10. déc., 2020

La décentralisation, ça marche. Surtout en temps de Covid.

Cette semaine, j’ai eu le privilège d’être invité à une vidéoconférence organisée par le CEPSEM (Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être). La conférence s'intitulait : Contribution de tiers secteur à la prestation des soins de santé : Les apprentissages de l’Italie du Nord.

À plusieurs niveaux, le conférencier  M. Giuseppe Guerini, président du CECOP-CICOPA Europe, avait beaucoup à nous apprendre. Impensables ici, on y apprenait qu'en Italie, les systèmes de santé publics et privés cohabitent sans scandale et, deuxième surprise : leur système de santé y est totalement décentralisé et, oh miracle, il fonctionne quand même !

Public versus privé.

Ici, ce qui touche les soins de santé devient suspect lorsque la méchante et lucrative entreprise privée y est mêlée.  Plusieurs croient à tort qu'il s'agit là d'un mythe révolu. Mais, pas plus tard que durant la dernière semaine d’octobre, notre puissante SRC se transformait en défenseure des personnes-âgées. Ce reportage se voulait tellement objectif qu’il ne présentait que ceux qui soutenaient la thèse que ces personnes se faisaient exploiter par les voraces propriétaires des RPA (Résidences pour aînés). Pourtant j'ai eu l’occasion depuis mai dernier de recueillir une trentaine de témoignages de résidents en RPA et d’une vingtaine d’employés œuvrant auprès de ceux-ci. Bien sûr, certains ont vécu plus difficilement le confinement imposé par la pandémie.  Mais un plus grand nombre encore se sentait mieux protégé et plus en sécurité dans leurs résidences que s'ils étaient restés seuls dans leur ancienne maison. Mais qui suis-je pour parler ainsi quand un grand gériatre, professeur d’université et, qui plus est, ancien ministre de la santé vient affirmer le contraire? Selon lui, non seulement, nos personnes âgées se font-elles exploiter par ces abjects propriétaires des RPA, mais de plus ces personnes y dilapident tout l’héritage qu'elles auraient pu autrement léguer à leurs enfants. Quel scandale ! Mais, consolons-nous, il s'agit du même gériatre qui avait affirmé quelques mois plus tôt que pour les personnes âgées, la vie n'avait plus la même importance…

Décentralisation :

Deuxième point qui ferait scandale ici, en Italie, le système de santé est très décentralisé. Alors qu’ici tout n’est décidé qu’à partir des bureaux chefs du MSSSQ à  Québec,  là-bas, le ministère de la santé établit les règles et accorde les budgets aux régions qui décident comment dépenser ces argents selon les besoins régionaux et qui transmet ses règles aux diverses agglomérations qui fourniront les services.  Et, vous savez quoi : cela fonctionne !!!

Et ceci est particulièrement efficace en période difficile comme durant une pandémie.  Ainsi des initiatives locales peuvent porter fruits rapidement sans attendre l'aval du gouvernement central. Un exemple parmi bien d’autres : les hôpitaux italiens devenant rapidement engorgés, surtout les petits hôpitaux, en Lombardie, on décida d'avoir recours aux hôtels, vides à cause des confinements et de l'absence de touristes. Il y avait là toute une infrastructure hôtelière permettant d’accueillir des personnes atteintes, de les héberger et  de les nourrir. Cela coûta certainement moins cher que d’aménager des arènas ou de construire des annexes temporaires à des hôpitaux existants. De plus les covid-hôtels n'accueillaient que des patients atteints de la Covid. Donc fini les passages d'une unité Covid à une non Covid. Et autre avantage, et non le moindre, le personnel hôtelier (service de cuisine, service aux chambres, service de buanderie, etc…) gardait son travail. Finalement cette décentralisation a aussi permis d’accentuer la collaboration avec le tiers secteur. Il s’agit de tous ces organismes communautaires,  associations bénévoles et caritatives qui ont pu rapidement, sans attendre les volontés du gouvernement central, apporter aide et soutien aux travailleurs de la santé.  Ici ces organismes dépendent en large partie des subsides gouvernementaux pour survivre. En Italie le tiers secteur est largement financé par les grands donateurs dont l’église catholique.  Ce tiers secteur constitue une force ajoutée et non une dépense de plus pour leur gouvernement.

Décentralisée c'est aussi collaborer avec le privé et avec le tiers secteur. Quand le comprendrons-nous enfin ici ?