31. août, 2019

24 août 2019: Souffrez-vous du TAG ?

En cette époque où nous avons l’insidieuse impression de pouvoir tout contrôler, les troubles de l’anxiété font malheureusement partie de la vie de bien des personnes. En effet, l’époque est au contrôle. Si on est pauvre, c’est qu’on ne sait pas comment gagner assez d’argent, si on est malade, c’est qu’on ne prend pas assez soin de sa santé et si la planète se réchauffe, c’est qu’on consomme trop, qu’on ne récupère pas assez, etc… Cette impression (ou peut-être, cette illusion) de pouvoir tout contrôler peut certes s’avérer réconfortante lorsque cela fonctionne. Mais, quand ça ne marche pas ou pire quand on pense que ça ne fonctionne pas, que se passe-t-il ? Le texte, qui suit, est extrait d’un livre que j’ai eu la chance de cosigner avec le Professeur Claude Bélanger, psychologue. Le livre s’intitule : Stress et anxiété, votre guide de survie et a été publié aux Éditions La Semaine.

Longtemps, le diagnostic du trouble d’anxiété généralisée (TAG) s’effectuait plus ou moins par un processus d’élimination. Une fois éliminées toutes les possibilités pour expliquer les hauts niveaux d’anxiété manifestés par la personne, le thérapeute pouvait diagnostiquer un TAG. Ce diagnostic est cependant posé seulement depuis 1980, alors qu’avant, on parlait surtout d’anxiété flottante ou envahissante. Les critères diagnostics se sont raffinés et, selon le manuel diagnostic révisé des désordres mentaux (DSM-IV-R), pour être diagnostiqué souffrant d’un TAG, le patient doit présenter 3 des 6 symptômes suivants

  • Agitation ou sensation d’être survolté ou à bout,
  • Fatigabilité,
  • Difficulté de concentration ou trous de mémoire,
  • Irritabilité, 
  • Tension musculaire,
  • Perturbation du sommeil.[1]

Pour souffrir de TAG vous devez non seulement manifester certains de ces symptômes, mais vous devez en outre ressentir une inquiétude excessive et difficile à contrôler. Vous remarquerez dans vos préoccupations une intolérance marquée pour tout ce qui est incertain. Cette intolérance à l’incertitude est beaucoup plus importante que celle que l’on retrouve chez la majorité des gens. Elle se manifeste dans des domaines où il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter : inquiétudes par rapport à la santé d’un proche par ailleurs en santé, ou par rapport à la perte éventuelle de son emploi quand rien ne permet de penser que cette éventualité puisse se concrétiser. Cette difficulté à tolérer ce qui est incertain constitue un marqueur du trouble d’anxiété généralisée.

Il y a aussi dans le TAG les notions de durée et de niveau de perturbation. La fréquence s’établit ainsi : la personne en souffre plus d’une journée sur deux depuis au moins 6 mois.  Bien des personnes qui souffrent du TAG ne consultent pas et pensent que c’est une partie intégrante de leur personnalité. Si vous vous reconnaissez dans les symptômes ci-haut décrits, une consultation pourra confirmer ou infirmer ce diagnostic. Les traitements éventuels pour les troubles d’anxiété généralisée sont efficaces et sont susceptibles de régler ce problème.

Les fausses croyances face aux inquiétudes

II est parfois difficile d'intervenir directement sur l'intolérance à l'incertitude qui souvent sous-tend la tendance à s'inquiéter pour tout et rien. Les croyances face aux inquiétudes font référence à diverses fausses croyances qu'on peut entretenir au sujet des inquiétudes. Par exemple, on peut croire que le fait de s'inquiéter nous aide à trouver des solutions, nous protège contre les impondérables, etc.

Identifier les croyances entretenues concernant ses inquiétudes est nécessaire pour vérifier le bien-fondé de nos croyances et éventuellement les corriger. La correction de ces croyances erronées favorise la diminution des inquiétudes.

Il existe divers types de croyances que l'on peut entretenir face aux inquiétudes :

a) Les croyances concernant la résolution de problèmes. Il s'agit de toutes les croyances voulant que le fait de s'inquiéter aide à régler les problèmes, permet de trouver de meilleures solutions, permet d'être plus vigilant, d'être mieux préparé, de réagir de façon plus réfléchie, plus efficace, et même de prévoir les problèmes et de les éviter.

b) Les croyances sur les inquiétudes concernant les conséquences émotionnelles.Il s'agit de toutes les croyances à l’effet que, en s'inquiétant, on peut se protéger soi-même contre des émotions négatives, que le fait de s'inquiéter à l’avance pour quelque chose va nous protéger contre la déception, la tristesse, la culpabilité.

c) Les croyances concernant le pouvoir des pensées.Il s'agit de toutes les croyances qui véhiculent l'idée que le simple fait de s'inquiéter de quelque chose peut avoir un effet sur les événements, que nos inquiétudes ont un pouvoir sur la survenue ou non d'événements négatifs ou positifs.

d) Les croyances concernant l'origine des inquiétudes. Il s'agit de toutes les croyances voulant que les inquiétudes fassent partie de notre personnalité, que c'est un trait de caractère avec lequel on doit vivre, qu'on est "fait comme ça" et que ça ne changera jamais.

Et comme nous le soulignions dans ce même livre :

L’anxiété est une attitude développée durant l’évolution humaine pour assurer la survie de l’humanité. Une certaine anxiété va éveiller vos sens et les placer dans un état d’alerte souvent salutaire. Lorsque vous circulez aux abords de routes achalandées, vos sens doivent rester en éveil afin de percevoir les sons des automobiles qui viennent dans toutes les directions. Vos yeux sont aussi sollicités afin de bien identifier la menace éventuelle d’un véhicule qui passerait trop près et risquerait de vous happer. Vos nerfs sensitifs percevront plus efficacement les vibrations du sol vous annonçant la venue d’un véhicule et sa distance. Toute cette mise en alerte de vos systèmes sensoriels et moteurs est essentielle è votre protection. Une personne moins consciente du danger pourra devenir une victime. Par exemple, un enfant qui joue au ballon. Son ballon rebondit en direction de la rue, ne pensant qu’à le récupérer, il s’élance sans attention à sa poursuite et se fait frapper. Une certaine anxiété est donc salutaire.

Mais trop d’anxiété ou une anxiété sans raison valable sont tout aussi dommageables. Si j’en viens à avoir tellement peur de traverser une rue que je reste à la maison, je risque bien de me créer plusieurs problèmes. L'évaluation du danger (traverser une rue) est ici exagérée et la conséquence (rester à la maison) est démesurée par rapport à la menace réelle. Une anxiété mal évaluée peut donner naissance à bien des désordres de comportement.



[1] Ladouceur Robert, Marchand André,  Boisvert Jean-Marie, Les troubles anxieux Approche cognitive et comportementale, Gaëtan Morin Éditeur, Montréal, Paris, 1999 page. : 32