9. nov., 2019

Avez-vous déjà souffert de follette

Avez-vous déjà souffert de follette, de tac, de dando ou de coquette ? La réponse est fort probablement, oui!

C’est Hippocrate lui-même qui aurait décrit les symptômes de la maladie après l’épidémie qui a sévi à Périnthe, en 412 avant Jésus-Christ. Dans ses livres, on peut lire plusieurs allusions à ce fléau : «Toux sèche amenant des dépôts sur les membres (…) Cela appartient donc à la catégorie des fièvres que je pense avoir régné à Périnthe et avoir accompagné ou suivi la toux épidémique de cette ville. (…) Des toux sèches produisant une courte irritation, à la suite d’une fièvre très-chaude, ne causant pas la soif en proportion.» (Réf : Hippocrate, Sixième livre des épidémies, par Philippe Remacle, philippe.remacle@skynet.be) Plus tard, Tite-Live décrivit dans son œuvre Rome antique, plusieurs épidémies dont les symptômes ressemblent à ceux de la grippe. 

La grippe au Moyen-âge

Selon le médecin et démographe français Jean-Noël Biraben, directeur de l’Institut national d’études démographiques (INED), la première épidémie grippale à l’échelle européenne eut lieu durant l’hiver 875-876 de notre ère. Le virus serait réapparu en 926. Flodoard de Reims, poète et historien médiéval décrit ainsi, de manière pour le moins imagée, l’épidémie de 926 : « En la même année, un dimanche du mois de mars, on vit à Reims des armées de feu se battre dans le ciel, et bientôt après s’ensuivit une peste terrible, c’était une espèce de fièvre et de toux qui était suivie de la mort, et qui exerça ses ravages sur toutes les nations de la Germanie et des Gaules. » (Flodoard, Histoire de l’Église de Reims, Guizot 1824) p. : 541-542)

D’autres textes médiévaux citent des épidémies en 1105, 1172, 1239, 1311 et 1357. Durant toutes ces années, la grippe adopta différents noms : peste, phlegmasiapestis, ou encore follette. Ce dernier terme aurait été emprunté à ces petits bateaux qui sillonnaient les fleuves et rivières de France probablement pour illustrer la propagation rapide typique de la maladie. On retrouve dans la littérature d’autres noms utilisés pour décrire la maladie comme : tac, dando, coquette ou coqueluche. (Référence : www.an1000.org/grippe-moyen-age/ 4/9 )

En 1357, lors de l’épidémie grippale qui frappa l’Italie, la maladie reçut le nom d’Influenza di Stelle (sous l’influence des étoiles) qui deviendra Influenza di Freddo (sous l’influence du froid). Ce qui fut à l’origine du nom influenza.

Une grippe originaire d’Asie toucha en 1580 les populations de la Chine, de l’Afrique, de l’Europe et d’Amérique du Nord. Il faut souligner que la guerre impliquant l’Espagne et son roi Philippe 1 favorisa la dissémination de la maladie à cause du mouvement des troupes. Depuis cette première pandémie reconnue officiellement comme telle, il y en aura au moins 30 autres jusqu’aujourd’hui. Le mot grippe fit son apparition en France lors de l’épidémie de 1743. On considérait alors qu’on n’attrapait pas la grippe mais que c’était elle qui nous agrippait tant la maladie était brusque et persistait. C’est aussi lors de cette pandémie que le terme Influenza quitta l’Italie et fut adopté en Angleterre et ailleurs dans le monde.

L’épidémie des épidémies

La fin de la première guerre mondiale et l’année suivante (1918 – 1919) marquèrent la plus célèbre et la plus meurtrière des pandémies de grippe.  Parce que l’Espagne n’était pas engagée dans ce conflit, elle fut la première à fournir des données concernant cette épidémie. Les autres nations européennes ne voulaient pas en parler de peur de dévoiler leur vulnérabilité à l’ennemi. De plus, le roi espagnol, Alphonse XIII, en fut frappé. On estima que l’épidémie se répandit à Madrid en moins de trois jours touchant jusqu’à 70% de la population. Ce sont les journaux français qui, les premiers, donnèrent le nom de la grippe «espagnole», en évitant bien de parler de leurs propres cas de peur que les Allemands ne sachent que l’armée française en était affaiblie.

On ignore si le virus de la grippe espagnole (un H1N1, une souche comme celle qui nous a touché en 2009 mais beaucoup plus virulente) était passé du canard au porc pour ensuite s’attaquer aux humains ou s’il était carrément passé des oiseaux aux hommes, mais, selon toute vraisemblance, originaire de Chine, le virus se serait rapidement répandu en Amérique et en Europe. Les mouvements des armées durant la dernière année de la guerre et les retours aux différents pays d’origine des soldats ont aidé largement à la dissémination de la maladie. Elle fit un milliard de malades à travers le monde et les estimations parlent de 50 à 100 millions de morts.  Cette épidémie donnera naissance au Comité d’hygiène de la Société des Nations, ancêtre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les découvertes sur la grippe et sur le vaccin

Le professeur Dujarric de la Rivière de l’Institut Pasteur à Paris fut le premier à identifier en 1918 un virus filtrant comme étant l’agent causal de la grippe.  Puis en Angleterre, le virus de type A put être transféré à partir d’un frottis rhino-pharyngé de l’humain à un furet. La nature virale de la grippe ne pouvait plus être contestée. Dès lors, les travaux pour permettre la fabrication d’un vaccin antigrippal débutèrent.

En 1931, l’Américain Ernest William Goodpasture, réussit à cultiver des virus dans un œuf embryonné de poule. Ce sont ces travaux préliminaires qui permirent à Jonas Salk de préparer le premier vaccin efficace à grande échelle du virus de l’influenza.  La méthode de fabrication est demeurée la même depuis ce temps. On aura noté trois autres pandémies, la grippe asiatique (H2N2) en 1957 fit entre 1 et 4 millions de morts ; la grippe de Hong Kong (H3N2) causa entre 1 et 2 millions de décès et, plus récemment, la grippe H1N1 en 2009-2010 dont le bilan fait état de moins d’un demi-million de morts et ceci en y incluant les grippes saisonnières. De toute évidence, cette souche affichait un très haut niveau de contagiosité (semblable à celui de la grippe espagnole) avec, fort heureusement un niveau de virulence très faible. Elle se répandit donc aussi vite mais tua infiniment moins de personnes.

Un virus changeant

Comme on a pu le deviner au cours de cet article, le virus de la grippe est pour le moins changeant et existe sous plusieurs souches. C’est pourquoi, chaque année, il faut répéter la vaccination particulièrement auprès des personnes plus vulnérables : les bébés, les adultes souffrant de maladies chroniques et les personnes âgées. D’ailleurs, au Québec, la vaccination est gratuite pour toutes les personnes faisant partie de ces groupes et aussi pour toutes celles qui sont en contact régulier avec les personnes de ces groupes. Il est à souhaiter que le plus de gens possible profite de ces cliniques gratuites de vaccination, car plus il y aura de personnes protégées, moins le virus disposera de place pour se multiplier et contaminer par la suite d’autres personnes.

La vaccination contre la grippe représente donc une occasion idéale et unique de se protéger tout en protégeant les siens.