28. sept., 2019

Médicaments: quand la méfiance devient une menace

Personnellement, je préfère semer l'espoir de la guérison plutôt que la crainte du médicament, c'est probablement moins vendeur, mais surtout beaucoup plus utile.

Il y a près d’un an, je publiais cet article sur Huffington Post. Je me permets de le reprendre ici en grande parte aujourd’hui et ce pour deux raisons. La première est que la situation n’a guère évolué. Les anti-médicaments ont toujours bonne presse tandis que les pros médicaments passent toujours pour des erratiques au service de Big Pharma… Les fantômes des effets secondaires cachés et les théories des complots hantent toujours le commun des mortels. Il faut donc tenter, en travaillant péniblement à contrecourant d’expliquer et de réexpliquer que si la science a réussi à ajouter plus de 30 ans de vie aux humains, c’est largement dû aux médicaments. La deuxième raison qui m’incite à récidiver sur ce thème est que j’ai eu le privilège d’être invité à l’émission Zone franche qui sera diffusée le 23 septembre à 21h00 sur les ondes de Télé-Québec pour y défendre ma position. Alors donc pour rappeler cette position au lecteur, je me permets de présenter les grands principes dans cet article.

D’entrée de jeu soulignons que les personnes qui ne prennent pas régulièrement leurs médicaments ou qui cessent de les utiliser font souvent partie de cette clientèle qui se retrouve régulièrement dans les urgences de nos hôpitaux. Les campagnes anti-pharmaceutiques finissent toujours par causer des problèmes en santé publique. D'où viennent ces méfiances ? Revisitons la grande histoire.

Asképlios, le dieu de la médecine dans la mythologie grecque, eut deux filles qu'il nomma Hygie et Panacée. Hygie donna naissance au mot hygiène qui illustre tout l'apport d'un mode de vie sain, à la prévention des maladies et à la protection de la santé. Quant à Panacée, elle représente toutes les formes d'intervention humaine, telle la chirurgie ou les médicaments, qui permettent de rétablir la santé.

Tout au long de l'histoire humaine, ces deux concepts circulent avec, selon les diverses périodes, plus ou moins d'accent sur l'hygiène ou sur la panacée.

L'histoire des médicaments

Bien avant le médicament, il y eut l'utilisation des plantes médicinales, des tisanes, décoctions, emplâtres et autres produits directement issus de ce que la nature pouvait offrir. Le médicament relève d'une étape bien plus récente. Il apparaît le jour où l'homme décide de devenir l'artisan, le créateur de molécules capables d'apporter soulagement et/ou guérison. Par exemple, on sait que bien des peuplades ont utilisé l'écorce de bouleau ou de saule sous forme de cataplasme ou de tisanes pour soulager diverses douleurs reliées aux maux de tête ou à l'arthrite. Mais il faudra attendre les années 1820 pour identifier le principe actif naturel responsable de cet effet et un autre 75 ans, jusqu'au 10 août 1897, pour que le chimiste Félix Hoffman réussisse à en modifier la structure pour en faire un vrai médicament efficace et bien toléré, l'acide acétylsalicylique, bien connue encore de nos jours sous le nom d'ASPIRIN. Un autre exemple nous en est fourni par les Arabes qui avaient l'habitude de ranger les selles de leurs chevaux dans des endroits sombres et humides. Il se développait sur celles-ci des moisissures qui protégeaient les cavaliers des terribles plaies de selles, l'équivalent de nos plaies de lit, mais qui affectaient tous ceux dont le principal travail requérait le déplacement à dos de cheval. Ce n'est qu'à la fin des années 1920 qu'Alexander Fleming découvrit l'explication de ce phénomène en trouvant la pénicilline.

Le médicament a connu diverses réceptions auprès des scientifiques et du public. Au début de son histoire, chaque nouveau médicament était d'emblée accepté comme ce qu'on pourrait appeler la pilule miracle. Il était bien souvent présenté comme la nouvelle panacée universelle, la solution à de multiples, sinon à tous problèmes de santé. Ainsi l'arrivée des antibiotiques allait marquer la victoire finale et totale de l'homme sur les infections, la morphine ou l'aspirine allaient sonner le glas de toutes les douleurs, etc. Avec les années et surtout quelques échecs dramatiques de l'industrie pharmaceutique comme la thalidomide qui causèrent de véritables désastres, l'enthousiasme original céda sa place à la tiédeur puis à la méfiance et même dans certains cas à la paranoïa. (Réf. : Jacques Beaulieu, Ces médicaments qui ont changé nos vies, Les Éditions MultiMondes, 2014) On n'a qu'à se souvenir de ce frauduleux Dr Wakefield qui créa de toute pièce une étude identifiant à tort un lien entre l'autisme et la vaccination.

Entre l'espoir et la crainte

La pharmacologie demeure une grande source d'espoir dans l'histoire de la vie humaine, et ce avec raison. Il est facile d'oublier qu'il y a moins d'un siècle, l'espérance de vie à la naissance d'un être humain sur terre se limitait à une cinquantaine d'années. Aujourd'hui, nous approchons les 90 ans comme espérance de vie. Il est aussi simpliste d'affirmer que cette augmentation n'est qu'un prolongement de la vie dans la maladie et dans la souffrance. Bien sûr, il y avait moins de gens qui mourraient d'un cancer en 1950 qu'aujourd'hui parce que les personnes ne vivaient pas assez longtemps pour devenir fragiles aux cancers. Le même constat peut se faire pour l'Alzheimer ou le Parkinson. Mais d'autre part, qui refuserait aujourd'hui une chirurgie cardiaque à l'âge de 55 ans en se disant qu'il risque d'avoir un cancer à 75 ans ou développer un Alzheimer à 85 ans ?

Il est aussi plus facile de militer dans des campagnes anti-vaccination lorsqu'on n'a pas vécu l'horreur de perdre un enfant âgé d'à peine deux ans, mort dans des souffrances atroces en étouffant parce qu'une peau s'était formée dans sa gorge à la suite d'une infection contagieuse de diphtérie à l'époque où la vaccination n'existait pas. Et dans ces mêmes propagandes, il ne doit pas y avoir beaucoup de personnes devenues aveugles à la suite d'une rougeole contractée lorsqu'elles étaient enfants. On a eu vite fait d'oublier ce qu'était la vie humaine d'avant l'arrivée des médicaments. Un exemple parmi d'autres : les hôpitaux psychiatriques étaient, avant l'arrivée des médicaments neuroleptiques, de véritables maisons de torture où les patients hurlaient, enchaînés pratiquement à longueur de journée.

C'est pourquoi j'ai toujours beaucoup de réticences pour ces semeurs de crainte face aux médicaments. On a beau être diplômé et venir du vieux continent, rien ne justifie ces créateurs de fantômes à ameuter la population face aux supposément dangereux médicaments. Rien, sauf bien sûr, le désir de notoriété et celui de vendre leurs livres en passant par des médias toujours avides de sensationnalisme. Personnellement, je préfère semer l'espoir de la guérison plutôt que la crainte du médicament, c'est probablement moins vendeur, mais surtout beaucoup plus utile.

Ne ratez donc pas cette émission Zone Franche à Télé-Québec, ce lundi 23 septembre 2019 à 21h00. Et si, malgré tout vous l’avez manquée, vous pouvez la retrouver en reprise le mardi à 13h00 et le vendredi à 22h00 ou encore sur le site de Télé-Québec : https://www.telequebec.tv/emissions/

La question de l’émission : Le Québec est-il accroc aux médicaments ?