6. juil., 2019

Éditorial 29 juin: Un lac, un système de santé

Il était un fois un groupe de personnes qui, perdues en forêt, décidèrent d’emprunter la direction gauche pour trouver un lac afin d’y quérir l’eau nécessaire à la survie de leur peuple. Ils auraient pu aller à droite, mais ils y étaient déjà, ou au nord, mais ils n’y atteindraient que le froid. Quant au Sud, il y avait là une frontière tant linguistique que nationale. Il fallait donc aller à gauche. Ils engagèrent un grand nombre d’employés et se mirent à défricher la forêt pour atteindre le lac promis. Mais ni le lac, ni la terre promise ne se pointait. On engagea donc plus d’employés, on structura des équipes de plus en plus spécialisées et on continua à bucher. Le lac n’était toujours pas en vue alors on se dit que c’était la méthode de travail qui était responsable.

L’un des nombreux chefs qui était alors en pouvoir avait entendu parler d’une méthode efficace de gestion mise au point en Asie, la méthode Lean. On l’appliqua mais, sans plus de succès que les autres efforts précédents.

Vint alors un autre grand manitou qui lui avait vu qu’il y avait trop de chefs dans cet organigramme devenu hautement compliqué. Il sabra donc dans ceux-ci, passant de plus de cent à moins de trente. Mais, à part la grogne montante au sein des troupes, les résultats n’étaient toujours pas là. En 2018, 275 352 personnes selon les chiffres du Ministère de la Santé et des Services sociaux (http://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/statistiques-donnees-services-sante-services-sociaux/ressources-humaines/) travaillaient d’arrache-pied pour trouver le fameux lac qui allait enfin soulager la population de tous ses maux. Mon histoire se termine mal et est fort moralisatrice. Est-il une personne qui s’est demandé si on cherchait dans la bonne direction au lieu de ne se centrer que sur ce qu’on pouvait faire pour sauver le système ?

Pourtant des solutions ont été soumises

Plusieurs ont crié au cours des 50 dernières années à un changement de vision au MSSSQ. Le Dr Alban Perrier, le Dr Lamontagne et moi-même avons abondamment parlé de dépolitiser la santé  https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/democratiser-depolitiser-et-decentraliser-voila-les-3-cles-de-succes-pour-notre-systeme-de-sante_a_23365290/. À cet effet le Dr Lamontagne avait eu ce bon mot : « Il faut que les gouvernements établissent des politiques de santé et non fassent de la politique avec la santé ». Mais, bien au contraire, nos gouvernements ne cessent d’utiliser la santé pour servir leurs besoins politiques.Un exemple parmi d’autres, le fait que la santé soit, selon la constitution canadienne, de compétence provinciale, n’a jamais empêché le fédéral d’édicter, chaque fois que cela lui convint, de nouvelles règles en santé. La dernière, et non la moindre, risque fort d’apparaître (probablement par un des plus grands hasards) lors de la prochaine campagne électorale et est celle d’un régime pancanadien d’assurance-médicament. Il ne reste qu’à espérer que ce ne soit pas au complet détriment de notre propre système d’assurance-médicament qui, depuis sa création au Québec, fonctionne très bien. Nous sommes donc à des lieues de la dépolitisation requise.

L’autre roue de secours serait la décentralisation. Encore ici, nous avons au fil des ans, emprunter la direction inverse en ultra centralisant et en fonctionnarisant tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à la santé. La vocation d’antan a été largement remplacée par la fonction publique. Quant à la troisième solution, je n’ose plus en parler de peur que l’on croît que je radote, est la démocratisation.  

Notre grand poète Gilles Vigneau chantait : « J´ai pour toi un lac quelque part au monde
Un beau lac tout bleu 
». Il faut croire, qu’au MSSSQ on est encore bien loin de le trouver. On n’a même pas commencé à regarder dans d’autres directions.

La semaine prochaine : Une place où nous n’avons jamais regardé…