19. oct., 2019

La fête du merci en santé : l’Action de grâce 2019

Nous voici donc rendus à l’Action de grâce. C’est, selon la coutume, l’occasion de dire merci. Et après un an de pouvoir, nous pouvons, je le crois, dire merci à notre ministre de la santé. Comme je l’écrivais dans un blogue publié sur Huffington Post le 30 mars dernier déjà les faits d’armes de la nouvelle ministre étaient clairement identifiables : « Le premier s'est fait rapidement sentir. Elle a réussi à changer du tout au tout le climat qui régnait depuis belle lurette au ministère. C'était un climat d'affrontement et de zizanie dans lequel tous se considéraient comme des victimes du puissant MSSSQ. Comme par un coup de baguette magique, le climat s'apaisa subitement, laissant place dans un premier temps à l'incrédulité de certains et dans un deuxième temps à l'attente de signaux plus clairs.

Sa deuxième grande réalisation fut celle sur laquelle tous ses prédécesseurs s'étaient cassé les dents: le dossier des «super-infirmières». Encore ici, alors que ce débat avait créé les dissentions et les guerres de clans depuis près d'une décennie, l'arrivée des «super-infirmières» fut acceptée de tous les corps professionnels et saluée de la population en deux temps, trois mouvements.

Et la troisième de ses réalisations fut de se tenir debout devant Ottawa et ses milliards en l'avertissant bien que le Québec avait son propre système d'assurance-médicaments (qui, d'ailleurs, fêtera en juin les 30 ans de sa fondation au Québec). Bien des ministres se sont agenouillés pour bien moins devant un gouvernement fédéral libéral qui s'en va bientôt en élection et qui aurait bien envie de servir à l'ensemble des Canadiens la promesse d'un régime canadien d'assurance-médicament. » (https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/sante-ministere-danielle-mccann-confiance-super-infirmiere-assurance-medicaments_a_23699655/ )

 

Mais la conquête d’un système de santé digne de ce nom n’est pas encore complétée pour autant. Pour y arriver voici maintenant les 3 enjeux que le ministre se doit de réaliser : démocratiser, décentraliser et dépolitiser. 

Commençons donc par le premier objectif  et le plus simple des objectifs : démocratiser. Cet enjeu crucial passe par la création du Bureau des usagers. Et ses utilités seront tout aussi nombreuses qu'efficaces. En voici les quatre piliers :

  1. La transparence

Le bureau des usagers pourra assumer ce rôle de sentinelle auprès du ministère et de ses nombreuses structures. La renaissance de cette transparence permettra à tous les intervenants à partir des usagers en passant par tous les travailleurs et leurs corporations professionnelles de regagner la confiance de tous face au ministère et aux politiques de santé qui pourront être proposées aux yeux et aux vues de tous.

  1. La communication multidirectionnelle

Entre les attentes des usagers et les politiques du ministère, il existe présentement une gigantesque fosse béante. Le seul et unique remède à cette situation passe par la communication. Le public doit être en mesure de faire parvenir ses doléances et aussi ses suggestions avec la certitude d'être entendu. Le ministère doit disposer d'un endroit où ses politiques, ses orientations et ses priorités sont clairement et dans des mots accessibles à tous présentés au public. Le bureau des usagers sera cette plateforme d'échange entre, non seulement les usagers et le ministre, mais il sera aussi ouvert à tous les intervenants de la santé (instituts gouvernementaux, corporations professionnelles, industries privées reliées à la santé, etc.) qui pourront y apporter leurs opinions et proposer leurs solutions. Dans un univers aussi vaste que celui de la santé et qui deviendra de plus en plus complexe au fil de l'évolution des diagnostics, des traitements et des relations avec les usagers, seule une plateforme multidirectionnelle comme celle qu'offrira le bureau des usagers sera en mesure de transformer la tour de Babel actuelle en un centre de communication ouvert à tous.

  1. L'information

Les connaissances augmentent à un rythme ahurissant depuis les 50 dernières années et ce phénomène ira fort heureusement en s'agrandissant encore plus rapidement dans le futur. Mais le niveau de connaissance de la population n'avance pas au même rythme.

On définit la littératie en santé comme étant l'ensemble des compétences qui permet l'accès, la compréhension et l'utilisation d'information pour une meilleure santé.

Les données sur la littératie en santé au Canada montrent que notre pays ne respire pas la santé. En effet, six adultes canadiens sur 10 ne possèdent pas les compétences nécessaires pour répondre adéquatement à leurs besoins en santé et en soins de santé. Chez les personnes de plus de 65 ans, ce chiffre déjà élevé grimpe à 88%.

 

Dans un futur pas très lointain, chacun pourra consulter à partir de son cellulaire son propre dossier médical. Cet accès quasi instantané aux résultats d'analyse, aux diagnostics des professionnels et aux listes de médicaments prescrits pourra générer bien de l'anxiété chez une personne qui n'a pas les compétences nécessaires pour correctement interpréter ces données.

La solution qui s'impose sera un vaste service d'information capable d'expliquer dans des mots simples et accessibles ces concepts dont la compréhension varie beaucoup d'un individu à un autre. Le bureau des usagers avec des outils comme le Journal le patient du Québec et avec ses multiples contacts avec les divers intervenants de la santé sera en mesure de contribuer à l'augmentation de la littératie en santé au Québec.

  1. La solidarité

À elle seule, l'Alliance des patients pour la santé compte plus d'une vingtaine d'associations diverses qui ont toutes en commun de vouloir protéger les usagers. On peut aussi penser au Conseil pour la protection des malades, du Regroupement provincial des comités d'usagers (RCPU), de l'Alliance médecins patients pour la santé, etc., etc.. Le bureau des usagers n'a certes pas l'intention de remplacer l'un, l'autre ou l'ensemble de ces organismes. Elle leur fournira plutôt un lieu de rencontre avec l'ensemble de ses intervenants.

En somme, le bureau des usagers, c'est l'offre de 4 occasions uniques de faire du prochain pas du ministère de la Santé et des Services sociaux un organisme enfin au service des patients et ces offres sont, rappelons-le : la transparence, la communication, l'information et la solidarité. Tout ça, c'est le bureau des usagers.

La semaine prochaine nous parlerons du deuxième objectif : décentraliser.