25. mai, 2019

Éditorial 18 mai: La science, le parent pauvre des médias

Les sciences de la vie au Québec, quel beau titre ? Pourtant, je suis quasiment convaincu que la plupart des gens à qui nous demanderions : qu’est-ce qu’on appelle les sciences de la vie ? ne saurait pas donner une réponse correcte. Qui plus est, si nous poussons un peu plus loin et demandons : Nommez-moi une personne impliquée dans les sciences de la vie au Québec, les chances d’obtenir ne serait-ce qu’un nom sont presque nulles.

Pourtant la plupart des Québécoises et Des Québécois connaissent les Brendan GallagherJesperi KotkaniemiArtturi LehkonenMatthew PecaTomas Plekanec et Nikita Scherbak de ce monde. En réalité, le monde du sport, celui de la politique, de la justice et des arts trouvent facilement leur place dans l’intérêt commun mais, celui des sciences est beaucoup moins convaincant. Pourquoi ?

Pourtant le nom de Rémi Quirion n’est pas plus difficile à apprendre et à mémoriser que celui de Jesperi Kotkaniemi. En passant, Rémi Quirion est le scientifique en chef du Québec et il a été intronisé au Temple de la renommée médicale canadienne le 2 mai dernier. Félicitations Dr Quirion. N’enlevant rien à notre élite sportive, politique ou artistique, c’est le travail des scientifiques qui permettra de soigner nos enfants et nos personnes âgées. C’est aussi ce travail qui nous a éveillé à tous les problèmes de notre planète et qui nous apportera les solutions les plus efficaces pour contrer ces phénomènes. Pourquoi alors ce travail et les personnes hautement qualifiées qui l’exerce avec passion et compétence et dont les résultats sont des plus utiles à notre société et à son avenir ne sont-ils pas mieux connus du grand public ? La réponse est fort simple et tout autant déconcertante : c’est que nous n’en parlons pas !

Tant que les sciences de la vie feront partie de la niche orpheline des médias écrits, radiodiffusés et télévisuels, le grand public restera ignorant des changements scientifiques qui risquent fort d’améliorer l’existence de tous et chacun.

Il est impératif d’unir les efforts de tous les médias pour faire connaître nos grands savants. D’abord par avantage personnel. Dans un monde où le patient devient de plus en plus le premier partenaire de sa propre santé, il est primordial qu’il ait accès à ce qui se fait dans le milieu scientifique. Tout le monde n’est pas abonné aux revues scientifiques internationales (Ex : Journal of the American Medical Association ou encore au New England Journal of Medicine, etc.) et même si tous les recevaient gratuitement, peu serait en mesure de bien comprendre leur contenu. Il ressort des médias qui s’adressent au grand public de trouver les moyens de vulgariser et de présenter nos grands acteurs des milieux scientifiques, leurs réalisations et leurs espoirs.

L’autre raison aussi essentielle de faire connaître nos sciences de la vie concerne le financement de ces activités.  Toutes les autres activités de la société reçoivent des subventions gouvernementales d’une forme ou l’autre. Prenons l’exemple du sport. Sans même parler des subventions directes sous forme d’allègement de taxes ou d’octroi de financement d’arénas, de centres sportifs, etc., le soutien au sport amateur qui permet à nos jeunes de participer à ces activités et permet aussi de former des sportifs de grand talent qui feront part de la relève. Si on décidait d’abolir, ou même de diminuer substantiellement ces subventions, ce serait un véritable tollé de protestations auquel nous aurions droit. En recherche scientifique, on a fait souvent dans le passé des coupures sans aucune onde de choc dans le public. Et là aussi, tout le monde y perd. Les chercheurs actuels devront passer des centaines d’heures pour trouver d’autres sources de financement au lieu de faire de la recherche scientifique. Et nos jeunes qui n’ont pas entendu parler des sciences ne s’inscriront pas dans ces sphères d’étude et ne formeront cette relève dont notre société aura impérativement besoin dans les années à venir. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) mettait en garde cette semaine l’humanité entière contre le fait que d’ici 30 ans, le nombre de cas de maladie d’Alzheimer allait tripler. Ce sera plus de 150 millions de personnes à travers la planète qui seront atteints de cette maladie contre laquelle nous n’avons pas encore de traitement efficace. Nos pays sont-ils préparés à faire face à cette situation ? Permettez-moi d’en douter.

Ayant œuvré dans ce domaine depuis une quarantaine d’années, je rêve d’une situation où un média écrit, une station de radio et une station de télévision unissent leurs efforts pour faire connaître les sciences de la vie au Québec. Il s’agit d’une niche jusqu’à ce jour orpheline mais qui pourra, si bien orchestrée, conquérir un nouveau public.

Au fil de toutes ces années j’ai eu l’occasion de toucher à l’écriture (35 livres sur la santé et près de 300 articles dans les médias écrits) à la radio où j’ai eu le plaisir d’être souvent invité et à la télévision où j’ai signé la série Science et technologie au réseau TVA. Si aujourd’hui l’un ou l’autre de nos grands médias est intéressé, je déclare : toujours présent et toujours aussi passionné !