14. janv., 2021

Covid-19 : Moral versus morale

Selon notre ami le dictionnaire Larousse, morale et moral se définissent ainsi :

Morale

  • Ensemble de règles de conduite, considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d'une certaine conception de la vie : Obéir à une morale rigide.

Moral

  • État psychologique de quelqu'un qui lui permet d'affronter les événements, les difficultés, les problèmes, etc. : Le moral du malade a baissé.

 

Depuis le début de cette pandémie, nous avons trop souvent opposer ces deux concepts. Il nous a été suggéré que si nous désirons adopter une morale stricte concernant les règles d’hygiène et de comportements pour contenir la pandémie, cela influencerait automatiquement et négativement sur le moral de la population.  Cet antagonisme semble à ce point évident qu’il n’est que rarement, sinon jamais, remis en question.

Le contrat moral

Le contrat moral proposé par notre gouvernement semble pour certains une menace à nos libertés individuelles, pour d’autres, une espèce de suggestion que l’on peut suivre ou non selon notre bon vouloir et pour d’autres finalement, un vrai contrat envers lequel chacun s’engage pour son bien personnel et pour celui des siens.  Ces trois groupes illustrent assez bien le tableau des individus d’une société comme la nôtre.  Le premier pourrait être qualifié comme étant les révoltés, le second les plus ou moins neutres et le troisième, les engagés. Les révoltés sont connus et répandent leurs horreurs surtout sur les réseaux sociaux.

Les plus ou moins neutres me semblent (et ceci est très subjectif) représenter le plus grand nombre d’adhérents. Ce sont ceux qui comprennent et acceptent le bon sens des directives en santé publique. Mais parmi ceux-ci, il y en a des plus ou moins rigoureux. Il y a ceux qui se permettent des sorties dans des restaurants ouverts dans d’autres zones alors que ceux de leur zone sont fermés. Ou encore qui vont visiter, en quasi-catimini, amis et membres de leurs familles. Et il y a ceux pour qui tous les prétextes sont bons pour, ne serait-ce qu’une fois, faire du magasinage au centre commercial.  

Quant aux engagés, ils représentent notre seule clé de succès permanente contre ce virus provoquant la COVID-19.

Les raisons des uns et déraisons des autres

Parmi les raisons les plus acceptées est celle qui s’appuie sur ce qui est bon pour le moral. On visite les centres d’achat : c’est bon pour le moral, On passe un après-midi avec grand-maman, c’est bon pour le moral. On jase dans la petite cuisinette du bureau autour d’un café avec des collègues, c’est bon pour le moral. Les individus ne sont pas les seuls à avoir adopter la maxime. Les écoles ont été réouvertes sous ce principe du c’est bon pour le moral des enfants et les diverses maisons pour personnes âgées en ont fait de même pour cette même raison. Alors si le c’est bon pour le moral est acceptable pour les directives gouvernementales, pourquoi ne le serait-il pas pour moi ou pour tous les autres individus ?

Mais il faudra très bientôt réaliser que ce c’est bon pour le moral représente l’autoroute idéale pour que le virus se retrouve dans vos poumons ou, pire dans ceux d’un être cher qui, pour la simple raison qu’il est plus âgé, ne pourra pas y survivre. Et cette autoroute amènera un nombre de plus en plus grand de personnes à l’hôpital qui devront retarder des soins qui pourtant étaient nécessaires à d’autres. Ainsi pas un seul, mais bien deux types de mortalité augmentent : 1) des patients meurent de la Covid-19 et 2) d’autres meurent de leurs cancers, de leurs problèmes de diabète ou d’autres causes parce que leurs soins ont été retardés parce qu’il n’y avait plus de place à l’hôpital pour les traiter. Le fameux c’est bon pour le moral détient ainsi ce double record d’hécatombe sociale, ce qui, en bout de ligne n’est pas si bon pour le moral.

L’autre raison, moins publicisée tient de notre relation avec la morale. Un homme pour qui j’ai beaucoup de respect m’a un jour dit qu’au Québec, vers la fin des années 1960, nous avons remplacé la religion catholique d’alors par la religion de la liberté. Finis les discours moralisateurs du clergé et des autorités. Désormais tout le monde était libre. C’était l’ère de l’amour libre, des unions libres. Finie la morale, seul le bien être individuel comptait. Il y avait des répercussions de ce nouveau dogme même en santé. Alors qu’avant, la prévention des maladies était pratiquement une obligation parce qu’il fallait éviter d’être malade, maintenant l’hospitalisation et l’ensemble des soins médicaux devenaient gratuit. Le fameux : Mon garçon, mets ta tuque avant d’aller dehors ! n’avait plus la même importance. Avant l’assurance maladie, quand un enfant tombait malade, il fallait consulter un médecin et cela coûtait cher. Alors doucement la morale qui était une priorité avant 1970 s’est fait remplacer par le moral qui est devenu la nouvelle vérité.

La fin des hostilités

En période de pandémie, plutôt que d’opposer la morale avec le moral, il serait beaucoup plus efficace d’unir ces deux forces. La morale, de par ses règles de conduite adaptées à la protection de la santé de tous et chacun, incluant moi-même, mes parents et mes grands-parents devient indispensable. Et pour garder le moral, c’est certain qu’il faut parfois faire preuve de créativité. Mais il est important, si nous voulons venir à bout de cette pandémie, de ne pas le laisser dépérir, et de ne pas céder à la tentation d’abdiquer notre contrat moral. Il faut trouver d’autres façons de se remonter le moral et, il est même possible, que ces autres façons continuent à nous faire plaisir même quand la pandémie se sera calmée.

Et la vaccination

Un phénoménal effort mondial au niveau des scientifiques aura permis, ce que tous croyaient impossible : la création d’un vaccin en moins d’un an. Le défi scientifique a été relevé avec brio, disons-le. Il restera le défi humain qui devra suivre. Les groupes anti-vaccination entreprendront certainement leurs campagnes de peur ainsi que les conspirationnistes et autres sbires de même acabit.  Pour les vaincre, la seule clé est l’information. Il faut informer la population sur ces nouveaux vaccins. Le plus nous en saurons sur ceux-ci, le mieux nous seront prêts à aller nous faire vacciner.

En guise de conclusion, disons que la morale et le moral doivent s’arrimer pour une le plus grand bien de tous.