8. nov., 2020

L’histoire du premier vaccin

Ramsès V, 1 145 années avant Jésus-Christ serait mort de la variole. Dès la fin 1979, une commission d’experts affirme que la variole a été complètement éradiquée de la surface de la planète.  Le 8 mai 1980, l'OMS le confirme officiellement par sa résolution WHA33.3. Le dernier cas répertorié avait été diagnostiqué en Somalie en début 1977. Que s'est-il passé en ces quelques 3100 ans d'histoires ?

Responsable de millions de morts sur tous les continents, la variole a décimé des populations entières. Tel fut le cas, entre autres, des populations amérindiennes. La variole fut associée à de grandes épidémies. Un adulte sur trois ou un enfant sur cinq qui la contractait en mourrait. Ceux qui survivaient étaient souvent défigurés, le visage morcelé par les cicatrices laissées par les pustules créées par la maladie. Le début de la fin de ce fléau est bien noté: le 14 mai 1796.

C'est aussi la date anniversaire du premier vaccin jamais administré comme tel à un être humain. Ce jour-là, un bon médecin de campagne, le Dr Edward Jenner, tente une expérience dont il fut loin de pouvoir apprécier l'ampleur future.

Il prélève du pus sur la main d'une femme, Sarah Nelmes. Celle-ci venait de traire sa vache, qu'elle appelait Blossom, atteinte de la vaccine aussi connue sous le nom de variole des vaches. Blosson avait donc sur ses pis des papules qui sous l'effet de la traite avait déposé du pus sur la main de la trayeuse, Sarah.

Le Dr Jenner avait remarqué, ainsi que bien d'autres, que les valets de ferme qui, comme Sarah, trayaient les vaches et étaient en contact avec ce pus, étaient le plus souvent épargnés durant les épidémies de variole humaine.

Il préleva donc un peu de ce pus et par scarification inocula un enfant âgé de 8 ans: James Phillip. James contracte la vaccine mais avec une seule pustule qui apparaît et disparaît bien vite. Trois mois plus tard, le Dr Jenner inocule la variole humaine à son jeune protégé. L'enfant n'attrape pas la maladie. Le médecin est bien sûr absolument soulagé et réjoui de ce succès, issu, il faut l'avouer, d'une audace peu commune. Il invente le terme vaccination qui tient son origine latine de vacciae (textuellement : de la vache).

Le premier vaccin était donc né. Le Dr Jenner se ruina, dans le sens propre du terme, à vouloir en faire la promotion. Il publie à ses frais un livre intitulé: An Inquiry into the Causes and Effects of the variolae vaccina. Souvenons-nous que Pasteur n'a pas encore découvert le monde microbien. Jenner nomme l'élément pathogène causant la variole : virus mot latin qui signifie poison.

Quittant la vie rurale de son Gloucestershire natal, il s'installe à Londres et vaccine gratuitement des centaines de personnes pour prouver les effets de sa découverte. À bout de ressources et au bord de la faillite, il revient s'installer à Berkeley où il exerce la médecine et termine honorablement sa vie.

Mais graduellement l'idée fait son chemin, 24 ans plus tard, à l'aube du XIXe siècle, un médecin américain, Benjamin Waterhouse, vaccine tous les membres de sa famille. En 1801, ce sera au tour de Thomas Jefferson, le président des États-Unis, de faire la même chose. La pratique de la vaccination se répand alors très vite en Europe et en Amérique.

Plus de 80 années plus tard, Louis Pasteur découvrira les fondements scientifiques expliquant la vaccination et en 1885 l'appliquera à une autre maladie: la rage en vaccinant le jeune Joseph Meister. La vaccination préventive, comme pour la variole et celle curative comme pour la rage sont donc dès lors solidement implantées. Bien que n’ayant plus rien à voir avec la vache, Pasteur conserve le nom vaccination à la mémoire du Dr Jenner, celui qui l’avait ainsi nommée.

Vers le milieu du XXe siècle, l'idée d'éradication complète de la variole fait son apparition. Ainsi, en 1950, la Panamerican Sanitary Organisation entreprend par des campagnes massives de vaccination d'éradiquer la variole de l'Amérique. L'Union soviétique emboîte le pas en 1958 et l'OMS en 1959. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Au milieu des années 1960, les responsables du programme constate: « Les campagnes d'éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais ont échoué dans la plupart des cas. »

En 1967, l'OMS adopte donc une nouvelle stratégie. Il s'agirait alors d'identifier les cas de variole, de les isoler et de vacciner tous ceux qui vivent à proximité de ces cas. Ce mode d'intervention connu sous le nom de stratégie de surveillance et d'endiguement connut enfin le succès escompté tant et si bien que la variole n'existe plus comme maladie à la surface de la terre. Pour éviter toute contamination accidentelle, tous les stocks connus du virus furent transférés dans deux laboratoires, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis et le Centre national de recherche en virologie et biotechnologie (VECTOR) de Koltsovo en Russie. Ces laboratoires conservent ces souches pour fin de recherche scientifique et au cas où de nouveaux cas viendraient à se manifester. Par exemple, au Canada, la vaccination de masse a été abandonnée en 1972. Tous ceux qui sont nés après cette date n'ont donc jamais été vaccinés contre ce virus.  On doit donc conserver des stocks pour recommencer une vaccination advenant une contamination accidentelle ou lors d'une guerre biologique par exemple.

Le deuxième vaccin a être mis au point fut, tel que souligné plus haut, celui de Pasteur contre la rage en 1885.  Ont suivi en 1896, celui contre la fièvre typhoïde, en 1897, contre la peste, en 1923, contre la diphtérie, en 1926, le tétanos. Voici, selon Wikipedia la liste chronologique de la découverte des vaccins :

Au nom de nous tous aujourd'hui qui bénéficions de l'éradication de la variole de notre planète, merci au Dr Edward Jenner, à son jeune protégé James Phillip, à la fermière Sarah Nelmes et à sa vache Blossom qui ce 14 mai 1976 allaient révolutionner la lutte aux maladies infectieuses.

Nous sommes aujourd’hui à la course vers un vaccin contre la pandémie de la COVID-19. Avec des moyens autrement plus évolués que ceux dont disposait le Dr Jenner, il y a plus de 220 ans, espérons l’arrivée de ce vaccin le plus tôt possible. En attendant : distanciation sociale, lavage fréquent des mains et masques s’imposent. Et pas d’attroupement, surtout à l’intérieur !!! Et de plus, il reste à souhaiter que les groupes anti-vaccination échouent avec leurs théories bidon.

NB: Basé sur mon livre: Ces médicaments qui ont changé nos vies, Éditions MultiMondes 2014