20. juil., 2019

Éditorial 13 juillet: Nouveaux médicaments : qui pense aux patients ?

Comme nous l’avons vu la semaine dernière (éditorial du 6 juillet), il serait possible de repenser notre système de santé en ayant comme première cible : le patient. Ainsi la première ligne, au lieu de se trouver dans les salles d’attente des médecins, ces CLSC ou des hôpitaux, pourrait être repensée par des visites à domicile de médecins ou d’infirmières spécialisées. La même réflexion pourrait aussi s’appliquer à l’accès aux médicaments. Présentement, une panoplie d’organismes fédéraux et provinciaux (CEPMB, INESSS, alliance pan canadienne pharmaceutique etc…) rivalisent d’ingéniosité pour complexifier au maximum les lois et règlements régissant l’arrivée des nouveaux médicaments.

Deux exemples quant aux médicaments

Il est vrai que pour plusieurs tout ce qui vient de l’état ou du mouvement syndicaliste est revêtu d’une aura d’altruisme et de désintéressement indiscutable. Ainsi, lorsque ceux-ci s’expriment en faveur d’un système d’assurance médicament universel pancanadien, plusieurs y voient enfin la venue des médicaments gratuits pour tout le monde. Au Québec, nous disposons d’une assurance-médicament mixte dans laquelle les grands employeurs sont tenus d’offrir une assurance-médicament privée à leurs employés tandis que ceux qui ne sont pas couverts par ceux-ci doivent s’inscrire à l’assurance-médicament publique. Ceux qui doivent offrir ces assurances privées sont clairement identifié sur le site de la RAMQ,

  • Dans le cadre de votre emploi ou profession (par votre employeur ou regroupement professionnel : syndicat, association ou ordre)
  • Par l’intermédiaire de votre conjoint (si son assurance prévoit une couverture pour le conjoint)
  • Par l’intermédiaire de vos parents, pour un enfant ou un étudiant

http://www.ramq.gouv.qc.ca/fr/citoyens/assurance-medicaments/Pages/admissibilite.aspx)

Un régime d’assurance entièrement public comme le recommande le Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments(aussi appelé Comité Hoskins) au gouvernement canadien et certains grands employeurs comme les gouvernements et les centrales syndicales (pour s’en tenir à notre exemple) favoriserait donc beaucoup plus ces grands employeurs que le public qui verrait son accès aux nouveaux médicaments diminué d’autant. On assisterait à beaucoup plus de voyage aux États-Unis pour des malades voulant bénéficier des nouveaux traitements qui ne seraient plus disponibles ici.

Maintenant, si nous quittions la sphère théorique pour penser au patient ?

Un autre exemple est ici nécessaire. Depuis un bon moment, on assiste à des comparaisons entre les médicaments biologiques d’origine (appelés médicaments biologiques de référence) et les médicaments biosimilaires (qui technologiquement parlant ne sont pas des copies mais des imitations des médicaments biologiques de référence). Bien sûr, le coût en représente un enjeu de taille. Ainsi paraissait il y a quelques semaines cette nouvelle : « La Colombie-Britannique a annoncé récemment sa décision de transférer les patients traités avec des médicaments biologiques d’origine vers des traitements avec des médicaments biosimilaires pour la spondylarthrite ankylosante et l’arthrite psoriasique, le psoriasis et le diabète. Ce geste devrait lui permettre d’économiser annuellement des millions de dollars. » ( https://journal-assurance.ca/article/medicaments-biosimilaires-le-quebec-devrait-il-suivre-lexemple-de-la-colombie-britannique/) Si au lieu de ne regarder que les résultats économiques, on s’attardait aussi sur le vécu de certains de ces patients qui étaient lourdement handicapés, avaient de grandes souffrances et ne pouvaient même plus travailler, et qui suite à l’arrivée d’un médicament biologique ont pu reprendre leur vie, recommencer à travailler et être soulagés de leurs douleurs. Doit-on risquer de replonger ces patients dans leur enfer en changeant leurs médicaments ? D’autant plus que si on transfert ces patients aux biosimilaires et que cela ne fonctionne pas, le retour au médicament de référence n’est pas une garantie de succès. Et si on examinait le problème en pensant d’abord au patient. Il y aurait alors lieu de prévoir cette solution en deux temps :

1) Chez les patients qui utilisent déjà le médicament biologique de référence, à moins d’indications médicales, on ne change pas pour le biosimilaire. Ainsi, on évite le risquer de replonger ce patient à la vie qu'il avait avant le médicament.

2) Tout changement que ce soit du médicament de référence au biosimilaire ou du biosimilaire au médicament de référence ne devrait être envisagé que si la condition médicale l’exige.

3) Chez les nouveaux patients, si le biosimilaire est moins dispendieux, on commence par le biosimilaire et si cela n'apporte pas les résultats escomptés, on passe au médicament de référence.

On pourrait ainsi, en pensant d’abord au patient relier économie et santé.

Mais, il faut croire que dans notre système de santé, penser d’abord au patient n’est pas un réflexe naturel.

Et d’ailleurs en ce qui concerne les médicaments, la vraie question serait plutôt : comment raccourcir le temps d’accès aux nouveaux médicaments. Avec tous les paliers fédéraux, provinciaux et inter-provinciaux qui étudient chaque nouveau médicament avant qu’il ne se retrouve disponible pour le patient qui en a besoin, ce temps d’accès est définitivement trop long.