25. juil., 2020

La Covid et la vision en 3 D

Avant la pandémie

Il était plus facile et plus confortable de conserver une vision dichotomique de notre univers : il y avait le bon et le méchant, le public et le privé, le jeune et le vieux, le blanc et le noir, le riche et le pauvre, l’industrie et l’environnement, etc. Pour terminer cette liste, il y avait aussi la sécurité et l’insécurité. Gouvernements et sociétés s’accommodaient facilement de cette fausse réalité en deux dimensions.  Et l’univers était à la constante recherche de ce fameux équilibre entre deux extrêmes qui lui apporterait richesse et sérénité. Pourtant d’un simple point de vue biologique, l’atteinte de cet équilibre serait le signal de mort de l’univers. Un exemple simple, pour ne pas dire simpliste est le désir de manger. Lorsque notre corps a besoin de se nourrir, il envoie au cerveau le signal de la faim. Alors, nous allons manger. Lorsqu’on a assez mangé, le cerveau envoie un autre signal : celui de la satiété et le repas se termine. Si ce n’était de ce déséquilibre constant entre la faim et la satiété, nous ne mangerions pas et serions condamné à mourir dans les 30 à 40 jours suivants le dernier repas.

Avec la pandémie

Une troisième dimension est arrivée avec la Covid-19. C’est celle de l’inconnu, de l’invisible et de l’imprévisible. La science n’a pas la réponse à tous les maux, c’est l’inconnu. L’invisible nous a fait réaliser que ce que nous ne voyons pas, comme un simple virus, peut devenir aussi menaçant qu’une guerre atomique. Et l’imprévisible défie ce sentiment de fausse sécurité dans lequel notre espèce se vautrait depuis des décennies. Notre génération n’avait en effet jamais connu de guerre mondiale (1914-1918 et 1939-1945), de grande dépression économique (1929-1939) ou d’épidémies meurtrières (la grippe espagnole). Plus de trois-quarts de siècles sans grand cataclysme planétaire, voilà de quoi rassurer et probablement endormir notre civilisation. Car nous nous sommes bel et bien endormis. Nous avons été des années à ne pas voir nos enfants grandir, trop occupés que nous étions à performer dans nos sphères professionnelles. Nous avons été des années à oublier nos personnes âgées, en confiant aveuglément leurs sorts à l’État. Au Québec, en particulier, il aura fallu qu’un enfant meurt littéralement de faim et de misère dans la région de Granby pour que nous constations que nos services de protection de l’enfance ne « protégeaient » pas tant que cela. Et finalement. Il aura fallu un ultramicroscopique coronavirus pour savoir que les personnes âgées n’étaient pas vraiment en sécurité dans les CHSLD.

Les solutions envisagées

Comme toujours, les premières solutions qui ont émergé furent des interventions à la pièce : pour les DPJ, une enquête publique, pour les CHSLD, une augmentation des salaires des préposées. Mais durant le temps que siège cette commission d’enquête et pendant qu’on embauche à tour de bras dans les CHSLD, les situations ne se règlent pas. D’autres drames d’enfants ont eu lieu, mais les médias n’en ont pas parlé, les projecteurs étant réservés à la pandémie. Et pendant qu’on embauche dans les CHSLD, les services à domicile et autres acteurs du réseau manquent d’effectifs. Les solutions à la pièce ne répondent pas aux problèmes, elles ne suffisent même plus à les camoufler.

Les vraies solutions

Il faut au plus tôt, mettre nos lunettes 3D, pas simplement pour pouvoir enfin appliquer les 3 D en santé (dépolitiser, décentraliser et démocratiser), mais surtout pour innover en termes de solutions.

Notre système de santé est un monstre qui agonise sous le poids de son fonctionnariat et de son administration souffrant d’obésité morbide et qui ne pourra pas devenir efficace, si on n’intervient pas énergiquement. Mais pourquoi ne l’a-t-on pas fait avant ? C’est probablement dû au fait que dans notre société, en réalité, les gouvernements ne gouvernent pas grand-chose.

Ce sont les hauts fonctionnaires, les gestionnaires de l’état et l’armée de fonctionnaires qui, dans la vie concrète, tiennent les rênes du pouvoir. Il y a plus de 50 ans, ces rênes se sont orientées à gauche. Autant, Maurice Duplessis disait : « Rappelez-vous que le ciel est bleu et que l’enfer est rouge» et avait une peur viscérale de la gauche politique, autant aujourd’hui, il est mal vu de parler d’écoles privées et encore, oh sacrilège, plus de médecine privée. En réponse à la crise actuelle dans les CHSLD, notre premier ministre proclamait récemment son désir d’abolir le privé dans ces établissements, de les rendre tous 100& publics. Mais notre système de santé public va-t-il suffisamment bien, offre-t-il des résultats assez performants pour qu’on en arrive lucidement à pareille proposition ? Non mais, tant que ce seront les fonctionnaires de l’État qui décideront de la direction des gouvernements et qui pourront retarder autant qu’ils le veulent les changements, ils auront gagné et il n’y aura pas de changements réels. Rappelez-vous qu’un gouvernement est élu pour quatre ans et que les fonctionnaires sont nommés à vie ? Les premiers ministres, ministres et députés auront beau s’égosiller, après un mandat, peut-être deux, ils seront remplacés mais les fonctionnaires resteront en poste,  

Entre le tout public et le tout privé, nous devrons être inventifs, regarder une troisième voie.  Par exemple, en santé, le gouvernement pourrait dépolitiser ce système. Il pourrait alors édicter des politiques de santé que les gestionnaires auraient à appliquer. Vu de cet angle, le gouvernement n’aurait plus à exercer le rôle de maître et valet. Il dicte les lois et les gestionnaires doivent les appliquer. Tant que le gouvernement n’aura pas dépolitisé et ne se sera pas affranchi de la gestion, nous pataugerons toujours dans le même marasme. Je l’admets, c’est un peu plus compliqué que cela, mais le statut quo, les réparations à la pièces et l’ajout de bureaucratisation ne sont définitivement pas des solutions. Il faut passer à autre chose. La seule question restante est de savoir quand ?