22. juin, 2019

Éditorial 15 juin : Bulletin de fin d’année en santé

Bulletin de fin d’année en santé

Juin signifie la remise des bulletins scolaires. C’est donc le moment idéal pour distribuer les notes pour les dives intervenants de notre système de santé.

Les brillants

Le trio McCann – Blais- Carmant mériterait certainement un A. Comme souligné dans un article précédent, https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/sante-ministere-danielle-mccann-confiance-super-infirmiere-assurance-medicaments_a_23699655/, l’arrivée du nouveau gouvernement a rapidement amélioré le style de gestion du Ministère de la santé et des services sociaux. D’un climat de provocation et de tyrannie, madame McCann a rapidement instauré une nouvelle ère de consultation et de collaboration. Merci. Elle a aussi réussi ce que tous auraient qualifié d’impossible : faire accepter les super-infirmières. Se tenir debout devant Ottawa afin de conserver notre système d’assurance médicament, augmenter le rôle des pharmaciens et travailler à un mode de rémunération des médecins par capitation font aussi parti de son palmarès impressionnant de succès après un seul semestre. Rappelons que le mode de paiement par capitation consiste à rémunérer les médecins non pas en fonction du nombre d’actes médicaux rendus, mais en fonction du nombre de patients vus par le médecin. Selon un article paru dans le Journal de Québec le 15 mai dernier : « Le mode de rémunération à l’acte est toutefois en perte de vitesse à l’échelle mondiale, constate le chercheur. Des établissements au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis et en Ontario utilisent un système de rémunération par capitation à différents degrés. En Ontario, une étude publiée en 2009 dans le journal médical CMAJ a conclu que les patients suivis dans un modèle par capitation étaient en meilleure santé que ceux suivis par des médecins rémunérés à l’acte. ». ( https://www.journaldequebec.com/2018/08/23/cap-sur-la-capitation ). Du côté de Marguerite Blais et du Dr Carmant, les améliorations semblent bien être en bonne voie de réalisation, que ce soit en ce qui concerne les aînés et les jeunes. Malgré la lourdeur de la tâche à accomplir, il y existe un climat d’ouverture drôlement rafraichissant par rapport aux diktats du passé.

Les cancres

Contrairement à ce que l’opinion publique laisse présager présentement, les grands perdants dans ce bulletin de fin d’année sont les médecins. En effet, bien de gens croient qu’avec les salaires négociés, ils sont les plus grands gagnants, mais il faut d’abord avouer que ces augmentations leur avaient déjà été accordées par le gouvernement précédent. Depuis octobre dernier, rien de plus ne leur a été apporté. Au contraire, l’actuel gouvernement a réussi à assortir certains bonus auparavant consentis et négociés à une obligation de voir plus de patients. Mais, à mon avis, ce n’est pas là la plus grosse perte des médecins. Celle-ci s’étale à deux niveaux : divisions des pouvoirs et réputation des médecins.

Avec l’arrivée des super-infirmières et les pouvoirs accrus accordés aux pharmaciens, le médecin n’est plus le seul soignant des patients. Des infirmières pourront désormais poser des diagnostics et offrir des traitements. Il en sera ainsi pour les pharmaciens qui pourront aussi demander des analyses de laboratoires pour poser des diagnostics en relation avec les médicaments que prend le patient et qui pourra aussi prescrire certains médicaments et renouveler des prescriptions. Le médecin perd sa place d’unique responsable du diagnostic et du traitement des patients, une place qu’il ne retrouvera jamais puisque ces acquis des infirmières et des pharmaciens iront en grandissant au fil des prochaines années.

La deuxième grande perte du côté des médecins est que toutes ces années de négociations ont laissé dans la population l’idée que les seuls intérêts des médecins et de leurs fédérations étaient financiers. Les bonus liés au port du sarrau, ceux à la ponctualité et autres gains ont laissé un goût très amer dans la population. On ne s’attend pas à ces motivations pécuniaires là où on a besoin d’empathie et de dévouement. Pourtant c’est là où loge dorénavant l’image du médecin. Que faudra-t-il pour redorer l’image du médecin ?

Entre les brillants et les cancres

Entre les premiers de classes et les derniers, existe la grande majorité de la classe; et ici, ce sont les patients. Deux constats : ils ont aujourd’hui beaucoup plus d’espoirs et de confiance envers leur système de santé et ils n’occupent toujours pas la place qu’ils devraient s’être octroyée. Le bureau des usagers, que d’aucuns considèrent à tort comme un nouvel organisme futile dans le déjà très encombré organigramme du MSSSQ, n’est toujours pas en place. Les deux vœux pour le prochain semestre du gouvernement : décentraliser le système et le démocratiser.