13. juil., 2019

Éditorial 6 juillet: Une place où nous n'avons jamais regardé

Lorsque le système de santé que nous connaissons aujourd’hui a été mis sur pied autour des années 1970, l’objectif était clair : permettre à tous, pauvres et riches d’avoir accès aux soins de santé. Il n’était plus question que des personnes tardent de consulter parce qu’elles n’avaient pas les moyens financiers pour payer le médecin ou l’hôpital. Puis, l’assurance-médicament fit son apparition pour permettre à tous un accès aux médicaments à prix raisonnables. Toutes ces réformes avaient un point commun : la santé du patient. Plus de cinquante ans plus tard, qu’en est-il ?

Le système de santé que nous avons créé pour aider les patients aurait-il perdu de vue son objectif premier : le patient, pour résoudre les problèmes titanesques de son organisation ?

L’avant

C’est vrai qu’avant son entrée en vigueur, il arrivait que des personnes peu fortunées tardent à consulter un médecin au point où lorsqu’elles consentaient à le faire, la maladie avait gagné trop de terrain et il était trop tard pour eux. Le problème n’existait alors pas pour les plus riches qui pouvaient avoir un accès quasi instantané à tous les soins.

L’après

Est-ce vraiment mieux aujourd’hui ? Existe-t-il des statistiques qui nous diraient combien de gens tardent si longtemps avant de se rendre à l’urgence parce qu’ils ne veulent pas y attendre 5, 10 ou 20 heures avant d’être vus.  Existe-t-il des chiffres qui révélerait les atteintes à la santé chez ces personnes en attente d’un médecin de famille ou encore chez ceux qui sont inscrits auprès d’un médecin de famille mais qui auront leur prochain rendez-vous dans 3 mois ? Le manque d’accès aux soins de santé chez nos grands-parents pour des raisons financières est devenu aujourd’hui un manque d’accès aux soins de santé pour des raisons structurelles. Le système de santé ultra centralisé et fonctionnarisé au maximum croule sous les besoins de plus en plus lourds d’une population vieillissante. Rien de trop réjouissant pour les générations futures… Mais encore de nos jours, le problème n’existe pas pour les plus riches qui peuvent avoir un accès quasi instantané à tous les soins en médecine privée.

L’aujourd’hui

Et si au lieu de regarder les solutions pour sauver notre système de santé, on s’attardait un peu sur les besoins des patients. Aujourd’hui, c’est le système de santé qui vous dit où aller vous faire traiter, quel médecin spécialiste vous recevra et surtout quand vous aurez accès aux soins dont vous avez besoin. D’amblée, je pencherais vers une médecine plus individualisée, plus proche du patient.

Un exemple de médecine de proximité

À quand le retour des visites à domicile ? Il est tout à fait illogique et même contradictoire qu’un patient malade et souffrant doive se déplacer pour aller attendre sa visite médicale au bureau de son médecin ou pire à l’urgence d’un hôpital. En imposant ainsi les visites médicales en cabinet, a-t-on vraiment pensé à cette personne parfois très fiévreuse, mal en point et fatiguée sinon épuisée qui doit ainsi se déplacer et aller attendre sur une chaise droite que son tour arrive afin d’être soignée ? Cette personne affaiblie, quelle que soit son âge peut-elle raisonnablement subir sans dommage l’assaut des microbes des autres personnes présentes dans les salles d’attente ? Peut-elle subir aussi la fatigue supplémentaire qu’on exige d’elle pour se rendre dans ces salles et y attendre son tour.

À l’inverse, la visite à domicile tient compte que l’on a à faire avec une personne souffrante (un patient selon l’étymologie de ce mot) et non à une personne qui s’en va passer une soirée entre amis. De plus, un médecin ou une infirmière visiteuse qui se rend ainsi au domicile d’un patient est en mesure d’évaluer le mode de vie de son patient, l’univers dans lequel se trouve ce patient bien plus efficacement qu’en appelant le numéro A-127 à son cabinet, dans la salle d’attente d’un CLSC ou à l’urgence de l’hôpital. Le professionnel visiteur peut voir si cette personne vit dans un milieu salubre, si elle semble toujours seule, si elle dispose d’un réseau social adéquat, etc. Le cas échéant, ce professionnel peut suggérer l’accès à des services sanitaires, sociaux ou personnels. Un système axé sur le patient trouverait beaucoup plus logique qu’un médecin, un infirmier ou une infirmière en bonne santé se déplace pour soigner un patient mal en point. Bien des systèmes de santé en Europe ont fait des visites à domicile la première ligne des soins médicaux. Pourquoi pas ici ?

Mais, il faut croire que dans notre système de santé, penser d’abord au patient n’est pas un réflexe naturel.