15. juin, 2019

Éditorial 8 juin

En demandons-nous trop aux gouvernements ?

Éditorial 8 juin 2019

Par: Jacques Beaulieu

En demandons-nous trop aux gouvernements ?

Il y a une soixante d’années, entrer à l’hôpital ne représentait pas un problème, Avec des urgences où l’attente n’existait tout simplement pas, si par un accident ou une maladie sévère, vous vous pointiez aux urgences, on vous voyait immédiatement, vous traitait, vous hospitalisait ou vous retournait à la maison selon votre état de santé. Le problème, et il était de taille, est que les frais d’hospitalisation coutaient cher, très cher. Et plusieurs personnes se retrouvaient pratiquement ruinées après un accident ou une maladie grave. On demanda aux gouvernements l’hospitalisation gratuite, et on l’obtint.  Il y a de cela une cinquantaine d’années, lorsque vous appeliez votre médecin de famille, il se pointait chez vous rapidement ou si vous demandiez à sa secrétaire un rendez-vous, on vous répondait : Quel moment vous irait le mieux ? Et selon votre disponibilité, vous obteniez votre consultation rapidement. Bien sûr, à l’époque, il fallait payer de sa poche son médecin. Et celui-ci, comme il ne voulait pas perdre son client, se rendait le plus disponible possible. Mais pour des raisons économiques plusieurs tardaient avant de consulter un médecin ce qui représentait un risque évident pour leur santé. On demanda la médecine gratuite, Et on l’obtint. Puis ce furent les médicaments.

Cette apparente gratuité a deux prix : elle n’est qu’apparente puisqu’elle est impartie au gouvernement qui doit équilibrer son budget et donc compenser ces dépenses par des revenus d’impôts et de taxes de toutes sortes. Le deuxième prix à payer fut la perte de notre autonomie comme patient. En gros, lorsque c’est le gouvernement qui paie, c’est lui qui décide quand et comment seront dispensés les soins dont nous avons besoin. On ne peut pas et on ne veut pas revenir en arrière, mais il est tout de même permis de se poser des questions.

Que veut-on ?

La réponse est bien différente que l’on soit en santé ou malade. En santé, nous ne voulons rien. Nous espérions même que les coûts de santé soient réduits le plus possible, ne serait-ce que pour équilibrer le budget national. Les précédents gouvernements avaient emprunté cette voie, avec les résultats en coupures de services que nous avons connues. Mais lorsqu’un accident survient ou qu’une maladie frappe, alors rien n’est trop cher et l’état du trésor public devient tout à coup bien moins important.

Qui tracera la ligne ?

Encore ici, nous laissons le tout reposer sur le dos du gouvernement. C’est à lui de décider entre couper ou augmenter, entre fournir tel service ou autre, etc. Depuis plusieurs années déjà, je milite en faveur d’un bureau des usagers où, justement, la population aurait son mot à dire sur ces sujets. Mais, la critique demeure, il faut croire, plus facile que l’action.

Et comment tracer une ligne ?

Un exemple concret se pose présentement dans les coulisses des pouvoirs de nos gouvernements. Ottawa voudrait bien créer un programme d’assurance médicaments universel à tous les Canadiens. Nous avons au Québec depuis de nombreuses années, notre régime d’assurance-médicaments. Mais, au grand désespoir du fédéral et de certains syndicats, notre régime est mixte. Ici, toutes personnes qui n’est pas couvertes par un régime d’assurance-médicament privé est inscrite au régime public d’assurance médicament. Mais ce système qui fonctionne très bien ici n’a pas l’aval de nos élus fédéraux et de certains syndicats. Quand tous les médicaments seront payés par le gouvernement, lui et lui seul décidera quel médicament il remboursera et quel autre il refusera de rembourser. En conséquence, les médicaments les plus coûteux et les nouveaux médicaments risquent fort de ne plus être disponibles au Canada. Lorsqu’il y a un partage entre le privé et le public, comme cela existe ici au Québec présentement, il y a une compétition qui fait en sorte que d’une part le gouvernement doit faire des efforts supplémentaires pour accommoder ses patients et les compagnies pharmaceutiques font aussi, pour leur part, un bout de chemin pour que leurs nouveaux médicaments puissent être accessibles en négociant des ententes de prix avec les systèmes privés et publics qui accommodent tout le monde. Voilà un exemple concret qu’en demandant tout au gouvernement, nous nous retrouvons pénalisés. Ce débat qui, présentement a lieu surtout en coulisses, se retrouvera probablement en avant-scène quand le gouvernement fédéral décidera de proposer son propre programme universel d’assurance médicament tout en faisant fi des acquis québécois dans ce domaine. Peut-être que le hasard fera en sorte que cette annonce arrive en période électorale ?

Qu'y pouvons-nous ?

Nous demandons à notre MSSSQ de couvrir nos soins de santé, de nous fournir une assurance-médicament, de garder nos enfants dans les CPE et de les protéger avec la DPJ, de soigner nos aînés dans les CHSLD, etc, etc. Et nous nous indignons lorsque des drames humains surviennent comme cette fillette martyre de Granby qui échappé aux services de la DPJ ou lorsqu’une jeune femme venue accoucher ici au cinquième mois de sa grossesse parce que ce service n’est pas offert dans sa province a vécu un véritable cauchemar avant d’en arriver à réclamer que l’on sauve absolument son bébé qui est arrivé une douzaine d’heures avant l’avortement prévu. (www.lapresse.ca/actualites/sante/201906/03/01-5228675-un-avortement-tourne-au-drame-a-montreal.php) Ou encore lorsqu’une personne âgée décède en plein hiver sur la terrasse de sa résidence après le déclenchement d’une alarme. Nous exigeons tout du gouvernement, est-ce trop ? J’ai comme une intuition que de confier toutes les responsabilités aux gouvernements est irresponsable. Tout autant que le serait de laisser toutes les responsabilités reposer sur les épaules de chaque individu. D’une part, les individus doivent s’impliquer non seulement dans leur santé mais aussi dans leur système de santé. D’autre part, le gouvernement doit laisser de la place aux individus pour leur permettre de bien jouer leur rôle. Ces deux objectifs seraient bien servis par un bureau des usagers, comme déjà souligné.

Et de plus, il faut apprendre ou réapprendre à prendre soin les uns des autres : les parents des enfants, les enfants des aînés, les amis et les voisins, tout cela en dehors des services gouvernementaux. L’ère de l’état providence tire à sa fin.  En santé, un sain équilibre public –  privé serait-il plus efficace ? Bien humblement, il me semble que la réponse s’impose d’elle-même : OUI.