21. juin, 2020

Madame la Ministre, Monsieur le Premier Ministre, nous sommes découragés

Malgré les paroles rassurantes, les Québécoises et les Québécois ne sont pas si naïfs. Des masques qui n’étaient pas obligatoires et qui sont devenus fortement recommandés, des élèves à qui on annonce que la session est finie en avril, puis à qui on suggère des travaux facultatifs à domicile et que finalement on inonde de périodes Zoom avec quoi les parents déjà débordés doivent composer, des calculs de décès qui se rajustent continuellement parce que 165, 27 ou je ne sais combien d’autres n’avaient pas été déclarés au moment de leurs survenus, et la liste des incohérences pourrait certainement s’allonger ad nauseam.

Depuis le début de la pandémie, on nous martèle que, si le public suit les consignes de la santé publique : ça va bien aller. Puis on ajoute que, si on ne les avait pas aussi bien suivies, ç’aurait été bien pire. Mais qu’est-ce qui pourrait être bien pire que d’occuper la première place au Canada en termes de cas recensés et de décès ? Y aurait-il une place plus première que la première ?

Et la lumière fut

Mais, il semble qu’enfin la lumière a jailli et que notre monstrueux ministère de la santé et des services sociaux (en termes de taille, d’effectifs et d’organigrammes) a enfin compris la cause qui était présente depuis des siècles et des siècles : il manquait et manque toujours de personnel dans les CHSLD. On a eu beau faire intervenir les médecins spécialistes, les omnipraticiens, les infirmières à la retraites et même l’armée : il manque toujours de bras. Qu’à cela ne tienne : on double les salaires des préposés en CHSLD et on veut employer 10 000 de nouveaux préposés en CHLSD.

Ce faisant, a-t-on pensé que des préposées qui travaillent en soin à domicile, d’autres qui œuvrent en résidences pour personnes âgées (RPA) et d’autres encore qui offrent leurs services en résidences de type familial (RTF) ne seront pas tentées de quitter leurs postes pour aller travailler en CHSLD au double du salaire. Ces personnes ne sont pas des sans cœur ni des déserteurs, elles veulent tout bonnement améliorer leurs conditions de vie. Qui saurait les en blâmer ?  Qu’arrivera-t-il quand les personnes âgées ne pourront plus avoir de soins à domicile, ni dans les RPA ou encore dans les RTF parce qu’il y aura pénurie (c’est plus qu’évident) de préposés dans ces secteurs ? Deux choses peuvent alors se produire : la crise de la COVID diminuera et on oubliera toutes ces personnes âgées comme on l’a fait depuis longtemps dans les CHSLD ou bien toutes ces personnes devront se trouver une place dans les CHSLD étatisés qui connaitront alors les mêmes problèmes que nos hôpitaux : surcharge et liste d’attente interminable.

Un autre éclair

Dernièrement, après que la directrice de la santé publique eut fait une sortie médiatique, notre gouvernement s’est rendu compte que Montréal existait. C’est vrai qu’aux dernières élections, ce ne sont pas les Montréalais qui avaient fait élire l’actuel gouvernement,mais je croyais l’époque de Duplessis révolue depuis près de trois-quarts de siècle. Néanmoins, notre premier ministre a décidé de passer à l’action. Ainsi, comme l’écrivaient Ariane Lacoursière et Tommy Chouinard dans la Presse : « Le gouvernement Legault a mis sur pied un nouvel organe décisionnel pour le réseau de la santé de Montréal, afin de mieux gérer les suites de la pandémie et de corriger les failles dans la coordination des actions. » https://www.lapresse.ca/covid-19/2020-06-06/un-nouvel-organe-pour-gerer-la-sante-a-montreal

Combien faudra-t-il de crises ? Combien faudra-t-il de décès ? Combien faudra-t-il de commissions d’enquêtes, de comités de réflexions, etc ? pour enfin réaliser que les solutions à la pièce ne durent qu’au mieux jusqu’à ce que les médias ne parlent plus du problème.

Les vieux qui sont malades auront été les laissés-pour-compte durant cette pandémie, comme ils l’avaient été durant les décennies précédentes. Mais le plus grand malade, c’est notre système de santé. Et pour le guérir, il faudra plus que des diachylons posés ici et là, comme celui que le langage bureaucratique appelle un nouvel organe décisionnel.

Notre système a besoin d’une refonte complète où chaque région devient responsable de la santé des siens Où, on laisse plus de place au privé, nous en avons eu une idée dans la gestion des chirurgies où les centres privés subventionnés par l’État affichaient des performances nettement plus efficaces que nos hôpitaux conventionnels. Pourtant le MSSSQ ergote encore et toujours quant à officialiser et inclure les services du privé pour certaines chirurgies. Et finalement, on l’espère, une refonte où le public, les usagers comme on les appelle aujourd’hui, auront leur place et où le gouvernement, pour paraphraser le Dr Yves Lamontagne, établira des politiques de santé et cessera de faire de la politique avec la santé. En somme, il s’agit enfin d’installer les sempiternels trois D : dépolitiser, décentraliser et démocratiser. Sans cette réforme, on continuera à poser des diachylons sur chaque bobo et viendra un jour où, comme pour les masques, on finira par manquer de diachylons…

M. Legault, vous avez raison, Ça va bien aller. Mais ça ira mieux si vous vous attelez immédiatement à la tâche titanesque de produire cette réforme.

Et c’est cela l’œuvre d’une vie.