14. nov., 2020

La COVID-19 et le Titanic

Pour que la pandémie dure le plus longtemps possible, la recette est simple : continuer à faire les choses exactement comme on les faisait avant la crise. À l’inverse donc, si l’on veut stopper la pandémie, il faut changer les choses.  La distanciation sociale, le confinement, l’hygiène des mains, le port du masque et l’utilisation d’Alerte COVID sont toutes des mesures de changement utiles et nécessaires pour freiner la progression du virus. Ça, c’est bien connu.

Mais il reste une chose, certains disent un monstre, que personne n’ose changer : il a pour nom : notre système de santé. Pourtant il demeure constant avec lui-même un peu comme s’il s’était avéré d’une réussite exemplaire avant, pendant et probablement après la pandémie.  Mais il ne prend pas un exercice de mémoire extraordinaire pour réaliser qu’avant, nous nous battions contre les délais en chirurgie, la difficulté d’accès à un médecin de famille, les urgences qui débordaient, etc. Pendant la pandémie, le Québec s’est montré le pire au Canada quant aux nombres d’infections et de décès durant toute la durée de la première vague et nous garderons fièrement cette place durant la deuxième vague. Et après la pandémie, comme rien n’aura été changé dans le système, nous continuerons à occuper les pires performances en termes d’accessibilité à un médecin de famille, de débordement des urgences, de retards de chirurgie, etc…

Comment peut-on s’attendre en faisant les mêmes choses à obtenir des résultats différents. Le 7 octobre dernier, notre Premier ministre déclarait : « Je ne veux pas être populaire, je veux sauver le système de santé ». Bien humblement, je vous suggérerais qu’il ne faut pas sauver le système de santé, il faut le changer. Présentement, c’est comme si vous preniez la place de capitaine du Titanic, tôt ou tard, votre seule issue possible sera de sombrer avec lui. Il faut éviter de confondre et d’attraper l’ancre plutôt que la bouée de secours. Car, bonne nouvelle, il y a des bouées de secours et la première s’appelle :

DÉCENTRALISATION.

Il est d’une absurdité sans nom le fait que les rapports des hôpitaux de Mont-Laurier, de l’Annonciation et des autres centres de cette région soient colligés, envoyés au CIUSSS de la région qui les fera parvenir à la Santé publique à Québec. Ce même processus se répète dans toutes les régions du Québec. Puis ensuite, la santé publique doit recevoir tous les rapports de tous les CISSS et CIUSSS du Québec pour adopter des mesures et retourner ces mesures à chacun de ces organismes. Tous ces documents qui doivent voyager aller-retour entre tous ces intervenants et attendre les directives de Québec, congestionnent le système et ralentissent les processus, ce qui est tout à fait incompatible avec l’urgence d’agir en cas de pandémie. Et cela est sans compter le fait qu’il existerait des listes différentes compilés par des organismes internes différents (situation qui serait sur le point de se régler!). 

Si chaque région avait son entière autonomie, elle pourrait appliquer bien plus rapidement les actions à prendre pour lutter contre la pandémie. Pourquoi cette évidence demeure-t-elle si difficile à comprendre pour nos dirigeants ?

Les directeurs de santé public de Montréal, de l’Estrie, de Trois-Rivières ou d’ailleurs sont-ils moins compétents que celui du MSSSQ à Québec ? Chacun ne serait-il pas mieux placé pour savoir quels sont les problèmes propres à son territoire et trouver des moyens pour les résoudre. J’ai personnellement eu à travailler avec plusieurs directeurs de santé public dans diverses régions pour qui j’ai rédigé des rapports de santé publique sur le tabagisme et sur la vaccination. Et ils étaient tous parfaitement compétents et dévoués à leur profession. Alors pourquoi ne pas décentraliser et donner les rênes du pouvoir à chacun de ces directeurs de santé public dans chacune des régions du Québec. D’ailleurs M. Legault reproche au fédéral son désir de centraliser : « Moi je ne pense pas que le gouvernement fédéral devrait s’impliquer dans la gestion des CHSLD. Je pense que M. Trudeau fait une erreur de proposer des mesures centralisatrices”, a-t-il déclaré, rappelant que la santé est “clairement un domaine de compétence provinciale”.» (https://quebec.huffingtonpost.ca/entry/normes-canadiennes-chsld_qc_5f85db34c5b6c4bb547057a5) La centralisation lorsqu’appliquée au provincial serait bonne et celle au fédéral serait mauvaise ?

La deuxième bouée de secours :

DÉMOCRATISATION

Si le patient avait été consulté et impliqué dans les décisions de la santé publique, il y aurait eu deux canaux de communications entre le ministère et le public. Le premier est celui que nous connaissons où les dirigeants présentent des points de presse. Parallèlement, il y en aurait eu un deuxième qui serait parti du Bureau des usagers, transmis à toutes les associations de protections des malades et à tous les organismes d’information sur la santé (Exemple. : Société d’Alzheimer, Société du diabète, Association pulmonaire, du cancer, etc.). Ce deuxième canal d’information et de consultation que j’ai affectueusement nommé Le Bureau des usagers, est ce qui a toujours manqué et qui continue de briller par son absence au ministère.

La peur du monstre

Il faudra un jour ou l’autre expliquer comment on pouvait espérer améliorer notre système de santé tout en n’y changeant rien. Lorsqu’on parle de décentraliser le système de santé, on nous répond en disant que cela coûterait plus cher. Je suis très loin d’être un comptable, mais toutes ces personnes que l’on paie dans les CIUSSS, dans les CISSS et dans les hôpitaux ne coûteront probablement pas plus cher qu’aujourd’hui. Mais il y a certainement là des subtilités qui me dépassent.

Et lorsque l’on parle d’un bureau des usagers, on reçoit comme réponse que le ministère ne veut pas ajouter de structures supplémentaires à ce qui existe déjà. Mais pourquoi en a-t-on ajouter partout ailleurs des structures et qu’on refuserait aux patients ou aux usagers un canal privilégié de discussion entre le ministère et eux ?

Oui le système de santé allait et va mal. Il est tellement occupé à répondre aux exigences de son monstrueux organigramme qu’il ne lui reste que bien peu de temps pour s’occuper des malades. Et ça, malheureusement, plus ça change, plus c’est pareil. En 2001, j’ai co-signé un livre avec le Dr Augustin Roy et en 2012, j’en ai co-signé un autre avec les docteurs Alban Perrier et Robert Ouellet, les deux livres portaient sur le système de santé. Peu de choses avaient changé entre ces deux volumes et si je devais en écrire un autre aujourd’hui, j’aurais l’impression de radoter : décentraliser, démocratiser et dépolitiser.

La crise historique que nous traversons devrait être une occasion extraordinaire pour enfin changer notre titanesque système de santé. On nous demande à nous, chacun des citoyens de changer bien des choses dans nos vies (masques, distanciation, confinement, etc.). Pourquoi n’aurions-nous pas, en échange, le droit de demander au gouvernement de changer des choses dans notre système de santé?