24. août, 2019

Éditorial 17 août: En santé : la rentrée en 3D

Dans quelques semaines, ce sera la rentrée scolaire suivie par le retour des activités parlementaires. Alors pourquoi n’utilise-t-on pas cette fenêtre d’opportunités pour enfin révolutionner notre système de santé ?

L’an dernier, le père Noël a décidé de faire un cadeau à notre système de santé. Il nous a libéré de l’ancien ministre pour nous amener une nouvelle Ministre de la santé qui ouvrit les soupapes avant que le système n’explose sous les tensions de toutes sortes, une gracieuseté des velléités ultracentralisatrices de son prédécesseur.

Mais, les cadeaux ne règlent généralement pas tout. Tous les parents le savent tandis que tous les enfants en veulent toujours plus. Mais pour résister aux demandes de plus en plus nombreuses des enfants, il faut souvent une volonté de fer. Ainsi en est-il en santé. Tant et aussi longtemps que notre gouvernement provincial (car en principe, la santé est de juridiction provinciale) n’utilisera pas cette volonté à toute épreuve, nous serons condamnés à retarder les 3D du succès en santé : décentraliser (le plus facile), démocratiser (moyennement difficile) et dépolitiser (le plus difficile).

Décentraliser

Les problèmes du système de santé ne sont pas les mêmes si vous demeurez en région plutôt que dans un grand centre. C’est connu de tous (et même des hauts gestionnaires au ministère). Par exemple (et en simplifiant à l’extrême), le transport en ambulance est très efficace à Montréal et autour puisque les distances sont bien plus courtes à parcourir entre la localisation de l’ambulance et l’endroit où elle est appelée. Par contre, l’attente dans les salles d’urgence des hôpitaux est habituellement plus problématique dans les grands centres que dans les régions. Alors pourquoi donc, chacune des régions ne recevrait-elle pas sa part du budget et la gérerait selon ses propres besoins ? Qui au Québec croit que les gens des régions sont moins compétents pour administrer et fournir les soins à leur population que les hauts placés du ministère ? Poser la question, c’est, comme on dit, y répondre. Le gouvernement qui aura la volonté et le courage d’effectuer cette décentralisation aura réglé une bonne partie des problèmes du système.

Démocratiser

Il s’agit du deuxième pas relativement facile à réaliser. Présentement, une panoplie d’associations, de comités et autres se targuent de prendre la défense des patients. Mais le problème est que chacun travaille le plus souvent en vase clos et présente ses doléances et ses demandes au ministère. Mais où est le patient exactement ? Comment entendre sa voix dans tout ce tumulte ? Il faut un bureau des usagers, situé à quelques portes du bureau de la ministre. Il n’est pas question d’abolir tous les organismes mentionnés ci-haut, mais plutôt de leur fournir une voix qui se rendrait à Madame la ministre. Et, une fois partie, pourquoi ne pas y greffer le commissaire aux plaintes ? On dit qu’en loi, la justice ne suffit pas, il faut aussi qu’il y ait apparence de justice. En créant le bureau des usagers le ministère ne fera pas uniquement preuve d’ouverture mais montrera à tous que désormais, on peut réellement voir que le patient est à la tête du système.

Dépolitiser

Voilà l’enjeu qui demandera au gouvernement un réel tour de force. Car, il faut bien l’admettre, les gouvernements adorent faire de la politique avec la santé. Et là-dessus, le fédéral (même s’il ne s’agit pas vraiment de sa juridiction) est passé maître dans l’art de faire de la petite politique électoraliste avec la santé. Nous l’avons vu lorsque notre ancien ministre, le Dr Barrette, a voulu légiférer afin d’établir des règles de contrôle pour les frais accessoires. Alors le fédéral s’est levé et comme le grand défenseur du citoyen a décrété que si Québec permettait certains frais accessoires, notre héros national couperait les subventions en santé à notre pauvre gouvernement provincial qui n’eut comme choix réel que de plier l’échine. Et n’allez surtout pas croire que ce soit là le dernier tour de force d’Ottawa ! Fort est à parier qu’à la prochaine campagne électorale, il offrira à tous les Canadiens une assurance-médicament universelle et ce, sans même tenir compte de notre propre système québécois d’assurance médicament qui pourtant a fait ses preuves depuis plusieurs décennies. Et il oubliera certainement de nous dire ce que ce tour de force apportera en termes de diminution d’accès aux nouveaux médicaments. Tel que le projet se présente maintenant, nous verrons de plus en plus de campagnes de socio-financements pour permettre à des patients du Canada d’aller se faire traiter aux États-Unis pour bénéficier de nouveaux médicaments prometteurs. Mais d’ici à ce que l’on s’en rende compte, le gouvernement fédéral aura peut-être eu le temps de se faire élire entres autres par une promesse politique en santé. En dépolitisant la santé, le gouvernement du Québec mettrait définitivement fin à ce chantage fédéral. Nous n’avons jamais vu le fédéral s’immiscer dans la gestion ou dans les tarifs des autres sociétés d’État comme Hydro-Québec ou encore la Société de l’assurance automobile du Québec et autres. Le jour où le système de santé quittera le ministère pour devenir une société d’État qu’on pourrait nommer Santé-Québec, ce jour-là nous aurons réellement révolutionner le système de santé. Et ainsi, les gouvernements qui suivront ne pourront plus distribuer des bonbons électoraux avec des promesses en santé.  

Mais qui n’aime pas les bonbons ?