12. sept., 2020

Monsieur Legault a blasphémé, peut-être est-ce à cause de la Covid ?

Selon le dictionnaire Le Larousse, le blasphème est : « Une parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré. (Le blasphème est à distinguer du sacrilège : le premier consiste en paroles, le second en actes.).

Eh oui, Monsieur Legault a blasphémé en fin de semaine dernière. Il a proféré un sacre encore plus gros que celui qu’on entendait jadis dans nos tavernes que s’eut été d’un câlisse, d’un tabarnak ou encore d’un chriss ou d’un ostie bien sentis. Et après avoir ainsi profaner un terme religieux, il fallait aller se confesser où la prière se terminait par : « C'est pourquoi je supplie la Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi mes frères, de prier pour moi Le Seigneur Notre Dieu. »

Mais oublions pour un instant le passé, même s’il a, comme on le sait, comme fâcheuse tendance de nous rattraper pour revenir au vocabulaire outrageant et tout à fait inacceptable de notre premier ministre. Mais qu’a-t-il dit exactement pour être ainsi assuré de devoir expier son péché auprès de tous les saints modernes (comprendre les syn-dicats) ? Il a prononcé la parole qui tue : IMPUTABILITÉ.

Ce mot que l’on croyait enfin littéralement banni du vocabulaire bureaucratique québécois depuis plus d’un demi-siècle a ressurgit tout à coup de l’homme le plus important du Québec, le leader des troupes gouvernementales. Suite à ce mot du PM, une première onde de choc est passée sous silence. Tous les fonctionnaires, haut-fonctionnaires et gestionnaires de l’État ont couru dans leurs vieilles boîtes pour trouver un dictionnaire afin de comprendre ce mot, cet archaïsme, inconnu depuis belles lurettes : IMPUTABILITÉ.  

Dans un article que je signais sur ces pages le 17 mai dernier et qui s’intitulait : J’habite Montréal, je suis vieux et je ne suis pas une statistique, j’écrivais : « Nous avons transformé notre gouvernement en état providence et, c’est bien connu, on ne mord pas la main qui nous nourrit. C’est une des données du problème qu’il est trop facile d’oublier. En déchargeant la plupart des responsabilités individuelles sur le dos des gouvernements, le « ce n’est pas ma faute » est devenu courant. Et le mot imputabilité est disparu. Qui est responsable de quoi ? Aucune importance. Qui a autorisé une dépense de $45 millions de dollars dans une affaire douteuse d’achat de masques ? La réponse n’a pas d’importance, le gouvernement a réussi à stopper la transaction et geler les millions en attendant une réponse des tribunaux sur ce sujet. Mais entre temps, ces millions, nous ne les avons pas. De plus, combien auront coûté ces procédures judiciaires pour récupérer ces deniers publics ? L’impunité semble devenue un précepte dans l’administration publique. »[1]  

Merci Messieurs Legault et Dubé

Vous avez osé dire, sans réserve, qu’il faudra réintroduire le mot imputabilité dans la fonction publique. Je vous souhaite toute la force et la chance qui vous seront nécessaires pour passer de la parole aux actes, du blasphème au sacrilège. Car j’ai l’impression qu’il vous manque au moins un élément sine qua none pour être en mesure de mener à bien vos nobles intentions : un appui participatif du public.

L’appui du public

Bien sûr, l’appui du public vous est présentement favorable. Mais vous avez suffisamment d’expérience pour savoir que celui-ci peut s’avérer très volatile. Je me souviendrai longtemps de monsieur René Lévesque, adulé par la population, un héros national, et pourtant acculé à l’échec et à la perte du pouvoir. Il avait osé affronter les syndicats et ce fut son requiem politique. C’est pour cela qu’il est urgent et nécessaire de créer le Bureau des usagers, un organisme qui permettra au public, aux usagers du système de santé, de participer aux décisions gouvernementales. C’est la première étape, la marche essentielle pour pouvoir reprendre le contrôle du monstre qu’est devenu le MSSSQ. Avec le public comme co-décideur, votre état-major aura les mains libres pour appliquer vos mesures. De plus, il pourrait arriver que certains membres de ce bureau reçoivent des usagers de bonnes idées auxquelles personne n’avait pensé avant. Ne sait-on jamais ? Après tout innover, n’est-ce pas aussi faire les choses différemment qu’avant ? Si la Covid aura permis cet essor du MSSSQ, au moins aurons-nous cher payé, mais pour arriver à mieux.

Au nom de tous les usagers et de leur futur bureau, je vous en remercie à l’avance monsieur le premier ministre et monsieur le ministre de la santé.