9. mai, 2020

Le loup dans la bergerie et la Covid-19

Tout le monde connait le sens de cette expression : laisser entrer le loup dans la bergerie et chacun imagine bien le sort des pauvres moutons en pareille circonstances. Mais ce que peu de personnes savent est que l’expression serait d’utilisation médicale et ce, dès le XVIIe siècle. Elle était employée pour enseigner aux nouveaux médecins qu’il fallait bien nettoyer une plaie avant de la suturer. Sinon, gare à l’infection qui s’en suivrait, c’était comme laisser entrer le loup dans la bergerie (http://www.linternaute.fr/expression/langue-francaise/16824/faire-entrer-le-loup-dans-la-bergerie/).

Notre loup moderne : la COVID-19

Mais il faut croire que plus de trois cents ans plus tard, l’expression a perdu son sens, médical du moins. Car, c’est un peu, beaucoup, ce que l’on a fait avec ce nouveau coronavirus. Dans un premier temps, on l’a laissé entrer. Les voyageurs ont essaimé la COVID-19 partout sur la planète. Et les endroits où cette maladie a pu le mieux se développer sont ceux les plus densément peuplés. C’est un peu comme un loup qui aimerait beaucoup mieux entrer dans une bergerie qui compte des centaines de moutons que d’avoir à chasser les quelques cerfs de la forêt. Mais le plus gros problème avec la COVID-19 est qu’on ne connaissait pas les habitudes de « vie » de ce coronavirus prédateur ultra-microscopique.

Ce n’est qu’un peu tard, qu’on réalisa qu’il peut se promener en toute impunité en utilisant ses hôtes comme moyen de transport pour infecter d’autres et d’autres humains. C’est ce qu’on appelle la cote R0 du virus. Le professeur de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM) Benoît Mâsse décrit ainsi cette fameuse cote :

« Le Rest un nombre qui décrit l’une des caractéristiques d’une épidémie. C’est une mesure relativement intuitive qui permet de dire combien de personnes en moyenne seront infectées par une personne contaminée. Par exemple, si R= 3 au 1er cycle d’infection, cela signifie qu’une première personne infectée va transmettre le virus à trois autres personnes. Au 2e cycle d’infection, ce seront neuf personnes qui seront touchées. Au 12e cycle, nous aurons environ un demi-million de personnes atteintes. Si le R0 est moitié moins élevé, soit 1,5 au lieu de 3,0, au 12e cycle d’infection nous aurons environ 150 personnes qui seront infectées au lieu d’un demi-million. On voit toute l’importance du R0.

Intuitivement, si R0 < 1, l’épidémie va être stoppée. Dans le cas où R= 0,5, 100 personnes infectées vont transmettre le virus à 50 autres. Ces 50 personnes vont le transmettre à 25 et ainsi de suite. On voit que l’épidémie va disparaître.

Présentement, on estime le R0 de la COVID-19 à environ 3. Pour un même virus, le R0 peut varier d’une population à l’autre en fonction de la densité de population, de la susceptibilité et d’autres facteurs. S’il n’y a pas de Restimé pour le Canada en ce moment, ceux de pays où l’épidémie est plus avancée varient de 2 à 4.

Mathématiquement, on peut montrer que le R0 d’une épidémie est le produit de trois facteurs: 1) le risque de contracter le virus lors d’un contact, 2) le nombre de contacts par jour et 3) le nombre de jours où une personne infectée est contagieuse. » (https://nouvelles.umontreal.ca/article/2020/03/20/le-r0-de-la-pandemie/)

Et pour la suite du monde

Maintenant que le loup est dans la bergerie, que doivent faire les moutons ? En réalité ils ont trois choix :

  1. Tenter de se cacher dans l’espoir que le loup ne les trouve pas. C’est le confinement
  2. Trouver des armes pour abattre le loup. Ce sont les vaccins et les médicaments antiviraux efficaces.
  3. Tenter de sortir et de tuer le loup à main nue. C’est ce qu’on appelle l’immunité naturelle.

Pour la première solution, le confinement, après plus de six semaines nous en réalisons bien les limites. Pour la deuxième option, il faut investir massivement dans la recherche scientifique afin de trouver l’arme ou les armes nécessaires pour se débarrasser de l’envahisseur. Et finalement en ce qui concerne l’immunité naturelle, il faut espérer que cela fonctionne. Cela ressemble vaguement à laisser aller un groupe de cent personnes pour arrêter un tireur fou armé d’une mitraillette. Combien de personnes réussira-t-il à tuer avant d’être maîtrisé ?

L’immunité naturelle ou encore l’immunité collective se dit, en anglais, « herd immunity » littéralement : l’immunité du troupeau. Plus il y aura de membres dans le troupeau qui seront immunisés, moins la maladie pourra subsister.

Bien sûr, il aurait été préférable de ne pas laisser entrer le loup dans la bergerie et encore moins dans les bergeries lourdement peuplées de brebis faibles ou malades.

Bien sûr, il aurait été préférable de trouver des antiviraux et des vaccins efficaces.

Et bien sûr, il faudra espérer que l’immunité collective se fasse rapidement, si toutefois elle existera et selon le temps qu’elle durera.

Comme le disait si justement l’écrivain néo-zélandais Paul Cleave : « Les faux espoirs sont cruels, mais peut-être pas aussi cruels que l’absence d’espoir.