6. juin, 2020

COVID-19 : Quand le gouvernemaman nous laisse la main

Depuis les deux derniers mois, les gouvernements, tant canadien que québécois, nous ont habitué à leur rituel quotidien de communication.  Directives, statistiques et annonces de toutes sortes nous ont accoutumé à suivre ces conférences avec une régularité qui rappelle celle des grandes messes des années 1950. Tout comme alors nul n’osait mettre en doute les dictats de la religion, aujourd’hui, ce sont ceux de la santé publique que nul n’oserait remettre en question sans risquer de passer pour un hérétique. Pourquoi ?

D’abord, il y a un gros avantage à avoir un gouvernement qui prend tout en charge. C’est celui de trouver rapidement un coupable. Pour nous, du public, si ça va mal : c’est la faute du gouvernement. Si on pousse un peu plus loin, ce sera la faute du système, cette espèce de monstre invisible (je ne l’ai personnellement jamais rencontré), omnipuissant et totalement anonyme. Ainsi, nous retournons à la case départ : il n’y a pas de coupable puisqu’à l’intérieur de ce système, personne n’est imputable. Dans bien des CHSLD, on avait réglé le problème bien avant : en enlevant le poste de directeur. Il n’y a même pas de patron qui pourrait porter le blâme. Quant au Saint-Dicat, son nom le dit : nul ne peut l’accuser de quoi que ce soit. Il ne reste donc que le gouvernement que l’on peut accuser et que l’on peut changer au fil des élections.

Avec la révolution tranquille, nous avons appris à lui refiler toutes nos responsabilités : la santé, l’éducation de nos petits avec les garderies, et le soin de nos aînés qu’on entasse en CHSLD à la moindre perte d’autonomie. Notre gouvernement s’est muté en « gouvernemaman » comme le rappelait le titre du livre de Mme Joanne Marcotte.

Mais qu’arrive-t-il quand maman laisse la main de son petit ?

C’est alors à souhaiter que l’enfant en question sache bien marcher. C’est fort probablement le souhait de notre santé publique. Sommes-nous individuellement assez responsables pour maintenir ces fameux deux mètres (6 pieds) de distanciation ? Nous laverons-nous les mains pendant 20 secondes avec de l’eau et du savon ? Porterons-nous notre masque dans les transports en commun, dans les magasins et partout où la distanciation est improbable ?

Gouvernemaman a fait ce qu’il a pu. Comme il n’est ni dieu, ni diable, tout n’aura pas été parfait et souhaitons que cette pandémie lui aura fait réaliser que des réformes en profondeur dans notre système de santé s’imposent et ce, pas dans dix ans. Osons espérer qu’il est enfin terminé ce temps où ces réformes ne consistaient qu’en changements de nom (ex : Agence de santé qui deviennent des CIUSSS, etc.) ou en remaniements structurels.

Nous avons besoin d’un système de santé dépolitisé, décentralisé et démocratisé. Et nous avons grandement besoin de penser prévention, particulièrement dans le domaine de ls vaccination. Quand les groupes anti-vaccination occupent tant de place dans l’opinion publique, comment peut-on logiquement espérer que des recherches sur de nouveaux vaccins ne s’entreprennent, sauf, bien évidemment, en période de pandémie. Il faudra bien des campagnes pro-vaccination pour inverser cette dangereuse tendance.

Oui, la COVID-19 aura changé les choses

Ne serait-ce qu’en nous montrant les limites des organismes de santé, la COVID-19 aura eu des conséquences positives. Moins de consommation, du télé-travail, de la télé-médecine et moins de voyages internationaux amélioreront certes l’environnement qui en avait grandement besoin. Mais, ce qui demeure la plus belle conséquence, est qu’elle nous aura imposé la responsabilité individuelle comme meilleur et ultime moyen de se protéger. Si je ne maintiens pas ma distanciation sociale de 2 mètres, si je ne me lave pas souvent les mains, si je ne porte de masque à l’intérieur des espaces clos et lorsque la distanciation est improbable, c’est moi qui risque de contracter la COVID-19 et de la répandre autour de moi.

C’est cela la responsabilité individuelle. Et si je contracte la maladie et me retrouve à souffrir le martyr car mes poumons ont terriblement mal et ne peuvent absorber assez d’air, il ne me sera certes pas très utile de blâmer qui que ce soit d’autres, car, à ce moment précis, même si j’ai raison, c’est moi qui aurai peur de mourir.

Il ne reste à espérer nous ayons tous compris l’importance sine qua none de cette responsabilité individuelle que la COVID-19 nous impose.

Alors nous serons assez matures collectivement pour avoir un vrai gouvernement et non plus un gouvernemaman…