2. août, 2020

Mon beau-frère est mort de la Covid (et tout le monde s’en fout)

Mon beau-frère est mort de la Covid (et tout le monde s’en fout)

Alors que nous sommes en plein déconfinement, les messages de santé publique pullulent pour nous répéter qu’il faut suivre les consignes de distanciation sociale, de lavage de main, etc… Quant au port du masque dans les magasins ou dans les lieux publics lorsque la distanciation est problématique, il semble que nos élus préfèrent laisser flotter un flou artistique plutôt que de prendre leurs responsabilités et de l’imposer. Justement, peut-on penser que le gouvernement qui a exigé des mesures très strictes au grand public n’applique pas la même rigueur aux employés du MSSSQ. Compte-tenu du résultat catastrophique quant aux nombres d’infections et au nombre de morts obtenus par notre belle province, il est permis de le croire.

Personnellement, j’aurais cru que la situation s’était corrigée depuis, mais je me berçais d’illusion. Des exemples, en voici deux, l’une publique, l’autre personnelle.

Du point de vue public, j’aurais cru que la situation quant au manque de personnel en santé était chose du passé. Après les appels au secours de notre premier ministre, après les recours à l’armée canadienne, puis à la Croix-Rouge, le Journal de Montréal nous rappelait cette semaine qu’il manquait toujours 4359 employés dans le réseau du MSSSQ dont 868 préposés aux bénéficiaires en date du 26 juin ( https://www.journaldemontreal.com/2020/07/04/il-manque-encore-des-milliers-demployes ). De plus, les situations inimaginables où on laissait seules des personnes âgées, me semblaient aussi des mesures du passé. Bien non, encore cette semaine, une femme s’est vue refusé l’accompagnement de son père âgé de 85 ans qui est sourd et aveugle lors de son hospitalisation à l’hôpital de St-Jérôme.

Du point de vue personnel, comme trop de québécois, ma belle-famille a perdu un de ses membres. Gilles, cet homme âgé de 68 ans, est décédé à l’hôpital de Saint-Jérôme le 26 mai dernier de la Covid. C’est bien sûr très difficile de vivre son deuil en période de confinement et de distanciation sociale. Je crois qu’il faut malheureusement l’avoir vécu pour le comprendre. Mais là n’est pas mon point. Gilles avait trois enfants, cinq sœurs et trois frères. Il travaillait toujours dans le milieu des garderies. J’aurais cru, naïvement, qu’une enquête épidémiologique aurait eu lieu après son décès pour s’assurer auprès de tous les membres de sa famille et pour savoir au moins si l’un ou l’autre avait eu un ou des contacts avec celui qui était décédé de la Covid.  Pourtant trois semaines après son décès, aucun de ses 3 enfants, de ses 3 frères ou de ses 5 sœurs n’avaient reçu d’appel de la santé publique du CIUSSS des Laurentides pour vérifier s’ils avaient eu des contacts avec leur père (pour ses 3 enfants) et leur frère (pour ses sœurs et frères).   J’ai bien sûr envoyé, le 20 juin, un courriel aux responsables du CIUSSS des Laurentides pour savoir pourquoi une telle enquête n’avait pas été effectuée. Trois semaines plus tard, je recevais cette réponse de l’Équipe des communications et des relations publiques du dit CIUSSS :

« Pour faire suite à votre demande, la Direction de santé publique effectue une enquête épidémiologique pour tous les cas de Covid-19. Également, seules les personnes ayant eu un contact significatif avec une personne positive à la COVID-19, durant sa période de contagiosité, ont des recommandations d'isolement.

En espérant le tout utile. 

Merci. »

De toute évidence, l’équipe en question n’avait pas eu le temps de lire le courriel que je leur avais envoyé trois semaines plus tôt et avait plutôt envoyé un message qu’on envoie à tout le monde qui leur pose des questions sur les mesures épidémiologiques.

Il faut admettre que je comprends que le CIUSSS des Laurentides n’ait pas beaucoup de temps libre ces jours-ci. Des foyers d’infections se sont déclarés à l’Hôpital de Saint-Jérôme, là même ou mon regretté beau-frère est décédé le 26 mai dernier.

Là où l’insulte s’ajoute à l’injure, si j’ose m’exprimer ainsi est lorsqu’un des directeurs de cet établissement dit : « On sait que le virus est toujours présent dans la population. Le relâchement des mesures favorise probablement la propagation ». Or impute-t-il ce relâchement des mesures à la population ou à son organisation ? Les deux réponses possibles sont aussi mauvaises l’une que l’autre.

Deux petits points pour conclure cet article :

Le premier est que tout ceci sera vite oublié, Après tout, les victimes ici ne sont des personnes âgées : un monsieur de 85 ans sourd et aveugle que sa fille n’a pu accompagné  et un homme de 68 ans mort de la Covid sans que personne de la santé publique n’appelle les membres proches de sa famille pour savoir s’ils avaient eu des contacts avec le défunt.

Le deuxième point est que je me demande si notre directeur de la santé public offre les mêmes grands discours de prévention qu’il réclame de l’ensemble de la population québécoise à l’ensemble du personnel de la santé.

Si la pandémie reprend de la force, ce sera facile de blâmer le bon peuple de n’avoir pas bien suivi les consignes tout en passant sous silence que le mal provient peut-être aussi de l’intérieur du système.

Oui, le 26 mai dernier, mon beau-frère Gilles est mort de la Covid et je refuse que tout le monde s’en fiche.