19. sept., 2020

Un triste aspect de la nature humaine

Cette semaine, le ministre Fitzgibbon faisait allusion aux bienfaits de donner accès aux compagnies pharmaceutiques aux données du ministère de la santé et des services sociaux. Bien des gens ont poussé les hauts cris devant une telle audace. Mais avant de jeter aux fauves tant le ministre que les méchantes « pharmas », un peu de rappel du passé s’impose. C’est pourquoi je me permets de reprendre ici, en grande partie, un article que j’ai déjà publié dans le Huff Post le 13 mai 2019.

Une odeur de mort et de pourriture dans toute la maison

Le grand-père était couché dans son lit. Tout le monde savait qu’il n’en n’avait plus pour bien longtemps à vivre. Donc, inutile d’appeler le médecin ou encore de l’amener à l’hôpital. De toute façon, personne dans la famille n’aurait eu les moyens financiers pour payer le docteur et, encore moins, l’hôpital. Alors on laissait grand-père s’éteindre lentement, trop lentement, de son diabète. Hier, son gros orteil s’était détaché de lui-même complètement rongé par la gangrène. Sa jambe était bleuâtre et l’odeur infecte de viande pourrie embaumait la maison. En après-midi, monsieur le curé était passé et l’encens qu’il avait apporté réussissait à peine à camoufler cette odeur. Ce tableau était fréquent avant que l’insuline ne fût découverte.

Brûlé vif ou dangereux ?

Toute la ville était aux abois. Une nouvelle épidémie de variole faisait rage dans tout le pays et les premiers cas venaient d’apparaître dans la ville. Mais l’horreur atteint son comble quand Violette, la cadette de 7 ans, présenta les premiers signes de la maladie. Deux solutions s’offraient alors. Ou bien on laissait aller la maladie, alors la fillette vivrait quelques temps. Mais cette solution impliquait que durant sa brève existence, elle infecterait plusieurs autres personnes de son entourage. L’autre solution consistait à plonger la jeune enfant dans un bassin d’huile bouillante. Si elle en survivait, elle serait complètement défigurée pour toute sa vie mais ne pourrait plus contaminer personne. Imaginez-vous, si vous l’osez, être la mère ou le père de Violette. Quelle décision prendrez-vous ? Ces choix déchirants étaient fréquents avant l’arrivée du premier vaccin.

Un père meurt après avoir été mordu par son fils de 4 ans.

Nous sommes en 1620. La diphtérie est alors une maladie relativement fréquente et… mortelle. Infectées, les muqueuses de la gorge s’épaississent et finissent par obstruer complètement le passage de l’air dans les poumons. Le patient aura beau vouloir inspirer ou expirer de l’air de toutes ses forces, plus rien ne passe. La mort par suffocation a alors lieu dans les minutes qui suivent l’obstruction complète. Le père voyant son fils souffrir ainsi et étant sur le point d’agoniser, il plongea sa main dans la bouche du petit et tenta d’enlever ce qui bloquait le passage de l’air. Le fils, par réflexe, referma violemment sa bouche et mordit la main de son père jusqu’au sang. Quelques jours plus tard, le père contracta aussi la diphtérie et, comme son fils, en mourut. Louis Mercado, médecin privé du roi d'Espagne Philippe III, en fut témoin et fut le premier à constater la nature transmissible de cette horrible maladie.

Bien sûr, les vaccins n’avaient pas encore été découverts.

Oui, mais

Tout et chacun sommes d’accord à constater le recul des maladies mortelles et des épidémies qui décimaient des populations entières. Et il est tout à fait normal et même louable de s’en féliciter. Mais la partie n’est pas gagnée pour autant. En réalité, il existera toujours deux facteurs qui feront pencher l’équilibre de la maladie et de la santé dans un sens ou dans l’autre. La beauté de l’histoire est que nous avons le contrôle sur l’un et l’autre de ces facteurs.

Premier facteur : le patient

Le public a un rôle primordial à jouer en santé publique. S’il n’adopte pas un mode de vie sain et ne respecte pas les normes d’hygiène requises, il forcera la balance à pencher du côté de la maladie. Les campagnes anti-vaccination ainsi que les doutes colportés contre les médicaments en général contribuent aussi à faire pencher la balance du côté de la maladie. Quand une personne refuse de se protéger en se faisant vacciner ou en faisant vacciner ses enfants, elle met non seulement en jeu sa vie et celles de ses proches mais représente une menace en santé publique. Il n’est pas normal qu’alors que des vaccins existent et sont disponibles, certaines personnes refusent de faire vacciner leurs enfants. La résurgence de foyers épidémiques de rougeole, comme on le voit présentement, n’a aucune raison d’être acceptée. La vaccination a éliminé complètement la variole de la surface de la terre. Elle aurait pu, si tous les pays l’avait adoptée, éliminer une autre maladie grave : la poliomyélite. Quant à la tuberculose, elle ne sévit qu’à des endroits où la promiscuité est grande et les mesures d’hygiène déficientes. Quand le patient deviendra réellement un partenaire de sa santé, non seulement il favorisera sa propre santé mais aussi il contribuera à l’amélioration de la santé publique. En ce sens, le bureau des usagers sera un tremplin des plus efficaces pour accorder aux patients leurs voix dans les choix de l’État.

Deuxième facteur : la recherche

La recherche demeure la seule garantie de pouvoir lutter efficacement contre les maladies présentes et futures. Ainsi, les antibiotiques ont longtemps été et sont encore très efficaces contre les maladies infectieuses. Mais les bactéries ne lâchent pas si facilement prises. Avec le temps, certaines bactéries peuvent développer des résistances aux antibiotiques. Qui plus est, on a découvert que ces bactéries résistantes peuvent partager leur « savoir-faire » avec d’autres bactéries augmentant ainsi les foyers de résistance.  Dans un article paru il y a quelques semaines, le Journal de Montréal rapportait que depuis cinq ans, 197 Québécois sont morts après avoir été infectés par une des bactéries résistantes surveillées par le ministère de la Santé (MSSS). Et ce fléau pourrait devenir plus meurtrier que le cancer d’ici 2050.

https://www.journaldemontreal.com/2019/04/23/des-medecins-veulent-quon-sattaque-aux-superbacteries

Dans cette guerre sans fin entre l’homme et les microbes, notre seule arme efficace est la recherche scientifique. Elle vise deux objectifs : mieux connaître l’univers des microbes pour mieux se prévenir (recherche fondamentale) et développer de nouvelles armes (recherche appliquée et clinique) pour lutter contre les infections et les autres maladies. S’asseoir sur ses lauriers et se contenter de bénéficier des avancées existantes n’est pas une option. Nous le constations durement avec l’arrivée de la Covid-19. Pour contrer les menaces, il faut encourager de toutes les façons possibles la recherche fondamentale et la recherche clinique en soutenant le mieux possible les médicaments novateurs et en encourageant les compagnies pharmaceutiques à faire plus de recherche.

En résumer : les deux clefs du succès : motiver le patient à devenir réellement partenaire de sa santé et favoriser la recherche et l’émergence de nouveaux médicaments.  Alors, au lieu de mettre au pilori tant le ministre que les pharmas, il conviendrait bien mieux de les supporter le plus possible. Il semble bien qu’il y ait là une évidence surtout lorsqu’une pandémie fait toujours rage. Mais les politiciens des autres partis, les groupes antivaccins et certains médias  «antipharmas» tenteront par tous les moyens de faire passer ces héros pour des zéros, triste aspect de la nature humaine…