17. août, 2019

Éditorial 10 août: Comportements et santé

Tout le monde est en faveur de la vertu, c’est bien connu. Mais l’opinion, l’idée ou la pensée ne suffisent pas toujours. Il peut être fort louable de penser positivement, comme nous le suggère les grands orateurs et motivateurs. Si je pense que je vais réussir en affaire et que je me répète sans cesse : Je réussirai, je réussirai, et si je reste assis sur ma chaise sans jamais travailler ni rencontrer qui que ce soit, les chances sont pratiquement inexistantes que quelqu’un vienne frapper à ma porte avec une valise remplie d’argent. C’est aussi bien connu : toute pensée positive doit être accompagnée d’une action dans le même sens.

Le domaine de la santé ne déroge en rien à cette règle. En réalité, le lien intrinsèque qui unit l’esprit et le corps est encore plus étroit que celui qui relie la pensée à l’action. Le terme anglais qui en constitue la clé de voûte se dit biofeedback qu’on pourrait traduire par rétroaction biologique. Pour bien saisir ce concept, faisons une comparaison.

L’histoire de Jos

Jos est un homme en apparence bien chanceux. Son frère, François, qui le connaît très bien, sait que Jos est le plus grand paresseux que la terre n’ait jamais porté. Mais Jos est son frère et pour lui permettre de survivre, chaque mois, François règle ses factures d’hypothèque, d’électricité, de téléphone et lui accorde un petit montant pour qu’il fasse ses courses. Mais voilà que François est atteint d’un cancer qui ne lui laisse que quelques mois à vivre. Jos devient alors très anxieux. Qui paiera pour sa survie ? Une première série de réflexions l’amène à maudire tout ce qui bouge ou pas autour de lui.  Aucune des autres personnes que je connais ne m’aidera comme François l’a toujours fait. Ce sont tous des sans-cœur, des hypocrites. Le gouvernement devrait donner plus d’argent pour aider des gens comme moi, qui n’ont jamais eu de chances. Mes professeurs ne m’ont jamais motivé. Mes parents m’ont donné une mauvaise éducation.  Si mon frère n’avait pas commencé à m’aider, peut-être n’en serais-je pas là aujourd’hui. S’il faisait moins froid, ça coûterait moins cher.  Mais après avoir blâmé la société entière, le gouvernement, ses parents, son frère et la météo, Jos dut se rendre à l’évidence que le cancer de son frère progressait et qu’il se devait d’accélérer sa recherche de solutions. C’est ici que Paul entre en jeu. Il lui dit : « Je comprends ta panique. Fixe-toi au départ de petits objectifs et si tu y parviens, lance-toi graduellement dans de plus grands. » Comme il n’avait plus le choix (c’est malheureusement souvent dans ces occasions qu’on décide de changer), Jos se mit à fréquenter les bureaux de recherche d’emplois. Il commença par des emplois journaliers. Un jour, il pouvait emballer des produits dans une fabrique quelconque, un autre, il cueillait des petits fruits chez un producteur. Lorsqu’il rencontra son frère à la fin du mois, celui-ci paya comme à l’accoutumée ses factures courantes et lorsqu’il voulu lui remettre la somme nécessaire pour sa nourriture, Jos lui dit : « Je te remercie, mais je n’en ai pas besoin. J’ai trouvé de menus travaux qui me permettent maintenant de payer ma nourriture. » Dans les yeux de son frère, Jos vit toute la fierté du monde. Si bien qu’en sortant de l’hôpital où était François, Jos avait décidé qu’il travaillerait maintenant deux jours semaines pour pouvoir le mois prochain, non seulement payer sa nourriture mais son électricité, son chauffage et son téléphone. Il y parvient. Sa fierté et sa satisfaction le poussèrent à avancer d’un autre cran. Si bien qu’aujourd’hui, il est devenu entièrement autonome lui qui pendant plus de 10 ans avait parasité son frère et ne connaissait pas le moyen de faire autrement.

Parasite de la vie

Plusieurs d’entre nous parasitons notre propre santé. Nous vivons avec la certitude béate qu’elle nous est due et que nous ne pouvons pas faire grand chose pour l’améliorer. Lorsqu’une maladie se présente, nous blâmons notre hérédité, l’environnement, les régimes de santé publique, les industries qui polluent, la météo, etc. Dans l’histoire de Paul, sommes-nous Jos ?

Si oui, il y a moyen de s’en sortir. Il s’agit d’adopter la même attitude. Commencer par de petits défis. Lorsqu’on pose une action que l’on sait favorable à sa santé, on obtient deux résultats positifs : l’action a en effet aidé la santé et en prime, la fierté de l’avoir posée engendrera une joie qui encouragera à recommencer. C’est le biofeedback. Comme le cerveau aime la sensation de plaisir, il aura tendance à amener l’individu à poser d’autres gestes positifs qui augmenteront le niveau de plaisir, et ainsi de suite.

Rétroactions positives et négatives

Il peut y avoir quelques confusions en matière de perception du plaisir et son influence aura alors un impact négatif sur la santé. Un des exemples les mieux documenté est le tabagisme. Le jeune qui commence à fumer et se voit enfin faire parti du groupe d’amis cool ressent une fierté qui sera enregistrée dans son cerveau comme une sensation agréable de plaisir. C’est donc une action qu’il voudra répéter. Après quelques jours de fumage, il se retrouve pris au piège de la dépendance à la nicotine, une drogue puissante et néfaste (potentiellement mortelle) pour sa santé. Il lui faudra beaucoup de motivation pour pouvoir se sortir de cet enfer qui pourtant avait été perçu initialement comme une source de plaisir. Il devra relever d’abord de petits défis : passer la première heure sans fumer, puis la deuxième, puis le premier jour, et continuer ainsi. Alors il aura retrouvé une fierté telle qu’il sera encouragé à effectuer d’autres gestes positifs pour sa santé.

Et s’il s’agissait d’un asthmatique

Un asthmatique fumeur qui devient nonfumeur possède un avantage indéniable : en quelques semaines auront fini les quintes de toux caractéristiques du fumeur, quintes qui chez lui conduisaient plus souvent qu’autrement en une crise d’asthme : deux bénéfices pour le prix d’un. Un des moyens qu’avait pris notre asthmatique pour couper son goût de fumer particulièrement difficile après le souper était de sortir prendre une courte marche, le temps que l’envie de s’en allumer une soit passée. Mais voilà donc, qu’étant bien moins essoufflé depuis qu’il avait arrêté de fumer, notre ex-fumeur prenait goût à ces promenades quotidiennes. Lui qui, avant, sortait le moins possible car il croyait que la pollution ambiante provoquait ses crises d’asthme, se rendait compte qu’il pouvait maintenant librement marcher au grand air et s’était même lié d’amitiés avec d’autres adeptes de la marche qu’il avait rencontrés.

Le début de la fin

Notre asthmatique fumeur avait trouvé en posant le geste positif de cesser de fumer le début de la fin de ses problèmes de santé. Pour d’autres asthmatiques qui par exemple n’ont jamais fumé, ce sera la décision de mieux s’alimenter ou celle de faire un programme d’exercice adapté ou celle de suivre à la lettre sa médication et finalement un ensemble de ces actions positives qui marquera le début de la fin de leurs problèmes.

L’action de santé

Devenir actif, certains diront pro-actif (c’est à dire commencer à agir avant même que le problème ne se pose) dans le domaine de sa santé devient la clé du succès qui peut transformer une existence misérable en une vie saine où santé et fierté riment.

(Ce texte est extrait et adapté de la conclusion d’un livre que j’ai cosigné avec le docteur Christian Fortin : Dr Christian Fortin et Jacques Beaulieu, Vivre avec l’asthme et le contrôler, Éditions Logiques, Mars 2006, 232 pages)