5. juil., 2020

Des mots et des maux

Pour vous toutes et tous qui avez travaillé sans relâche pour trouver le bon angle de communication pour faire bien paraître notre gouvernement, ne vous inquiétez pas, le temps des vacances approche.

La COVID-19 diminue tranquillement d’intensité et le calme reviendra dans nos CHSLD. Tout redeviendra comme avant. Par exemple, en juin 2019, certains trouvaient que les résidences pour personnes âgées ne constituaient pas un enjeu stratégique. Je doute que pareille phrase circulerait aussi facilement aujourd’hui. L’arrivée imminente de l’été est prévue pour le 20 juin cette année. Je le souligne pour nos gouvernants car ils ont de la difficulté avec les prévisions, en effet, qui aurait pu prévoir en 1950 au moment du fameux baby boom qu’on aurait tant de personnes âgées en 2020.  Mais les choses vont finir par rentrer dans l’ordre et on ne parlera plus des personnes âgées, des CHSLD et de la pandémie.

La tactique communication

Pour clore le débat, notre gouvernement à créé en deux semaines deux nouvelles instances pour perpétuer sa technique des solutions à la pièce : un nouvel organe décisionnel pour le réseau de la santé de Montréal auquel il ajoute cette semaine : un observatoire québécois de la proche aidance. Toujours le même processus : un bobo = un diachylon. Il faut tout de même souligner les efforts lexicologiques de nos gouvernements qui semblent se perpétuer d’une génération à une autre. Nous n’avons qu’à nous rappeler des vétustes régies régionales qui sont devenues des agences de santé qui sont elles mêmes devenues des centres intégrés de santé et de services sociaux et des centres universitaires intégrés de santé et de services sociaux. Aujourd’hui, on a un nouvel organe décisionnel et, en prime, nous avons des proches-aidants qui deviennent des personnes proches-aidantes, des comités de partenaires concernés par le soutien aux personnes proches aidantes et un observatoire québécois de la proche aidance. On n’arrête pas le progrès. Avec toutes ces annonces et le recul de la COVID, on a de quoi ne plus entendre parler des personnes âgées pour un autre bon 20 ans.

Complexifier pour mieux gérer

Tel semble être la devise de nos gouvernants. À l’appareil déjà sursaturé de structures, de comités, de bureaux de gestions et de directions de toutes sortes, pour régler les problèmes des personnes âgées, on ajoute d’autres organismes. Si cela vous intéresse d’avoir une vague idée de la complexité de ce ministère, suivez le lien vers les 143 cases de l’organigramme du MSSSQ : https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/sante-services-sociaux/publications-adm/ORG_organigramme_MSSS_01.pdf?1584366962).

Et pourtant

Mon but n’est pas de mettre le gouvernement dans l’embarras. Bien au contraire, je crois que s’il décide de se distinguer de ses prédécesseurs, il trouvera l’audace qu’il faut pour cesser de suivre la parade et enfin inventer un nouveau système de santé. Quand un gouvernement gère le ministère de la santé, il y a toujours risque que les intérêts politiques passent avant les besoins en santé. Quand les décisions doivent obligatoirement passer par les hautes instances du ministère, il y a risque que celles-ci se retrouvent embourbées dans les dédales du système et tant qu’on n’a pas un vrai bureau des usagers, on devra continuer à créer une multitude d’associations de défenses des droits des usagers, de comité d’usagers et en nouveauté un observatoire québécois de la proche aidance.  

Simplifier devrait en être le nouveau mot d’ordre. Qu’est-ce qu’il y a de compliqué dans la règle des 3 D : dépolitiser, décentraliser et démocratiser ? En dépolitisant, le gouvernement se libère de tous les enjeux de gestion du système de santé. En décentralisant, il laisse aux régions les pouvoirs d’organiser leurs soins comme il leur convient le mieux et en démocratisant, il permet aux usagers de s’impliquer non seulement comme observateurs mais comme membres actifs au niveau décisionnel du ministère.

Tout ce nouveau vocabulaire et toutes ces nouvelles structures apparus au fil des ans ne rendront pas les services en santé plus accessibles et encore moins, plus humains. Nos usagers souffrent de l’usure de ce système de santé fonctionnarisé à l’extrême. Quand aurons-nous l’audace de repenser en entier notre système de santé ? Ce ne sont pas les mots créés par nos dirigeants qui vont soulager les maux des personnes âgées et de l’ensemble de la population.