6. oct., 2019

Texte

Le son des sciences a, de toujours, été bien discret. Une recherche scientifique aboutit-elle par la création d’un médicament qui guérit l’hépatite C, à peine en entendons-nous parler par un article isolé en page 40 du journal ou encore en entrefilet au bas d’une page web. Qui est la personne qui a fait cette découverte ? Combien d’efforts a-t-elle dû déployer pour en arriver à ce résultat qui devrait être considéré et traité comme spectaculaire ? Nul ne le sait et en réalité, tous croient que cela n’intéresse personne.

D’un plan médiatique, aucune comparaison possible avec ce joueur de hockey qui a subi une blessure au haut du corps (pour utiliser la description convenue). La nouvelle fera la une, sera commentée à toutes les émissions de radio et des bulletins de nouvelles à la télé, non pas une journée mais tant que le dit joueur ne sera pas revenu au jeu.

Je l’ai déjà souligné, demandez à dix personnes rencontrées au hasard de vous nommer spontanément un joueur de hockey ou un artiste quelconque et vous êtes assurés d’obtenir à chaque coup une réponse exacte. En revanche, si vous leur demandez de nommer une ou un chercheur québécois, je doute très fort que vous obteniez le même résultat.

À qui la faute ?

Ce serait trop facile de ne blâmer que les médias. Comme le disait Jean-Pierre Ferland dans sa chanson sur les journalistes : Gagner sa vie, c’est triste. Et pour les médias, gagner leur vie, c’est avant tout parler de choses que le public veut entendre. Et il faut bien l’admettre : le tir en barrage qui a permis aux Canadiens de gagner la partie attire plus de lecteurs que de le Maviret et encore moins contre son nom scientifique : glécaprévir + pibrentasvir.

Que faire ?

Les vrais détenteurs de la réponse sont les scientifiques eux-mêmes et les centres, instituts et compagnies pour qui ils travaillent. Il est capital que ceux-ci réalisent l’importance de se faire connaître à la population. Et ce pour au moins trois excellentes raisons.

1)      Augmenter la littératie en santé

Ici, chacun se renvoie la balle en disant que c’est à l’autre de s’acquitter de cette tâche. On dit : ce devrait être au gouvernement, ou encore aux écoles, ou encore aux médias, etc. Et le temps que la balle rebondisse d’un à l’autre, la partie est perdue. En effet, au Québec, nous affichons fièrement un des plus bas taux de littératie au pays. La littératie en santé est la quantité minimale d’information nécessaire pour être en mesure de comprendre les concepts liés à la santé. En bas de ce seuil, il devient même difficile de comprendre tant les diagnostics que les moyens de traitement proposés par les médecins. À l’autre bout du spectre, avec un taux de littératie si pauvre, il devient facile d’adhérer à toutes les propagandes antivaccins, anti-médicaments de même qu’à tous les enseignements des gourous de ce monde. C’est pourquoi le Bureau des usagers, que je propose ad nauseam, aurait parmi ses mandats celui de créer des outils pour augmenter la littératie en santé. Mais cette responsabilité d’informer le public sur les sciences de la vie doit, pour être efficace, être partagée par l’ensemble des chercheurs, des centres de recherches et de toutes les industries qui touchent les sciences de la vie. L’information et l’enseignement sont des processus qui exigent de la constance et de la persévérance.

2)      Stimuler les carrières scientifiques auprès de nos jeunes

Il faut s’entendre, l’élève féru de science est rarement le plus populaire de sa classe. Les jeunes s’identifient aux héros qu’ils connaissent qu’ils soient sportifs, artistiques ou « gamers » de haut niveau. Mais comme les scientifiques restent inconnus, peu sont tentés de suivre leur piste. Si on ne présente pas nos héros en science pour les faire connaître auprès du grand public, qui voudra les imiter ?

3)      Assurer leurs propres survies

Présentement l’État gouverne sous un régime de prospérité. Le gouvernement précédent ayant laissé un bilan positif, il est possible pour nos élus d’investir en science et en innovation. Mais, ne soyons pas dupes, l’économie fonctionne par cycles et aucun de ceux-ci n’est permanent. Après des périodes fastes, suivent des moments plus difficiles sur le plan financier. Quand arrivent ces moments, où les dirigeants couperont-ils ? Ils couperont dans l’endroit où, politiquement, ces coupures auront le moins d’impact sur leurs futurs électeurs. Et ces endroits seront invariablement ceux que le public connait le moins. Que l’on coupe des subventions à l’IRCM, à l’IRIC, à Génome Québec ou ailleurs dans ce milieu, au plus, cela vaudra un paragraphe dans les médias et la plupart du temps, personne n’en parlera. Le grand public n’a pas beaucoup de sympathie pour ceux qu’il ne connait pas. Il n’y aura pas de grandes manifestations dans les rues, cela est certain. Alors quand le gouvernement se présentera aux élections, personne ne se souviendra même de ces mesures.

Si les scientifiques étaient mieux connus ainsi que les organismes pour lesquels ils travaillent, il serait facile de promouvoir la littératie en santé, de stimuler une relève scientifique chez nos jeunes et d’assurer la survie de la recherche au Québec. Voilà donc les trois objectifs de la promotion des sciences.

La solution passe donc par les organismes de recherche et les chercheurs qui doivent investir dans leur promotion afin d’atteindre ces trois objectifs. Et ils doivent impérativement le faire maintenant pendant que la manne gouvernementale est présente. Sinon, quand les années de vaches maigres arriveront, car elles arriveront soyez-en certains, ces vaches pourront s’avérer beaucoup plus maigres qu’on peut l’imaginer maintenant.