouveau !). Le problème était que les patients avaient adopté les urgences des hôpitaux comme porte d’entrée dans le système de santé. Au lieu de clairement identifier le problème et de miser sur les cliniques médicales, le ministre d’alors, dans un élan oratoire digne de mention, proclama vouloir mettre le patient au cœur du système. Et pour ce faire, il créa les CLSC, un endroit où les patients pourraient se faire soigner entre 8h30 à 16h00 du lundi au vendredi sauf les jours fériés… Tant pis si vous êtes malades après ces heures ou durant un congé férié !

Au début des années 2000, il fallait resserrer les budgets, après avoir créé en 1997, un régime d’assurance médicament et les CPE. Où trouver ces argents. Le gouvernement d’alors plutôt que de se restreindre dans ses dépenses en reculant sur certains programmes mis de l’avant par ses prédécesseurs préféra plutôt faire baisser les coûts des médicaments et pour ce faire il décréta que dorénavant, lorsqu’un médicament générique serait disponible il faudrait opter pour celui-ci plutôt que sur le médicament d’origine. Montréal était alors un leader mondial et pratiquement toutes les grandes compagnies pharmaceutiques y avaient non seulement leurs directions mais aussi de grands centres de recherche. Ce fut un très dur coup pour l’industrie qui dut, dans la grande majorité des cas, déménager ses pénates ailleurs. Alors que l’industrie des médicaments génériques s’était concentrée dans la région de Toronto et que Montréal abritait les industries qui faisaient des recherches, Toronto devint la grande gagnante de cet effort économique de notre gouvernement.

Dans les autres exemples de faux problèmes et de leurs solutions, soulignons le passage des régies régionales de santé à celui des agences de santé qui deviendront finalement les CISSS et les CIUSSS. Qui peut prétendre avoir obtenu plus facilement des soins ou encore de meilleurs soins après ces changements ?

Les élections 2018

Nous n’irons pas dans le détail de chaque position des partis dans le domaine de la santé. Mais disons que les prémisses ne sont pas des plus encourageantes. En effet, trois des quatre grands partis qui se présentent ont identifié le même problème : le salaire des médecins. Comme si le fait que nos médecins aient enfin, après plus de 10 ans de négociation, rejoint les salaires de ceux qui travaillent en Ontario ou ailleurs au Canada fasse en sorte que nous n’arrivions toujours pas à fournir les services auxquels les patients s’attendent. Le médecin n’est tout de même pas celui qui d’attribuer tel budget à tel service ou de donner un bain ou deux dans les CHSLD ou encore celui qui vérifie le contenu des réfrigérateurs pour voir si les aliments sont passés date. Il n’est pas non plus celui qui décide des horaires d’ouverture des salles d’opération. Pour avoir enfin obtenu une équité salariale avec ceux du reste du Canada, les médecins d’ici n’ont pas attendu 1 an, ni 5 ans, ni même 10 ans, il leur a fallu 18 ans de négociation.

Mais cela demeure facile de promettre de sabrer dans les salaires des médecins. La population accepte comme une évidence qu’un joueur de hockey gagne plus de 10 millions de dollars par année ou qu’un chef d’entreprise gagne plus d’un million et ce même lorsque son entreprise est financée par l’État. Mais la même population crie au scandale quand notre radiologiste québécois gagne le même salaire que son confrère ontarien. Et nos politiciens, dont le désir préélectoral est de plaire au bon peuple déchirent leurs chemises sur les salaires de nos médecins.

C’était un exemple, trop parfait pour être oublié, de citer un faux problème (le salaire des médecins) pour proposer des solutions qui ne tiendront, de toute évidence, pas la route.

On espère toujours un ministère de la santé plus démocratique dans lequel un bureau des usagers pourra être informé des moyens qu’entendent prendre nos gouvernants pour nous offrir un système de santé enfin efficace.  La participation de ceux qui paient plus de la moitié de leurs impôts pour le système de santé ne semble pas peser bien lourd dans la balance. Cette ignorance du citoyen et du patient par notre système de santé est un vrai problème. Mais il est, il faut croire, plus facile de régler les faux problèmes.