2. mai, 2020

COVID-19 : Chercher un coupable

La terre entière se trouve confrontée à un ennemi invisible et surtout inconnu. Ce dernier mot « inconnu » est particulièrement significatif. Notre planète, équipée d’innombrables savants, spécialistes et scientifiques de tout acabit, d’une technologie à toute épreuve et de moyens de communication ultrapuissants n’était plus habituée d’entendre ce fameux mot : inconnu.

De tous les temps, l’homme n’a jamais accepté d’être face à l’inconnu. Bien avant notre ère, il n’y avait pas d’inconnu, puisque les religions apportaient des réponses aux questions que les humains pouvaient se poser. Sorcelleries, punitions divines et menaces célestes expliquaient tous les fléaux auxquels l’humanité était confrontée. Mais tout comme Adam et Ève au paradis terrestre, l’homme voulait en savoir plus. Et les sciences (du latin Scientia qui signifie connaissance) allaient apporter ce savoir qui affranchirait les hommes des dogmes religieux.

En ce début de vingt-et-unième siècle, la science savait et, ce qu’elle ne savait pas, elle l’apprendrait rapidement. C’était du moins le cas jusqu’au jour où est apparu ce fameux coronavirus. Mais l’orgueil connait peu de limites et l’on croyait que tous les savants du monde réunis pour lutter contre ce nouveau virus allaient découvrir rapidement le vaccin et les remèdes capables de nous débarrasser de cette COVID-19. Après tout, ne lui avions pas trouver un nom à ce nouveau virus ? Et nommer une chose est déjà un peu la connaître, nous étions, du moins le pensions-nous, être sur la voie rapide de l’extinction de l’intrus ultra-microscopique. On parlait alors de quelques mois pour mettre au point vaccins et médicaments. Nous étions alors à l’aube de la pandémie. Mais voilà que quelques 5 mois plus tard, on espère maintenant arriver à ce résultat d’ici un an. Qu’arrive-t-il lorsqu’on n’atteint pas nos objectifs surtout lorsque ceux-ci sont essentiels à la survie de millions de personnes autour du globe ? Alors les êtres très humains que nous sommes se mettent à la recherche des coupables. Et cela que nous soyons des scientifiques ou pas.

La liste des coupables

Le premier est la Chine. N’est-ce pas là que le virus est apparu en tout premier ? Que nous avons la mémoire courte ! Tous se souviennent de la désastreuses grippe espagnole. Pourtant, cette pandémie n’avait aucune origine espagnole. La grippe qui se répandait dans toutes les armées européennes et américaines avait débuté aux États-Unis. Dans un article publié dans Le Devoir le 4 avril 2020, Denis Goulet, historien, professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal écrivait : « Entre-temps, la Première Guerre mondiale favorise l’apparition de la première grande pandémie du XXe siècle : l’influenza. Appelée faussement grippe espagnole, elle provient des États-Unis et se répand en Europe et sur tous les continents lors de la démobilisation massive des troupes ». https://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo-histoire/576404/les-grandes-epidemies-de-la-resignation-a-l-organisation-sanitaire

Notre COVID-19 serait non seulement d’origine chinoise mais proviendrait d’une erreur de manipulation sur des recherches sur un vaccin contre le SIDA. Et cette monstrueuse erreur aurait été commise par une importante compagnie pharmaceutique basée dans la ville d’où origine la COVID-19. Voilà donc la combinaison parfaite pour alimenter jusqu’à satiété, les conspirationnistes tant politiques que scientifiques. Car, il faut bien l’admettre, un jadis illustre scientifique, détenteur d’un prix Nobel, Luc Montagnier, appuie cette thèse. Ayant eu l’occasion de rencontrer et d’interviewer ce codécouvreur du virus du SIDA alors que je réalisais un documentaire sur ce sujet en 1985, j’ai été déçu et choqué de l’implication de ce professeur dans cette thèse sur l’origine du COVID-19. Je n’avais pas suivi sa carrière depuis, mais en m’informant, j’ai réalisé qu’il s’était aussi joint avec le temps aux thèses anti-vaccination du Professeur Henri Joyeux. La crédibilité du Professeur Montagnier a aussi été vertement contestée alors qu’il proposait ses théories sur les ondes électromagnétiques émises par l’ADN et sur les bienfaits de la papaye. Ce qui lui a attiré les moqueries du milieu scientifique. Faute de pouvoir découvrir un remède ou un vaccin contre la COVID-19, chercherait-il à découvrir de nouveau sa gloire passée ? La question se pose.

Comme il est possible de le constater, cette mise en accusation de la Chine et d’une compagnie pharmaceutique ne mène à aucune solution possible. Alors, il nous faut chercher les coupables plus près de nous. C’est humain, si des gens meurent, quelqu’un doit être responsable. Ce pourrait être la santé publique qui n’a pas réagi à temps, ou encore les médecins spécialistes qu’on aurait été obligé de supplier, ou bien les syndicats qui ont refusé les offres de bonification salariale proposés par le premier ministre ou encore les méchants propriétaires de centre d’hébergements privés ou publics.

Les animaux malades de la peste

Dans cette fable bien connue de Jean de la Fontaine au XVIIe siècle, les animaux se réunirent pour trouver un coupable à la punition divine, la peste, qui les décimait. Voici ce qu’il advint :

« On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal. »

Qui tiendra le rôle de l’âne au XXIe ? Bien malin qui apportera la bonne réponse. Mais une chose demeure d’actualité, la vraie raison de cette pandémie est l’inconnu. C’est avant tout le fait que nous ne connaissons pas ce nouveau virus et encore moins les moyens de s’en protéger totalement. Alors au lieu d’accuser tout un chacun, il est souhaitable que nous reconnaissions d’abord notre ignorance face à cet ennemi qui nous assaille afin d’axer notre action vers la recherche scientifique et non vers l’étalage de procès d’intention sur la place publique.

Je crois que chacun de nos politiciens et chacun de nos spécialistes en santé publique n’aient le désir de mal nous diriger ou même de mal nous informer. Ils doivent répondre à des questions pour lesquelles les réponses ne sont pas entièrement connues. Ils s’en tiennent avec la meilleure volonté du monde à ce que la science (rappelons-nous : la connaissance) leur dit. Mais qu’arrive-t-il quand la connaissance ne connait pas ?

Le temps n’est donc vraiment pas aux critiques. Il est à consentir tous les efforts nécessaires pour augmenter les connaissances pour vaincre cette COVID-19.

En attendant d’y parvenir, d’autres solutions seront proposées, d’autres essais seront effectués et d’autres erreurs seront commises. L’essai – erreur est aussi un moyen d’apprentissage. Ne crions pas haro sur le baudet trop rapidement.