18. avr., 2020

L'APA de la Covid-19

L’avant de la COVID-19

Depuis plusieurs années maintenant et jusqu’à tout, tout récemment, il était de bon aloi de critiquer vertement les compagnies pharmaceutiques. Et pour nos gouvernements, il leur incombait surtout de payer le prix le moins cher possible pour bien paraître face à la population. La réalité des coûts de la recherche scientifique ne pesait pas lourd dans la balance de nos gouvernants qui semblaient avoir mieux à faire en proposant des négociations en vue de faire baisser les prix des médicaments ou encore des plans d’assurance médicaments pancanadien. C’est étrange, mais depuis l’arrivée de ce fameux virus à la source de cette pandémie qui sévit, on n’entend plus parler de ces enjeux politiques et économiques.

Pourtant on demande aux pharmas de travailler 24h sur 24 pour trouver le vaccin et le remède espérés.

Ce virement de cap s’observe aussi du côté de la population et des médias. Dans un article que je signais sur Huffington Post le 23 juin 2018, je soulignais : « Mais on oublie facilement tous ces succès (nda : les succès des médicaments). Et pour toutes sortes de raisons (qui le plus souvent ne tiennent justement pas de la raison) les médicaments sont présentés de façon négative sur la place publique. Il est devenu de bonne presse (surtout si vous souhaitez augmenter vos cotes d'écoute) de critiquer les « méchantes et voraces » compagnies pharmaceutiques. Les campagnes anti-vaccination font régulièrement la une, sinon ce sont des nouvelles qui nous apprennent, oh scandale, que nos vieux consomment trop de médicaments. » 

https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/les-annees-1960-les-medicaments-et-aujourd-hui_a_23461580/

Au milieu des années 1970, Serge Fiori et son groupe Harmonium chantait : Où est allé tout ce monde qui avait quelque chose à raconter ?

Aujourd’hui, on pourrait s’interroger à savoir où est allé tout ce monde qui, il y a quelques mois à peine, s’investissait la mission de déblatérer contre nos compagnies pharmaceutiques. On ne les entend plus. Ils font comme on pourrait dire : silence radio. Avant la pandémie, on parlait à qui mieux mieux en mal des compagnies pharmaceutiques, on s’insurgeait contre les gros salaires des médecins et on ignorait l’importance des chercheurs scientifiques. Sur ce dernier point, j’ai personnellement contacté à l’automne dernier trois des grands médias de la province pour leur proposer de présenter chaque semaine un de nos grands chercheurs. Au Québec, tout un chacun peut nommer au moins 5 joueurs de hockey et une bonne dizaine d’artistes, mais ne connait pratiquement aucun chercheur scientifique. Aucun de ces médias n’était intéressé à faire connaître nos grands chercheurs. Où était la fierté d’être québécois alors ?

Le pendant de la pandémie

Il faut croire que les temps changent puisque tout ce qui séparait les compagnies pharmaceutiques, les gouvernements et les médias doit maintenant s’ouvrir sur une collaboration étroite et constante si nous voulons raisonnablement espérer trouver un remède à cette pandémie.

Il n’est donc plus question de critiquer ou de se servir des médias pour dénigrer l’industrie. Le temps est dramatiquement à la coopération. À raison, on exige cette coopération du public avec l’obéissance aux confinements par exemple. Et nos dirigeants et ceux des compagnies pharmaceutiques se doivent aussi de collaborer pour le bien public. Personne n’a le choix. Si chacun parmi le public, nos gouvernants et l’industrie ne fait pas toute sa part, la crise durera plus longtemps, fera plus de morts et causera encore plus de torts à l’économie.

Entre les pharmas et les gouvernements

Il semble bien que de ce côté, les choses aillent maintenant bien mieux. Ainsi, sur le site de Médicaments novateurs Canada on peut lire :

« La COVID-19 a favorisé un nouveau niveau de collaboration au sein de l’industrie pharmaceutique canadienne innovatrice alors que nous travaillons en étroite collaboration avec les gouvernements fédéral et provinciaux, les organismes publics, les universités et les centres de recherche à travers le pays pour accélérer le développement de vaccins et de traitements pour les patients. L’annonce d’aujourd’hui s’ajoute aux mesures positives prises par l’industrie, les gouvernements canadiens et d’autres intervenants pour aider à répondre à cette crise de santé publique sans précédent.

« Nos membres continueront de jouer fièrement leur rôle et travailleront en étroite collaboration avec tous les ordres de gouvernement, la communauté des chercheurs et les organismes publics pour développer des solutions qui permettront de mettre un frein à la propagation de ce virus. »

(http://innovativemedicines.ca/fr/innovative-medicines-canada-welcomes-prime-minister-trudeaus-plan-mobilize-science-fight-covid-19/ )

Et pour le public

Autre temps, autre mœurs, disait-on. Il fut un temps où, comme nous l’avons souligné d’entrée de jeu, il était de bon aloi de déchirer sa chemise sur la place publique pour dénoncer les compagnies pharmaceutiques. Aujourd’hui, chaque jour quelqu’un se lève pour les remercier. Il faut croire que la peur et l’anxiété provoquées par la pandémie aura au moins servi à nous sensibiliser tous sur le rôle de la recherche, des chercheurs et des compagnies pharmaceutiques face à notre avenir en santé.

L'après de la pandémie

Il ne reste qu’à souhaiter qu’après cette crise, notre mémoire ne s’éteigne pas trop vite et que nous nous souvenions très longtemps combien nous avons aimé avec raison, pendant cette période difficile, nos médecins, nos infirmières et nos chercheurs scientifiques pour ne nommer que ceux-là. Comme on dit populairement : Pourvu que ça dure !