22. août, 2020

Le MSSSQ : le monstre qui fait reculer tous les gouvernements (surtout en temps de Covid)

J’ai eu le privilège de travailler dans deux centres hospitaliers en fin des années 1960, début des années 1970. C’était l’époque où les salles d’urgence ne débordaient jamais. Pratiquement, les seules personnes qui se présentaient aux urgences d’alors étaient des accidentés graves de la route (ou d’ailleurs) ou encore une femme dont l’accouchement s’était mal déroulé et qu’on avait dû transporter à l’urgence.  Trouver un médecin de famille était alors chose facile et vous pouviez même choisir la date et l’heure de votre rendez-vous avec celui-ci.

La naissance de la bête

Puis dans l’euphorie de la suite de la révolution tranquille, afin de s’attirer des votes, les gouvernements se sont succéder avec comme devise : Nourrissons la bête. Les budgets ont enflé au point où il n’est plus possible de payer le quotidien sans couper dans les services. Nous l’avons observé avec l’ère du Dr Barrette pendant laquelle les services pour les personnes avec des handicaps physiques ou intellectuels, les services des DPJ et ceux alloués aux personnes âgées ont été diminué avec les résultats auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. La Covid-19 n’auraient pas connu un tel score catastrophique (le pire au pays et l’un des pires dans le monde) si nos CHSLD n’avaient pas été si négligés depuis des décennies.

Après cette éclosion de la maladie physique qui a pris à mal notre système de santé, ce sont les deux derniers S du MSSSQ qui écoperont : les services sociaux. C’est encore un endroit où l’on a coupé allègrement dans les budgets en diminuant les services. Des personnes (qui sait combien ?) vivent des situations de crises depuis des années. Avec des ressources financières faméliques, des femmes et des hommes vivent chaque jour, chaque heure, dans des états où l’angoisse et la dépression dessinent une toile de fond à leur vie déjà trop difficile. Des enfants issus de ces milieux sont laissés à eux-mêmes jusqu’au jour où l’irréparable se produit. Un père ou une mère tuent leurs propres enfants pour ensuite s’enlever la vie. Ou encore, ces personnes, des mères, des pères ou des enfants tentent de guérir eux-mêmes leur mal profond de vivre en se lançant dans des abus d’alcool ou de drogues et sombrent dans un mode de vie alternatif dans des milieux où la corruption fait office de loi. Et les ressources en travailleurs sociaux et en psychologues sont dramatiquement lentes ou sinon totalement inefficaces. Elles sont lentes parce que la moindre décision nécessaire pour intervenir doit passer par une ribambelle de fonctionnaires et que tout changement qui permettrait d’accélérer le plus petit processus doit escalader toute la chaîne de gestionnaires depuis le plus petit intervenant jusqu’à l’un des multiples bureaux du ministère à Québec.

La peur viscérale d’intervenir

Présentement, c’est un secret de polichinelle que le mot d’ordre au gouvernement en ce qui a trait au MSSSQ est : NE TOUCHONS PAS AUX STRUCTURES. Ce qui me semble pour le moins paradoxal quand on évalue les performances de la structure actuelle. C’est un peu comme si l’on vous disait : « C’est la structure de votre édifice qui est défaillante.  Mais vous n’avez pas le droit de la remplacer. Vous pouvez changer la peinture des murs ou au pire, agrandir quelques pièces, mais vous ne pouvez pas toucher à la structure ».  J’ai eu le privilège d’écrire un livre avec le Dr Augustin Roy en 2001 et un autre avec les Drs Alban Perrier et Robert Ouellet en 2012, les deux ouvrages portant sur le système de santé. La conclusion était unanime : il faut changer les structures devenues monstrueusement obèses et terriblement inefficaces. Quand le problème est la structure, remplacer une pièce ou dix ou renommer les pièces n’améliorent en rien les problèmes. Pourtant c’est ce que l’on fait depuis des décennies dans notre hyper efficace structure du MSSSQ.

Déstructurer pour bien rebâtir

Même si cela ne semble pas la voie que l’actuel gouvernement décidera d’emprunter. Il faudra un jour ou l’autre cesser de vouloir apaiser le monstre structurel qu’est devenu le MSSSQ et se décider à l’affronter. Pourtant la recette est connue depuis plus de 300 ans avant J.C. : divide et impera ou, en français : diviser pour régner. Selon Wikipédia, c’est Philippe II, roi de Macédoine qui réussit ainsi à mettre de l’ordre dans son royaume (https://fr.wikipedia.org/wiki/Diviser_pour_mieux_r%C3%A9gner).

Ici et aujourd’hui il faut mettre de l’avant les trois D de la réussite : Démocratiser, décentraliser et dépolitiser. En créant le bureau des usagers, le ministère s’assurera de la collaboration du public dans l’établissement de notre nouveau système de santé. En décentralisant, le gouvernement permettra enfin à toutes les régions d’adapter le système de santé selon leurs besoins. Un exemple parmi tant d’autres : Montréal connait des problèmes d’itinérance et de consommation plus importants que la Gaspésie.  En revanche, la Gaspésie peut avoir plus de problèmes avec les transports ambulanciers ou les transferts de malades vers des centres plus spécialisés. Chaque région pourra adapter ses services à ses propres besoins. La dernière étape de cette révolution de notre système de santé sera la dépolitisation. Comme le disait si justement le Dr Yves Lamontagne, ex-président du Collège des Médecins, il est temp que le gouvernement établisse des politiques de santé et cesse de faire de la politique avec la santé. Ainsi dans le passé, on pouvait bien promettre de construire un hôpital ou des CHSLD plus humains pour augmenter ses chances de gagner des élections. Ça, c’est faire de la politique avec la santé. Si la gestion de la santé était confiée à un organisme paragouvernemental, ce serait bien différent. Par exemple Hydro-Québec doit répondre aux normes édictées par le gouvernement en termes de distribution de l’électricité. Cette société ne peut pas à sa guise augmenter ses tarifs ou diminuer ses offres de services. Elle doit répondre aux politiques dictées par le gouvernement. Un organisme de gestion de la santé, appelons-le Santé-Québec, devrait suivre les politiques de santé dictées par le gouvernement, mais aurait les coudées franches quant aux moyens pour gérer efficacement la santé au Québec.

Le temps, un élément incontournable.

Bien sûr, cette révolution de notre système de santé ne peut pas se faire en quelques mois, ni même en une année. C’est pourquoi nous proposions dans mon dernier livre sur ce sujet une marche à suivre réaliste. Première étape, démocratiser en créant le bureau des usagers. Ainsi le public sera dès le départ partie prenante et agissante de la création de ce nouveau système de santé. Deuxième étape : décentraliser en laissant les budgets et les pouvoirs à chacune des régions du Québec. Une fois ces deux étapes effectuées, une période de rodage sera certainement nécessaire avant de procéder à l’étape ultime : dépolitiser en créant Santé-Québec.

Et là, ça va aller mieux!!!