26. oct., 2019

Décentraliser : rendre à César ce qui appartient à César

Nul n’ignore que ce sont les régions du Québec qui ont permis à la CAQ de s’installer au pouvoir. El la santé permettra peut-être à la CAQ de montrer sa reconnaissance envers ses électeurs. En décentralisant le système de santé, la CAQ montrera la confiance qu’elle porte aux gestionnaires des régions et permettra enfin à tous de comprendre que les problèmes de santé ne sont pas les mêmes à Gaspé qu’à Québec ou encore en Abitibi par rapport à ceux qui existent à Montréal. Même le père de l’Assurance maladie, M. Claude Castonguay l’a répété ad nauseam depuis plus de 20 ans. Il l’a encore réaffirmer lors de son allocution présentée au CEPSEM le 8 octobre dernier.

Un espoir déçu sous l’ancien gouvernement

L’arrivée au pouvoir du docteur Barrette apporta de faux espoirs. Comme je l’écrivais alors dans ma chronique hebdomadaire sur Huffington Post : « Bien des reproches furent adressés à notre ministre. Mais nul ne pourrait le blâmer de ne pas avoir bougé. Et le tout a commencé en début d'année avec une simplification radicale du système de santé. Les niveaux hiérarchiques de gestion sont passés de 3 à 2 paliers, le nombre d'établissements publics de 182 à 34, le nombre de conseils d'administration de 182 à 33. Tout ceci contribuera à une diminution importante de rapports annuels de gestion et d'états financiers et se traduit dans l'immédiat par une diminution substantielle du nombre de postes-cadres supérieur et du personnel administratif. » Mon papier titrait : Malade, notre système de santé: Le Messie est-il arrivé ? et a été publié le 29 décembre 2015 : https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/malade-systeme-sante-messie_b_8874746.html

Le ministre omnipuissant aurait en effet pu alors décentraliser le système de santé et en confier la gestion aux trente-trois nouveaux conseils d’administration. Malheureusement, il emprunta alors exactement la direction inverse. Et cette ultracentralisation a paralysé encore plus, comme si cela était possible, la gestion de notre système de santé.

Pourquoi ne pas décentraliser ?

Nos élus sont-ils tous à ce point assoiffés de pouvoir, pour tenir autant à ne pas partager cette gestion avec les régions ? Craignent-ils que les gestionnaires des régions n’aient pas la compétence nécessaire pour administrer la santé dans leurs régions ?  En réalité, je ne crois pas que ces raisons justifient ce refus de décentraliser le système de santé. À mon humble avis et selon bien des grands penseurs de notre système, bien au contraire, tous auraient bien avantage à décentraliser notre système de santé.

Les besoins sont en grande partie régionaux

D’une part, il est de l’évidence même que les besoins en services de santé et en services sociaux ne sont pas les mêmes à Montréal qu’à Mont-Laurier ou encore qu’à Québec par rapport à Baie-Comeau, et ainsi de suite. Deux exemples viennent spontanément à l’esprit, à Montréal, les besoins reliés à l’itinérance sont criants, ce qui n’est pas le cas à Mont-Laurier. Par contre, les services ambulanciers ne sont pas très problématiques à Montréal compte-tenu des courtes distances à parcourir et de l’importance de la flotte de véhicules. C’est tout à fait l’inverse à Mont-Laurier où un patient qui vit au bout d’un rang à Sainte Anne du Lac peut avoir besoin d’une ambulance alors que le véhicule le plus près est à ce moment localisé à plus de 100 kilomètres de l’appel. Si chacune des régions avait son autonomie, elle pourrait réellement s’attaquer à ses propres problèmes et pourrait les régler sans avoir à attendre la bénédiction de Québec.

Des réponses novatrices pourraient surgir des diverses administrations régionales.

À toujours répéter les mêmes protocoles, on arrive souvent aux mêmes résultats, rien de bien surprenant là-dedans. Mais il est possible qu’ailleurs, une direction hospitalière, ou un groupe de gestionnaires ou encore un comité de patient propose une solution unique à leur région et supposons que cela fonctionne. D’autres, dans d’autres régions pourraient aussi s’inspirer de cette approche novatrice. L’innovation ne vient pas toujours d’en haut. Favoriser un foisonnement d’idées innovantes sera certainement plus efficace que d’attendre toujours l’arrivée d’un sauveur à la tête du ministère.

La peur du changement peut aussi être un frein puissant à l’innovation.

Osons-espérer que notre Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec se rappelle aussi que son gouvernement a été élu par les régions et qu’il s’extirpe du sempiternel statut quo pour réaliser ces deux objectifs facilement atteignables actuellement : démocratiser et décentraliser notre système de santé. La table est mise, ne reste qu’à faire le service.

La semaine prochaine nous parlerons du troisième et ultime objectif : dépolitiser le système de santé.