25. oct., 2020

Covid-19, gouvernements et recherche scientifique

La pandémie actuelle aura mis en lumières les faiblesses de notre système de santé. Et ces faiblesses, ce n’est pas rien, ont causé la mort de milliers de personnes au Québec, particulièrement chez les aînés. Mais, nous n'avons plus rien à craindre, le gouvernement fédéral prend les choses en main. Il surveillera à la grandeur du Canada les CHSLD, les hôpitaux et même les prix des médicaments. Nous devrions tous nous réjouir qu'enfin un gouvernement s’engage à prendre les choses en main. Mais un devoir de mémoire impose la plus grande prudence avant de sabrer le champagne. Il faut en effet se rappeler que le gouvernement fédéral est le même que celui qui, à l’origine même du système de santé, s’était engagé à financer à 50% les coûts de santé avec les provinces. Mais durant les 50 années et plus qui ont suivi, ce financement moitié-moitié à fondu comme neige au soleil pour descendre sous la barre des 20%.

Et qui plus est, au fil du temps, le gouvernement fédéral s'en est donné à cœur joie pour dicter des normes de plus en plus coûteuses en matière de santé aux provinces. En d'autres termes, il a exigé de plus en plus et financé de moins en moins. Supposons que vous maintenez habituellement la température de votre maison à 20 degrés durant l’hiver. C’est un peu comme si on vous forçait maintenant de hausser la température intérieure de votre maison à 24 degrés mais non pas en augmentant votre budget pour l’ajuster à ces nouveaux frais comme il le faudrait mais qu'on le diminuait de 30%. Infailliblement, ou bien vous manquerez de chauffage ou bien vous manquerez d'argent. Cela ressemble beaucoup à ce que le gouvernement fédéral fera en santé.  Il édictera des règles plus sévères et coûteuses tout en n’augmentant pas les transferts en santé aux provinces. Et avec le gouffre financier hautement prévisible qui s'annonce dans l’après covid-19, il fera comme à son habitude et les diminuera fort probablement.  Tant pis pour le chauffage…

C’est sensiblement le même stratagème avec les médicaments. Il veut établir un contrôle uniforme du prix des médicaments à travers tout le Canada, mais ne contribuera pas en proportion à financer la recherche de nouveaux médicaments tant et si bien que les recherches vont se faire ailleurs, dans d’autres pays et les retombées s’y feront aussi. Et ce, c’est sans compter sur l’accessibilité aux nouveaux médicaments qui fondra tels les budgets, comme neige au soleil. D’ailleurs, j’aimerais clore cet article par un exemple de la complexité qui existe lorsqu’on est à la recherche d'un nouveau médicament.

Le cromoglycate de sodium : l’histoire d’un asthmatique

Le Dr Roger Altounyan eut sa première crise d’asthme alors qu’il étudiait la médecine au Middlesex Hospital à Londres. Par la suite, il retourna travailler à l’hôpital privé d’Alep en Syrie, hôpital fondé par son grand-père, un hôpital de grande renommée puisqu’il avait accueilli le grandissime Lawrence d’Arabie. Les étrangers n’étant plus les bienvenues en Syrie, la famille Altounyan dut fermer l’hôpital en 1955 et retourner à Londres.

C’est alors que le jeune docteur dénicha un emploi comme chercheur dans une toute petite compagnie pharmaceutique, la Benger’s Limited. Il décida d’orienter ses recherches sur l’asthme et commença à utiliser la khelline dont il avait eu connaissance alors qu’il était encore en Syrie. Cette substance est le principe actif d’une plante, l’Ammi visnaga, et fut impliquée dans la découverte de plusieurs médicaments tel que nous le verrons dans le cas de l’amiodarone (molécule utilisée pour corriger l’arythmie cardiaque) et des médicaments contre l’épilepsie. Avec son équipe, il testa des dizaines de dérivés sur des cobayes afin de trouver l’effet bronchodilatateur souhaité pour traiter l’asthme. Tous s’avérèrent inefficaces. On allait abandonner les recherches lorsqu’Altounyan décida d’essayer ces produits sur lui-même. Son protocole était fort simple : il inhalait d’abord des poils de cobayes pour lesquels il était très allergique puis testait un produit.

Entre 1957 et 1963, le bon docteur s’auto-provoqua ainsi des milliers de crises d’asthme, certaines étant même très sévères, mais toujours sans succès. Tant et si bien que la compagnie décida de mettre fin aux recherches sur les bronchodilatateurs. Mais le persévérant chercheur ne se considérait pas comme battu et réussit à convaincre ses confrères de continuer les recherches en catimini. En 1961 enfin, une chromone proche de la structure de la khelline le guérit d’une crise d’asthme auto-provoquée. Restait à savoir si le produit serait aussi efficace dans une crise d’asthme naturelle. Il trouva alors un patient souffrant d’asthme allergique sévère qui voulut bien essayer le produit. Ce fut une amère déception, le médicament n’avait aucun effet sur ce patient. Il réessaya le produit sur lui-même sans plus de succès. C’est alors qu’il émit l’hypothèse que le produit testé était différent de celui qu’il avait auparavant utilisé. Il songea à une contamination.

Un chimiste de la compagnie lui dit alors que souvent la chromone se contaminait elle-même en formant des bis-chromones.

Le Dr Altounyan se mit donc à tester toutes les bis-chromones possibles et en 1965, il trouva enfin la perle rare : le cromoglycate de sodium. Bien que le médicament ne s’avéra pas des plus utiles lors des crises aigües d’asthme, son usage en prophylaxie pour l’asthme d’origine allergique et l’asthme à l’effort fut vite reconnu. Et on le doit à la persévérance extraordinaire et à l’asthme du docteur Roger Altounyan.

Voilà qui illustre bien une infime partie de tous les efforts nécessaires à la découverte d’un médicament.  Alors faisons comme santé Canada veut faire : négocions au plus bas le prix des nouveaux médicaments. Et nous serons surpris que l’accessibilité à ces médicaments soit de plus en plus limitée. Mais le fédéral n’est pas bête, si un médicament qui coûte cher n’est pas disponible ici, eh bien il ne représente plus une dépense. Des personnes qui auraient pu en bénéficier restent plus malades et sont plus souvent hospitalisées. Mais cela n’est pas grave, la facture des hospitalisations est restée de juridiction provinciale…