31. oct., 2020

Les aînés au service du Québec

Depuis mars dernier, nous avons beaucoup parlé des personnes âgées. Mais avons-nous parlé aux personnes âgées et surtout, les avons-nous laissé parler ? C’est un éternel problème (oups, pardon ! maintenant on ne dit plus le mot problèmes, ils sont devenus des enjeux…). Or ce problème/enjeu, est que suivant l’actualité, les lumières des médias sont tournées vers la corruption politique, vers la DPJ ou vers les personnes âgées. Et une fois un pan de la société éclairé, les autres demeurent dans l’obscurité. Mais puisque présentement, il s’agit des aînés, profitons de l’occasion pour tenter de résoudre une partie des enjeux qui les concerne.

La gériatrie et la gérontologie

Selon Wikipédia, La gériatrie est la médecine des personnes âgées, alors que la gérontologie désigne l'étude du vieillissement dans toutes ses dimensions, notamment sociale, économique, démographique, psychologique, anthropologique, culturelle, médicale et autres. La gériatrie est donc une des composantes de la gérontologie. L’arrivée massive des babies boomers dans l’âge des 65 ans et plus, aurait dû à elle seule annoncer l’âge d’or de cette génération. On aurait pu croire que toute la société aurait été à la recherche de ces personnes âgées pour profiter tant de leurs connaissances que de leurs longues expériences. Personnellement, certains diront avec raison, que c’est parce que je fais partie de ce groupe d’âge (j’ai 72 ans), je veux absolument être partie prenante de notre société. En aucune façon, la retraite ne représente un atout. Bien sûr, je ne fais plus les mêmes choses qu’à 40 ans, mais j’agis. Pas de la même manière, pas au même rythme, mais ce que j’ai perdu en habileté et en vitesse est largement compensé par la somme d’expériences que mes 40 ans de travail m’ont apportée.

J’ai eu l’occasion de signer deux livres portant sur la gériatrie et la gérontologie. Le premier, je l’ai écrit avec le docteur Christian Fortin, médecin généraliste. Le livre s’intitule À la poursuite de l’éternelle jeunesse et est paru aux éditions Publistar en 2006. Comme l’explique sa fiche descriptive : Le message le plus important est le suivant: chaque personne possède en elle-même 80% des outils qui lui permettront de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Vous pouvez en lire un extrait dans cet article que je publiais sur Huffington Post en décembre 2018 https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/vieillissement-ralentir-vivre-vieux-environnement-cellule-adaptation_a_23613993/ . Puis l’an dernier, est paru ce livre que j’ai cosigné avec le médecin gériatre Stéphae Lemire et qui est paru aux Éditions du Trécarré sous le titre Vieillir, la belle affaire, garder son pouvoir d’agir. Dans un article que je signais dans ce journal en septembre 2019, j’écrivais : « Souvent, nous avons tendance à penser que l’âge constitue en soi un obstacle à ce que nous voudrions réaliser.  Lorsqu’arrivés à un certain âge, plusieurs succombent à la tentation de tout mettre sur le dos du vieillissement et d’accepter cette situation comme une fatalité. Être vieille ou vieux n’implique pas nécessairement être malade, impotent ou sénile. Lorsqu’on est malade, des médecins, des spécialistes et divers thérapeutes peuvent nous venir en aide. Si toutefois, on n’attribue pas ces malaises à l’âge. Je n’ai pas mal aux jambes parce que je suis vieux. Il y a plusieurs maladies qui peuvent provoquer ces douleurs. Et plusieurs d’entre elles se traitent. La vieillesse n’est pas une calamité. Bien comprise, elle peut s’avérer non seulement l’occasion de vivre plus longtemps (ce qui n’est déjà pas si mal) mais aussi une opportunité de réaliser bien des rêves et des ambitions que nous n’avons pas pu combler en étant plus jeunes. »

La place des personnes âgées

Trop souvent, lorsqu’on parle de personnes âgées, on regarde les maladies. C’est pour le moins très réducteur et fort certainement très discriminatoire. À preuve, même notre gouvernement n’a jamais pensé à créer un ministère des personnes âgées. Tout au plus a-t-il nommé une Ministre responsable des Aînés et des Proches aidants dans l’immense giron du ministère de … la santé. Donc, encore une fois, une association entre vieillissement et santé. N’en déplaise à nos élus, la maladie existe dans tous les groupes d’âge de la population. Je l’ai personnellement et dramatiquement compris quand ma fille, Marie, alors âgée de 2 ans et trois mois est décédée il y a un peu plus de quarante ans de leucémie. Mais la vieillesse est tellement ancrée dans l’opinion publique comme étant étroitement liée à la maladie que bon nombre de nos contemporains ne savent pas faire la différence entre un CHSLD et une RPA… C’est comme si l’équation : T’es vieux = T’es malade était mathématique, donc indéniable. Comment changer la situation ?

D’abord une véritable association puis un ministère

Les seuls qui peuvent opérer un véritable changement dans l’opinion publique sont les personnes âgées. Elles doivent d’abord se mobiliser, se trouver un porte-parole et présenter un portait réel des personnes âgées dans notre société. Il nous faut montrer qui nous sommes.

Puis dans une deuxième étape, il faudra faire pression sur notre gouvernement pour qu’il crée un vrai Ministère des aînés, indépendant du MSSSQ, ce monstre bureaucratique qui est déjà débordé ne serait-ce qu’à régler ses multiples problèmes de gestions puis, accessoirement, les problèmes de santé des citoyens. Soyons clair, tous s’entendent sur le dévouement et l’empathie de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants Marguerite Blais. Mais noyée dans l’immense rouage du MSSSQ, ses pouvoirs s’en trouvent des plus limités.

Toujours prêt

Au cours des derniers mois, j’ai eu l’occasion et surtout le privilège d’interviewer une quarantaine de personnes âgées. Certaines d’entre elles avaient été médecins, infirmières, enseignantes, professeurs d’université, écrivains, etc. En réalité, en date du 1er juillet 2020, le Canada compte 6 835 866 personnes âgées de 65 ans et plus. Au Québec, nous parlons de plus d’un million et demi d’aînés. Parmi ceux-ci, il en est de toutes les couches et de toutes les professions de notre société, des artistes, des professionnels de soins, des syndicalistes, etc. Il s’agit d’un gigantesque bassin de connaissances et d’expériences dont toute notre société se prive présentement. Il incombe à nous, les personnes de plus de 65 ans, de les faire reconnaitre et de nous mettre à contribution. Ce sera le premier défi d’une association puis d’un ministère des aînés. Moi, je réponds : toujours prêt.