14. janv., 2021

Mes vœux de Noël au jour de la Covid-19

Cette année, le « Joyeux Noël » traditionnel prend, pour un grand nombre, une drôle d’allure.

Je pense en premier aux personnes âgées. Elles ont toutes vécu tant bien que mal au printemps dernier un premier confinement. Pour certaines de ces personnes, elles en sont sorties avec des pertes.  Je le sais pertinemment, j’ai eu le privilège d’interviewer une trentaine de personnes âgées et une vingtaine d’employés œuvrant dans des résidences pour personnes âgées (RPA). Je me souviens encore du témoignage éprouvant de cette infirmière qui me parlait de toutes ces personnes âgées qui avait subi des décompensations après ce premier confinement. Selon Wikipédia : « En médecine, la décompensation est la dégradation, souvent brutale, d'un organe ou d'un organisme qui était jusqu'alors maintenu en équilibre par des mécanismes de compensation qui empêchaient la survenue de ce dérèglement. Ce terme s'applique aussi bien dans un contexte physiologique que dans un contexte psychiatrique. » Imaginez-vous un seul instant que vous vous levez un matin et que vous ne savez plus comment lacer vos souliers, ou comment prendre une douche ou un bain ou encore comment tenir vos ustensiles pour manger ou encore vous ignorez totalement le mois, le jour ou l’heure où vous vous situez. Imaginez leur panique, et ce ne sont là que quelques manifestations de décompression. Vous auriez dû entendre, comme moi, la tristesse dans la voix de cette infirmière lorsqu’elle me parlait de ses patients ainsi décompensés. Ainsi en écrivant ces vœux de Noël, je pense d’abord à toutes ces personnes âgées qui vivent ce deuxième confinement. D’abord, je voudrais m’excuser auprès d’elles. Je devais leur offrir en cadeau un livre incluant tous ces témoignages. Mais pour des circonstances, en dehors de mon contrôle (comme le dit l’expression populaire), ce livre ne paraîtra qu’après janvier.

En écrivant ces vœux, je pense aussi à un deuxième groupe de personnes. Je veux dire toutes ces personnes en attente d’une chirurgie retardée à cause des délestages en milieu hospitalier. Il y a aussi toutes celles et ceux qui sont en attente d’un diagnostic. Mettez-vous un instant dans la peau d’une personne chez qui on a découvert une masse suspecte, et qui doit attendre un rendez-vous qui tarde et retarde pour un examen qui définirait si la masse en question est cancéreuse ou non. Ou encore celles qui souffrent à cause d’un problème qui nécessiterait une chirurgie et dont cette solution est constamment reportée. Chaque fois, même si ces personnes ne croyaient pas cela possible, la douleur augmente encore et encore.

Cette année, il ne faut pas oublier non plus tous ces gens qui perdront leur maison quelque part en 2021 soit parce qu’ils ont perdu leur emploi ou encore parce qu’ils doivent se contraindre à fermer leurs entreprises, leurs commerces à cause de ces confinements. Pour certains, ce n’est pas que les rêves de leur vie qui s’envolent. Leurs vies vont complètement changer à cause des conséquences de cette pandémie. Pour plusieurs, les déboires financiers auront de graves conséquences.

À toutes ces personnes, il faut ajouter tous les enfants, parents et ami (e) s, de celles-ci. Souffrir est difficile, et assister, impuissant, à la souffrance de ceux qu’on aime est également bien pénible.

Dans un tel contexte, le « joyeux » Noël est difficile à souhaiter. Sous mon arbre cette année, je voudrais trouver deux cadeaux. Le premier est la foi. Elle nous permet d’espérer avec confiance que cela s’améliorera et que le futur sera meilleur. Le deuxième cadeau n’est ni logique, ni scientifique. Pour toutes ces personnes et pour moi-même, je ne souhaite rien de moins qu’un miracle de Noël. Après tout, les miracles existent mais, souvent nous ne les voyons pas.

Et, plus largement, à tous mes lectrices et lecteurs, je souhaite un beau Noël, le premier et, nous l’espérons, le dernier Noël en pandémie.