21. nov., 2020

COVID et la génération sacrifiée

Mais quelle est donc cette génération sacrifiée? Plusieurs parlent de la génération des milléniaux, d’autres de celle des X, Tout ce que cette pandémie leur aura causé en termes de scolarité, de sociabilisation, de stress, d’anxiété et de dépression semble leur accorder haut la main le triste titre de génération sacrifiée.

Mais même s’il est difficile de se sortir de tous ces problèmes, au moins pour la très grande majorité, au sortir de cette pandémie, ils seront encore vivants et auront la possibilité de reprendre leur vie.

C’est pourquoi je comprends mal que le terme génération sacrifiée ne s’adresse pas plutôt aux personnes âgées. D’abord force est d’admettre que c’est parmi cette génération que l’on connut le plus de décès, et de loin.

Deuxièmement, le temps n’a pas la même conséquence chez un jeune de 20, 30, 40 ou même 50 ans que chez une personne de 75 ans. Par exemple, si vous aviez 30 ans lors du grand confinement du printemps dernier, et que vous aviez alors planifié un voyage de rêve sur les plages du sud, vous pourrez toujours reprendre ce voyage en 2021, ou en 2022 ou même en 2032, vous ne serez alors âgés que de 50 ans. Mais si une personne âgée de 75 avait planifié le même voyage, il n’est pas certain qu’elle puisse la réaliser 10 ans plus tard ou même 1 an plus tard. Il arrive en effet plus fréquemment qu’à cet âge, la maladie puisse nous jouer des tours, ce qui était bien moins probable à 30 ans.

Une troisième conséquence risque bien de toucher les générations des aînés. Il ne faut pas être grand devin pour craindre qu’une crise économique ne suive les dégâts de cette pandémie. Il faut se souvenir que moins d’une dizaine d’années après la pandémie de la grippe espagnole, nous avons connu la pire récession économique de notre histoire, une récession qui dura 10 ans (1929-1939). Et durant les récessions qui sont les plus touchés? Réponse : les plus pauvres.  Quand on est plus vieux et qu’il est pratiquement impossible de retourner sur le marché du travail, les risques de durement subir les contraintes d’une telle récession seront bien plus grands pour les aînés.

Le grand paradoxe

Comme une justification, à mon humble avis, totalement inappropriée, on entend dire et répéter qu’au moins cette pandémie aura dirigé les projecteurs médiatiques sur l’état déplorable des CHSLD et les problèmes des personnes âgées en général et qu’ainsi des mesures sont prises pour corriger la situation. Puis, dans un deuxième temps, on viendra nous expliquer avec raison, que ces mesures seront longues à appliquer. En effet, on ne construit pas des maisons des aînés et de nouveaux CHSLD en quelques mois et, par ailleurs, il faut au moins trois ans pour former de nouvelles infirmières. Puis le troisième temps de cette valse se verra dans quelques années où la pandémie sera chose du passé et les projecteurs médiatiques viseront d’autres événements. Alors les personnes âgées reviendront dans l’ombre et plus personne ne s’y préoccupera.

Racisme et âgisme

Loin de moi l’idée de faire des rapprochements mais, à la vue de tout ce qui se passe présentement, il m’est difficile de ne pas faire de liens entre les manifestations de racisme et celles de l’âgisme. Dans les deux cas, l’idée de base est latente dans notre mémoire collective. Selon notre culture et notre niveau d’instruction, il y a toujours ces préjugés bien ancrés sur les peuples autochtones, les religions islamistes, les personnes d’origines ethniques différentes, etc, etc. Pour les personnes âgées, on assiste aussi à des préjugés différents mais aussi tenaces et pernicieux. Par exemple, concernant les personnes en CHSLD, tout le monde sait qu’elles sont mal en point, en perte d’autonomie et qu’elles n’y séjournent en moyenne que quelques années avant d’y mourir. Alors quelques mois de moins…. De toutes manières, on ne demande pas l’avis des personnes âgées. Tout le monde sait aussi qu’elles ont une mentalité d’une autre époque et n’y comprennent que peu du monde actuel. Tout au plus peuvent-elles jouer aux cartes sur l’ordinateur…

La lumière (faible encore) au bout du tunnel

Il n’en demeure pas moins que la première vague de la COVID a réveillé bien des bons sentiments à l’égard des aînés. En premier lieu, on s’est rappelé qu’ils existaient. Puis, on a commencé à communiquer avec eux par ZOOM, Skype ou Facetime ou simplement par téléphone. Ainsi plusieurs ont appris à mieux connaître leurs parents et grands-parents. Et c’est précisément de cette faible lueur sociale, dont il faut profiter. Et ici, trois acteurs principaux doivent se mettre à la tâche avant que nos personnes âgées ne retombent dans l’oubli : les médias, les gouvernements et les personnes âgées. Trois acteurs qui pourront mieux faire connaitre les personnes âgées dans la société.

Pour les médias, il leur faudrait inviter les personnes âgées le plus souvent possible sur leurs ondes. Tant dans les domaines du talk-show, de la nouvelle, de la presse écrite que de la fiction, il faudrait présenter ces personnes le plus souvent possible. Selon l’INSPQ, en 2020, il y a 1 718 679 personnes âgées de 65 ans et plus. Ce chiffre grimpera à près de 2,3 millions en 2030. Il y a sûrement là un auditoire suffisamment large pour intéresser les médias. Plus les personnes âgées seront vues, plus elles seront connues et plus elles seront aimées.

Pour le gouvernement, il devrait comme je l’ai suggéré dans un article précédent, créer un ministère des aînés totalement affranchi du monstrueux MSSSQ. Ce ministère aurait ainsi les coudées franches pour prendre des décisions et les mettre en marche sans la lourdeur bureaucratique du MSSSQ.

Finalement, un troisième acteur est essentiel. Il s’agit des personnes âgées elles-mêmes. D’abord, elles doivent réaliser qu’elles constituent une part suffisamment grande de la population pour favoriser ou pour nuire à l’élection des gouvernements. Si les personnes âgées le réalisent et en font part publiquement, les gouvernements n’auront d’autres choix que d’au moins les écouter. Puis, elles doivent s’imposer sur la scène médiatique. Certaines le font de manière extraordinaire. Je pense en particulier à notre grande Jeannette Bertrand qui à 95 ans réussit encore à faire les unes des médias. Mais dans trop de cas, les personnes âgées glissent à l’oubli avec le temps. Je suis toujours étonné des hommages posthumes rendus à des célébrités. Avant qu’elles ne meurent, pendant combien d’années nous n’en avions jamais entendu parlées. Je me souviens encore de Jean Rafa, ce chanteur et animateur français venu s’établir au Québec en 1948. Son cri de ralliement était : Vive les vieux.  Et moi, aujourd’hui je souhaite qu’enfin les personnes âgées vivent au grand jour et puissent s’exprimer en toute circonstance. Ce n’est pas parce que nous sommes âgés que notre discours est vieux jeu. Et la société pourrait bénéficier de cet extraordinaire réservoir de connaissances et d’expériences que constituent ces aînés plutôt que de les reléguer à la case oubli.