8. juin, 2019

Les groupes anti-médicaments et antivaccins finiront-ils par avoir raison ?

Éditorial 1er juin 2019

Par: Jacques Beaulieu

La réponse scientifique à ces questions est absolument NON !

Il n’est à considérer que deux périodes historiques : avant les vaccins et les médicaments et… après. Avant les taux de mortalité infantile étaient très élevés. Il était très rare voire exceptionnel qu’une famille n’ait pas perdu 1, 2, 3 enfants ou plus avant que ceux-ci n’aient atteint l’âge vénérable de… 3 ans. Les maladies infantiles, que l’on parle de diphtérie, de coqueluche, de variole, de rougeole, etc., décimaient les familles. Et ceux qui survivaient pouvaient espérer une longue vie qui durait en moyenne 50 ans pour les hommes et 60 pour les femmes. Car à cette époque (nous parlons du début du XXème siècle et non de l’Antiquité ou même le Moyen-Âge) l’espérance de vie était fort limitée. Et pour cause : aucun médicament pour combattre les infections, aucun pour aider les diabétiques ou encore ceux qui présentaient des problèmes cardiaques. Et nous ne parlons même pas ici des problèmes psychiatriques pour lesquels la seule solution consistait à enchaîner ceux qu’on appelait alors les fous et les laisser crier dans des asiles. Évidemment, depuis l’arrivée des vaccins, ces taux de mortalité infantile ont fondu comme neige au soleil et l’espérance de vie s’est allongé de près de 30 ans. Et ceci est sans parler de la qualité de vie. Rares sont les diabétiques qui aujourd’hui doivent vivre avec une ou deux jambes amputées à cause de la gangrène due au diabète.

La réponse médiatique à ces questions est malheureusement PEUT-ÊTRE !

Deux titres relevés dans les journaux cette semaine portent à réfléchir à cette question aux deux réponses : l’un disait : Des médicaments néfastes pour la santé  et l’autre : Les Etats-Unis risquent de perdre leur statut de pays ayant éliminé la rougeole.  C’est certain, pour un chef de pupitre, trouver LE titre qui frappe est gage d’attrait d’un plus vaste lectorat. Mais, songeons-nous aux conséquences ? Depuis trop longtemps déjà, nous laissons planer ces doutes quant aux vaccins et aux produits pharmaceutiques en général. On a fait des documentaires anti-pharmaceutiques, les groupes antivaccins multiplient leurs fausses allégations en utilisant les réseaux sociaux pour encore mieux embrigader les sceptiques. En réalité, les assauts fusent de toutes parts, utilisent tous les médias qui trop souvent laissent poindre des sous-entendus si ce n’est carrément des phrases choc qui attisent les préjugés sous le couvert de demi-vérités. Si nous continuons à tolérer ce genre de discours, tel l’eau qui érode les rochers les plus réels, la vérité scientifique disparaîtra enfouie sous les croyances et préjugés populaires véhiculés allègrement par les médias de masse.

La mémoire, une faculté qui a oublié

Effectivement, la mémoire populaire a oublié les souffrances du poupon de 12 mois qui mourrait étouffé par la diphtérie, à bout de souffle et totalement épuisé. Elle a aussi oublié l’horreur que vivait cette jeune maman qui venait d’assister impuissante à la mort de son quatrième enfant. Elle a aussi oublié la puanteur qui pesait dans une maison où le père venait de se faire amputer une jambe gangrénée et qui attendait que la fièvre ne l’emporte totalement. Aujourd’hui, permettez-moi de partager ce souvenir avec vous. J’avais alors 11 ans, depuis la fin mai, mon grand ami ne venait plus à l’école. On disait simplement qu’il était malade. Mais à la rentrée scolaire en septembre, il n’était toujours pas là. C’est alors que j’ai appris qu’il était mort de la poliomyélite comme des centaines d’autres enfants au Québec. C’est pourquoi, j’ai été particulièrement ému lorsqu’une cinquantaine d’années plus tard, j’ai écrit cette tranche de la vie du Dr Charbonneau de l’Hôpital Pasteur à Montréal :

« Mais l'épidémie de 1959 allait changer radicalement la donne. À Montréal seulement, on dénombre 22 décès d'enfants. Au Québec, plus de 1 000 cas étaient déjà recensés. Plusieurs se rappellent encore ces images d'enfants dans des poumons d'acier. L'hôpital Pasteur et le docteur Charbonneau traitent ces cas venus d'un peu partout au Québec. » ( https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/biographie-henri-charbonneau-eradication-polio-tuberculose_b_9457716.html )

La solution à ce désastre épidémiologique fut le vaccin contre la poliomyélite. Et elle fut définitive. Elle stoppa net l’épidémie et la maladie disparut totalement. Il en reste malheureusement encore quelques vestiges dans certains pays qui refusent le vaccin en prétendant que celui-ci ne guérit pas mais apporte la maladie.

Les anti-médicaments et les antivaccins finiront-ils par avoir raison ?

Malheureusement oui, si nous ne prenons pas des mesures énergiques pour rétablir la vérité. C’est certain qu’il est plus facile de suivre le courant, mais les scientifiques et les gouvernements doivent prendre leurs responsabilités et expliquer à nos jeunes, le plus tôt possible, la nécessité des vaccins et celle de la recherche de nouveaux médicaments. Si nos enfants sont bien informés, peut-être peut-on espérer qu’ils deviendront des adultes qui se laisseront moins entraîner par ces mouvements populistes qui au fond représentent de véritables dangers publics.

Je me souviens il y a près de 4 ans, j’avais créé un jeu : Le Vacci-Jeu, le jeu où tout le monde gagne, pour expliquer aux enfants les bienfaits de la vaccination. Mais, c’était compliqué, il fallait y avoir accord entre le MSSSQ et le Ministère de l’éducation et les infirmières qui allaient utiliser le jeu dans les écoles. De plus, il y avait cette frilosité de vexer certains groupes anti-médicaments et antivaccins (il ne faut pas réveiller l’ours qui dort) qui mit un frein définitif au projet. Aujourd’hui la rougeole se répand chez nos voisins du sud et fort probablement elle n’attendra pas son passeport pour entrer au Canada. Nous n’avons qu’à laisser l’espace médiatique et scolaire aux groupes antivaccins et nous verrons bien ce qui se passera.