12. oct., 2019

Casser du sucre sur le dos des sciences de la vie

Il s’agit d’une tendance des plus humaines : casser du sucre sur le dos de quelqu’un. Et c’est encore plus jouissif si la personne ou l’organisme sur lequel on casse ce sucre connait ou a déjà connu des déboires. On peut se rappeler le scandale des commandites qui a été l’occasion rêvée de classer tous les politiciens dans le camp soit des corrompues ou un peu mieux, des corrompues potentiels. Plus récemment, c’est la DPJ qu’il faisait bien de dénigrer. Et parmi les grands thèmes actuels, les compagnies pharmaceutiques et les sciences de la vie en général préfèrent se terrer dans le mutisme plutôt que d’avoir à affronter l’ire médiatique. On les comprend.

Oui, mais…

Cette semaine, un article du Journal de Montréal titrait : Des enquêtes nécessaires sur la lucrative industrie pharmaceutique. L’auteur de l’article qui est aussi le rédacteur en chef du Journal y cite entre autres que : « Non seulement les Québécois dépensent plus de six milliards par année en médicaments de toutes sortes, via le régime public ou leurs assurances privées, mais ils en consomment plus qu’ailleurs au pays. » Il n’avait probablement pas assez d’espace pour nuancer en précisant que s’il est vrai qu’au Québec les dépenses en médicaments par habitant sont supérieures à celles de la moyenne canadienne ($1 186 versus $1 114), les dépenses en frais hospitaliers par habitant sont au Québec inférieures à celles de la moyenne canadienne ($1 618 versus $1 933)[1]. Donc, au Québec, nous dépensons plus en médicaments et moins en hospitalisation. Y aurait-il un rapport de cause à effet entre les deux ?

Il est donc devenu courant et surtout, médiatiquement rentable de s’attaquer aux lucratives compagnies pharmaceutiques tel que décrit dans l’article du Journal de Montréal. Mais comme j’avais eu l’occasion de le dire lors de l’émission Zone franche à Télé-Québec sur ce sujet ( https://zonefranche.telequebec.tv/emissions/327895/le-quebec-est-il-accro-aux-pilules ) :  heureusement que ces compagnies sont lucratives car, les profits qu’elles génèrent permettent de faire de la recherche qui permettra de trouver de nouveaux médicaments qui permettront de rapporter des profits qui seront investis en recherche et qui, etc., etc.

La faute à qui ?

Ici, il serait facile de jeter le blâme sur les méchants médias qui tirent profits des gros titres et des levées de scandales en tout genre. Mais il faut avouer que les pharmaceutiques et les chercheurs scientifiques prêtent facilement flanc à de telles attaques. L’article de M. Doucet souligné plus haut le souligne : « Bref, c’est une grosse industrie... qui n’est pas transparente. Plusieurs gros joueurs refusent de répondre à nos questions, incluant parfois même la Régie de l’assurance maladie du Québec. »

L’erreur qui tue

À force de ne pas parler des bons coups, des avantages extraordinaires des sciences de la vie tant sur la longévité de la vie que sur sa qualité, nous avons laissé la place à toutes les faussetés qui circulent sur le net et ailleurs. Un exemple parmi tant d’autres : la vaccination. La très grande majorité des gens ignorent les horreurs que causaient les maladies contagieuses comme la variole, la diphtérie, la rougeole, la poliomyélite, la tuberculose et autres dans les populations avant l’arrivée des vaccins. Tant et si bien qu’a pu naître un mouvement anti-vaccination qui trouve preneurs un peu partout à travers le monde. Et aujourd’hui, des résurgences épisodiques de rougeole apparaissent régulièrement.

En somme, au lieu d’investir massivement dans la promotion de leurs hauts faits d’armes, les pharmaceutiques et plus généralement tous les acteurs des milieux des sciences affichent une discrétion maladive et abandonnent l’espace médiatique. Comme nous le savons, la nature a horreur du vide et cet espace sera occupé par tous ceux qui veulent casser du sucre sur le dos des sciences de la vie et plus particulièrement (je devrais peut-être dire : plus facilement) des pharmaceutiques.

En conclusion

Si nous étions mieux informés sur les succès des médicaments, si nous connaissions mieux nos grands chercheurs et si nous nous rappelions les horreurs que les maladies causaient avant l’arrivée des médicaments, peut-être le discours changerait-il.  Et au lieu de présenter un risque immense en santé publique à cause des gens qui abandonnent leurs traitements, ou ceux qui se tournent vers les médecines alternatives ou encore ceux qui refusent la vaccination, l’information en science de la vie pourrait avoir l’effet bénéfique inverse : celle de faire une réelle promotion de la santé en encourageant les gens à suivre leur traitement, à prendre leurs médicaments ou encore à se faire vacciner. Alors scientifiques, cessons d’être humbles et discrets et montrons à la population ce que nous savons faire de meilleur : améliorer la santé physique et mentale de tous et chacun.

 


[1] Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), Tendance des dépenses nationales de santé, 1975-2018, Ottawa, ON : ICIS; 2018 p.18