30. mai, 2020

La Covid-19 et le stress

Il est certain que l’arrivée de cette pandémie aura eu pour effet d’augmenter le niveau de stress pour plusieurs. Comment faire quand il n’est pas possible d’éliminer ce stress car, pour l’instant, on ne peut ni éliminer le virus ou même le prévenir à coup sûr? Il faut s’adapter à cette situation qui exige des changements qui peuvent s’avérer générateurs d’autres stress. Comment y arriver ?

Dans un livre dont le titre est : Stress et anxiété, votre guide de survie que j’ai eu le privilège de co-signer avec le professeur Claude Bélanger, psychologue clinicien et professeur de psychologie à l’UQAM, nous citions cet exemple :

« Une étudiante en deuxième année au collégial vient me consulter. Nous sommes au début de l’année académique et elle ne se sent pas bien du tout. Elle se dévalorise facilement, se sent déprimée et très anxieuse. La cause : elle a terminé le dernier trimestre avec 3 matières avec la mention A et 3 autres avec la mention B. Or, elle désire entrer en médecine et les B ne sont pas admis. C’est une jeune fille qui, avant l’entrée au collégial, avait pratiquement toujours été première de classe. Ses parents étaient très fiers d’elle et elle se sentait obligée d’atteindre une certaine performance tant pour son entrée en médecine que pour continuer à plaire aux siens. Où peut-on agir dans une telle circonstance ? Certainement pas au niveau des conséquences. Il est vrai et cela le demeurera qu’elle n’entrera pas en médecine avec des notes inférieures à A. Mais il est possible d’agir sur l’attitude rationnelle qu’on basera plutôt sur un choix que sur une obligation. Il s’agit de transformer le je dois par le je choisis, une attitude d’obligation, par une attitude de choix. Si je choisis d’obtenir des A, que dois-je faire pour y arriver ? Je pourrais couper dans mes heures de travail en dehors de l’école. J’aurai moins d’argent de poche mais plus de temps pour étudier, mais c’est mon choix.  Et en bout de ligne, si je n’atteins pas l’objectif d’avoir des A dans toutes les matières, je pourrai faire d’autres choix. Je ne me sentirai pas comme si j’avais échoué à une obligation. On remarque bien que dans ce cas, on n’a jamais tenté d’éliminer le stress ou même de le diminuer. Il demeure le même afin de garder le plus de chances possibles d’obtenir ces fameuses notes A. Sachant et admettant cela (le cognitif), on a plutôt axé la démarche sur un changement d’attitude (modifier le comportement) qui permet à notre étudiante de se revaloriser et d’entreprendre ses études avec plus d’enthousiasme. Le résultat est que notre étudiante se sent bien mieux (émotion) et a repris le collier. »

Comment adapter cet exemple à la situation que l’on vit actuellement ?

D’abord, notons qu’il existe à la base une grande similitude entre l’exemple de notre étudiante et la situation de le Covid-19. Dans les deux cas, il est impossible d’éliminer le stress. Savoir qu’il est possible que je contracte cette maladie est un stress avec lequel, je dois vivre. À partir de ce constat, je peux me sentir obligé de me plier à toutes les mises en garde de la santé public, me sentir brimé par le confinement et découragé par l’isolement qui s’en suit. Je peux me dire alors que c’est une atteinte inadmissible à ma liberté, que nos gouvernants disent n’importe quoi, qu’ils ont pris de mauvaises décisions, etc. Je peux aussi chercher d’autres coupables et c’est là que les théories du complot démarrent habituellement. Cette attitude négative m’apportera encore plus de stress, de frustration et d’anxiété.

Le virus existe, la maladie existe, la question n’est pas tant que dois-je faire que qu’est-ce que je décide de faire. Si, par exemple, j’ai 70 ans et ne suis plus obligé de sortir pour travailler et gagner un revenu, je peux alors décider de rester confiné pour éviter les contacts et augmenter ainsi ma propre sécurité. Je peux alors chercher divers moyens comme trouver un magasin d’alimentation ou une pharmacie qui offre la livraison. En m’informant, il est certain que j’en trouverai autour. Pour me distraire, je peux me remettre à la lecture, aux films, à l’entrainement personnel à la maison, etc. Pour socialiser, je peux établir des contacts nouveaux via l’internet, les réseaux sociaux et autres. Et pour échanger avec mes enfants et petits-enfants, il existe une foule d’applications telles Zoom, Facetime, Skype et autres qui sont faciles à utiliser et qui permettront ces échanges espérés.

Par ailleurs, si je dois travailler à l’extérieur, je peux choisir de m’informer des différentes façons d’être le plus en sécurité possible et ainsi, appliquer strictement un protocole devient un apprentissage que je peux choisir d’adopter.

En réalité, changer une obligation en un choix est le premier pas pour diminuer le stress. En sachant et admettant cela (c’est le niveau cognitif), il devient possible de modifier notre comportement (niveau comportemental) et d’en sortir plus heureux (niveau émotif). Comme pour notre étudiante, il devient alors possible de joindre agréablement la raison, l’action et l’émotion.