3. nov., 2019

Dépolitiser, pour mieux servir les patients

Dépolitiser la santé se résume en deux objectifs : 1) le gouvernement établit les politiques de santé et une société d’État, nommons-la ici Santé-Québec assure la gestion au jour le jour de ces politiques. Il est à souligner que ce modèle opérationnel existe déjà avec la Société d’assurance automobile (SAAQ), la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST), la Société des alcools du Québec (SAQ) et Hydro-Québec.

Le premier avantage, et non le moindre, de la dépolitisation est un changement radical de pensée. Alors que pendant les années 1970, nous affichions en tant que peuple une fierté face à notre système de santé, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui en éprouvent un certain embarras.

L’arrivée de Santé-Québec devra inverser cette tendance défaitiste.

D’une part, les étapes menant à sa réalisation se voudront rassembleuses. Il s’agira d’asseoir à une même table de réflexion des membres de diverses professions, des membres de comités de malades, de jeunes penseurs et des plus vieux, des syndicats et des gestionnaires actuels. Cet exercice sera le point de départ d’une unification des forces en présence pour se doter d’une société d’État, un organisme paragouvernemental capable d’apporter des solutions réelles pour soigner adéquatement notre population.

D’autre part, l’élaboration des objectifs et des responsabilités de Santé-Québec marquera un point de départ plus que motivant et fournira à tous une nouvelle énergie pour construire l’organisme idéal et non plus une recherche de multiples solutions pour tenter de rafistoler un système de santé qui s’effrite de toutes parts. C’est un peu comme ériger les plans d’une nouvelle maison répondant aux besoins actuels plutôt que de réparer tantôt le toit, tantôt la plomberie, tantôt les fondations d’un édifice vétuste, usé et qui ne correspond plus aux besoins de la population. 

Santé-Québec, c’est l’occasion unique de repartir à neuf, de bâtir un système adapté aux besoins actuels et futurs d’une société dans laquelle les gens auront le droit de vivre plus longtemps sans risquer de manquer de soins, tout en préservant les acquis et les réalisations positives du système actuel.

Une ère de collaboration

Santé-Québec voudra aussi établir de nouvelles normes quant aux rapports entre les divers intervenants en santé. En séparant l’État payeur des dispensateurs de services, nous voudrons créer une dynamique unificatrice plutôt que la traditionnelle façon de gérer dans laquelle diviser pour régner est le modus operandi habituel. Présentement, plus les forces en présence sont divisées, meilleures sont les chances pour le Ministère d’arriver à ses fins. Si le médecin ou l’infirmière d’aujourd’hui jouissaient encore de la même réputation que durant les années 1960, aucun ministère ne pourrait leur refuser quoi que ce soit sans que la population ne déclenche une émeute. Les divisions actuelles au sein des groupes en causes : médecins contre infirmières, médecins spécialistes contre médecins omnipraticiens, secteur public contre secteur privé, etc., ont entaché lourdement l’image de ceux qui nous soignent, au profit du système de santé uniquement administré par un gouvernement transposé en défenseur de la veuve et de l’orphelin. Le bon docteur (et tout autre professionnel de la santé) est devenu le méchant loup et le Ministère s’est identifié comme le protecteur du citoyen.

Santé-Québec sera pensé, formé et géré par tous ces groupes qui aujourd’hui s’affrontent. Il leur reviendra de décider des plans et objectifs de LEUR système de santé et de les appliquer par la suite. Nous avons ici une armée de professionnels, de médecins, d’infirmières et d’infirmiers qui ont à cœur la santé de leurs patients. Nous avons des gestionnaires de haut calibre capable de contribuer à encadrer et, surtout, à augmenter l’accès aux soins. Et nous avons des hauts fonctionnaires aguerris et compétents, capables d’une vision d’ensemble du présent et futur de la population québécoise. L’unification de toutes ces personnes de bonne foi vers un objectif commun ne peut que permettre un nouvel envol d’un système adapté aux besoins actuels et futurs en termes de santé de notre société.

L’ère des revendications sera remplacée par cette de la collaboration individuelle dans un objectif commun. Ceci peut sembler à première vue utopique, mais il n’en est rien. L’ère de l’attente d’une décision venant d’en haut pour améliorer le système de santé est révolue. La santé, c’est l’affaire du citoyen et des intervenants.

C’est dans cette ère que veut entrer Santé-Québec, une gestion de la santé qui se réclame de la coopération : coopération entre les divers professionnels de la santé, coopération entre ceux-ci et les gestionnaires, coopération entre les gestionnaires et les fonctionnaires d’État et coopération entre ces divers intervenants et la population qui, d’une part, a besoin de soins de qualité et qui, d’autre part, n’exigera plus l’impossible car elle participera aussi à la gestion de Santé-Québec.

Le patient à la tête du système

Nous l’avons souligné : déjà des directeurs d’hôpitaux réclament la présence d’homme d’affaires aguerris au conseil d’administration de leurs institutions. La santé n’est pas qu’une question d’affaires ou de finances, mais le fossé qu’on a voulu creuser au fil des années entre la santé et les affaires se doit aujourd’hui d’être comblé. Et les pelletés de terre destinées à combler ce fossé doivent venir des deux pôles. Le système de santé aura avantage à cultiver plus à fond une culture d’entreprise, et le monde des affaires devra renforcer sa fibre communautaire afin que ces deux entités puissent être en mesure de travailler ensemble efficacement. C’est pourquoi tant sur le conseil d’administration qu’au niveau des diverses directions, on devra trouver obligatoirement des gens du public et des gens du monde des affaires.

Le fonctionnement de Santé-Québec

Contrairement au mode de fonctionnement actuel, Santé-Québec sera avant tout géré régionalement. L’ère du tout le monde pareil connaîtra sa fin. Plutôt qu’un ministre établisse ce qui est bon pour les régions et que celles-ci appliquent les politiques édictées, chaque région disposera d’un budget avec lequel elle sera tout à fait libre d’opérer. Parce qu’il faut l’admettre, les besoins sont bien différents entre les grandes villes et les régions et entre les diverses régions.

Un peu sur le modèle que s’apprête à appliquer le gouvernement du Royaume-Uni, nous devrons éliminer des intermédiaires et maintenir les frais administratifs aux plus bas coûts opérationnels. De plus chaque région étant autonome et imputable, la place occupée par la gestion des services s’estompera rapidement au profit de la distribution des soins. C’est un peu comme gérer une entreprise. Un certain pourcentage, habituellement le plus bas possible, est affecté à la gestion, le reste l’est à la production et à la distribution, là où l’entreprise peut augmenter ses performances et ses bénéfices. Au niveau de Santé-Québec, chaque région administrera ses services toujours avec le principe fondamental de répondre aux besoins de sa population. Ainsi rapproché du citoyen, Santé-Québec sera en mesure de fournir des services avec un minimum de structures administratives et un maximum d’efficacité.

Ce texte est largement inspiré du livre que j’ai eu l’honneur de signer avec la collaboration des Dr Alban Perrier et Robert Ouellet aux Éditions Trois-Pistoles en 2012 (https://editionstrois-pistoles.com/boutique/fr/revolutionner-les-soins-de-sante-c-est-possible-p147/ )