Le mot de l'éditeur

7. sept., 2019

Il y a de cela 37 ans, je publiais aux éditions Québec Science mon premier livre : Les voyages fantastiques de Globulo. Dans ce premier ouvrage, je voulais m’adresser aux enfants en leur faisant découvrir l’univers microscopique du corps humain, ses globules rouges, ses cellules blanches, les plaquettes, etc… Le livre connut un grand succès me méritant même un prix d’excellence et fut traduit en espagnol sous le titre Viajes Fantasticos de Don Globulo.

(Vous pouvez cliquer sur l'image ci-jointe pour voir la version aggrandie)

Aujourd’hui, (ou plutôt à compter du 4 septembre) vous pourrez trouver en librairie mon 36ème titre. Signe des temps, l’auteur a vieilli et, désireux de continuer à s’exprimer auprès de ses contemporains, ce livre s’adresse aux personnes âgées ou, sur le point de le devenir. J’ai écrit ce livre avec l’immense collaboration du Dr Stéphane Lemire spécialiste en gériatrie. Le livre compte 336 pages, est édité aux Éditions Trécarré et porte pour titre Vieillir, la belle affaire avec comme sous-titre : Garder son pouvoir d’agir.

C’est une grande fierté pour moi de présenter ce livre. Les personnes âgées, dont je suis, représentent un groupe de plus en plus important dans notre société. Ils constituent non seulement la mémoire d’une époque mais de plus, une somme énorme d’expérience dont tous et chacun y compris la société dans son ensemble ont besoin. Pour eux-mêmes donc et pour l’ensemble de la société, les aînés ont avantage à demeurer actifs le plus longtemps possible. Pour y arriver, il faudra au moins deux conditions : qu’il y ait des places sur le marché du travail qui peuvent être occupées par des personnes âgées et, le plus important, que les personnes âgées se sentent capables et prêtes à occuper ces places.

Pour la première condition, je n’ai personnellement pas trop de crainte. Le manque flagrant de main d’œuvre tant en santé, qu’en éducation et qu’ailleurs ouvre plus de places qu’il n’y a de candidats pour les occuper. Encore faudra-t-il offrir des emplois et des conditions de travail adaptés aux personnes âgées. Il faudra aussi leur offrir des incitatifs fiscaux qui favoriseront leur retour sur le marché du travail.

Quant à la deuxième condition, elle est l’une des raisons d’être de ce livre. Souvent, nous avons tendance à penser que l’âge constitue en soi un obstacle à ce que nous voudrions réaliser.  Lorsqu’arrivés à un certain âge, plusieurs succombent à la tentation de tout mettre sur le dos du vieillissement et d’accepter cette situation comme une fatalité. Être vieille ou vieux n’implique pas nécessairement être malade, impotent ou sénile. Lorsqu’on est malade, des médecins, des spécialistes et divers thérapeutes peuvent nous venir en aide. Si toutefois, on n’attribue pas ces malaises à l’âge. Je n’ai pas mal aux jambes parce que je suis vieux. Il y a plusieurs maladies qui peuvent provoquer ces douleurs. Et plusieurs d’entre elles se traitent. La vieillesse n’est pas une calamité. Bien comprise, elle peut s’avérer non seulement l’occasion de vivre plus longtemps (ce qui n’est déjà pas si mal) mais aussi une opportunité de réaliser bien des rêves et des ambitions que nous n’avons pas pu combler en étant plus jeunes.  Bien sûr, il y a des aspects moins positifs au vieillissement. Dans ce livre, nous en parlons ouvertement et présentons les diverses alternatives ou pistes de solutions que nous pouvons alors envisager.

En somme, nous n’avons pas voulu brosser un portrait idyllique et rose-bonbon de l’âge d’or ni un sombre compte-rendu des perspectives.  Ce sera à vous, les lectrices et les lecteurs, d’en tirer ce qui pourra vous aider dans votre propre cheminement.

Alors, bonne et enrichissante lecture à toutes celles et ceux qui auront la chance de se procurer ce volume (un cadeau à offrir pour la Fête du travail 2019) dès le 4 septembre 2019, comme on dit: dans toutes les bonnes librairies...

31. août, 2019

En cette époque où nous avons l’insidieuse impression de pouvoir tout contrôler, les troubles de l’anxiété font malheureusement partie de la vie de bien des personnes. En effet, l’époque est au contrôle. Si on est pauvre, c’est qu’on ne sait pas comment gagner assez d’argent, si on est malade, c’est qu’on ne prend pas assez soin de sa santé et si la planète se réchauffe, c’est qu’on consomme trop, qu’on ne récupère pas assez, etc… Cette impression (ou peut-être, cette illusion) de pouvoir tout contrôler peut certes s’avérer réconfortante lorsque cela fonctionne. Mais, quand ça ne marche pas ou pire quand on pense que ça ne fonctionne pas, que se passe-t-il ? Le texte, qui suit, est extrait d’un livre que j’ai eu la chance de cosigner avec le Professeur Claude Bélanger, psychologue. Le livre s’intitule : Stress et anxiété, votre guide de survie et a été publié aux Éditions La Semaine.

Longtemps, le diagnostic du trouble d’anxiété généralisée (TAG) s’effectuait plus ou moins par un processus d’élimination. Une fois éliminées toutes les possibilités pour expliquer les hauts niveaux d’anxiété manifestés par la personne, le thérapeute pouvait diagnostiquer un TAG. Ce diagnostic est cependant posé seulement depuis 1980, alors qu’avant, on parlait surtout d’anxiété flottante ou envahissante. Les critères diagnostics se sont raffinés et, selon le manuel diagnostic révisé des désordres mentaux (DSM-IV-R), pour être diagnostiqué souffrant d’un TAG, le patient doit présenter 3 des 6 symptômes suivants

  • Agitation ou sensation d’être survolté ou à bout,
  • Fatigabilité,
  • Difficulté de concentration ou trous de mémoire,
  • Irritabilité, 
  • Tension musculaire,
  • Perturbation du sommeil.[1]

Pour souffrir de TAG vous devez non seulement manifester certains de ces symptômes, mais vous devez en outre ressentir une inquiétude excessive et difficile à contrôler. Vous remarquerez dans vos préoccupations une intolérance marquée pour tout ce qui est incertain. Cette intolérance à l’incertitude est beaucoup plus importante que celle que l’on retrouve chez la majorité des gens. Elle se manifeste dans des domaines où il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter : inquiétudes par rapport à la santé d’un proche par ailleurs en santé, ou par rapport à la perte éventuelle de son emploi quand rien ne permet de penser que cette éventualité puisse se concrétiser. Cette difficulté à tolérer ce qui est incertain constitue un marqueur du trouble d’anxiété généralisée.

Il y a aussi dans le TAG les notions de durée et de niveau de perturbation. La fréquence s’établit ainsi : la personne en souffre plus d’une journée sur deux depuis au moins 6 mois.  Bien des personnes qui souffrent du TAG ne consultent pas et pensent que c’est une partie intégrante de leur personnalité. Si vous vous reconnaissez dans les symptômes ci-haut décrits, une consultation pourra confirmer ou infirmer ce diagnostic. Les traitements éventuels pour les troubles d’anxiété généralisée sont efficaces et sont susceptibles de régler ce problème.

Les fausses croyances face aux inquiétudes

II est parfois difficile d'intervenir directement sur l'intolérance à l'incertitude qui souvent sous-tend la tendance à s'inquiéter pour tout et rien. Les croyances face aux inquiétudes font référence à diverses fausses croyances qu'on peut entretenir au sujet des inquiétudes. Par exemple, on peut croire que le fait de s'inquiéter nous aide à trouver des solutions, nous protège contre les impondérables, etc.

Identifier les croyances entretenues concernant ses inquiétudes est nécessaire pour vérifier le bien-fondé de nos croyances et éventuellement les corriger. La correction de ces croyances erronées favorise la diminution des inquiétudes.

Il existe divers types de croyances que l'on peut entretenir face aux inquiétudes :

a) Les croyances concernant la résolution de problèmes. Il s'agit de toutes les croyances voulant que le fait de s'inquiéter aide à régler les problèmes, permet de trouver de meilleures solutions, permet d'être plus vigilant, d'être mieux préparé, de réagir de façon plus réfléchie, plus efficace, et même de prévoir les problèmes et de les éviter.

b) Les croyances sur les inquiétudes concernant les conséquences émotionnelles.Il s'agit de toutes les croyances à l’effet que, en s'inquiétant, on peut se protéger soi-même contre des émotions négatives, que le fait de s'inquiéter à l’avance pour quelque chose va nous protéger contre la déception, la tristesse, la culpabilité.

c) Les croyances concernant le pouvoir des pensées.Il s'agit de toutes les croyances qui véhiculent l'idée que le simple fait de s'inquiéter de quelque chose peut avoir un effet sur les événements, que nos inquiétudes ont un pouvoir sur la survenue ou non d'événements négatifs ou positifs.

d) Les croyances concernant l'origine des inquiétudes. Il s'agit de toutes les croyances voulant que les inquiétudes fassent partie de notre personnalité, que c'est un trait de caractère avec lequel on doit vivre, qu'on est "fait comme ça" et que ça ne changera jamais.

Et comme nous le soulignions dans ce même livre :

L’anxiété est une attitude développée durant l’évolution humaine pour assurer la survie de l’humanité. Une certaine anxiété va éveiller vos sens et les placer dans un état d’alerte souvent salutaire. Lorsque vous circulez aux abords de routes achalandées, vos sens doivent rester en éveil afin de percevoir les sons des automobiles qui viennent dans toutes les directions. Vos yeux sont aussi sollicités afin de bien identifier la menace éventuelle d’un véhicule qui passerait trop près et risquerait de vous happer. Vos nerfs sensitifs percevront plus efficacement les vibrations du sol vous annonçant la venue d’un véhicule et sa distance. Toute cette mise en alerte de vos systèmes sensoriels et moteurs est essentielle è votre protection. Une personne moins consciente du danger pourra devenir une victime. Par exemple, un enfant qui joue au ballon. Son ballon rebondit en direction de la rue, ne pensant qu’à le récupérer, il s’élance sans attention à sa poursuite et se fait frapper. Une certaine anxiété est donc salutaire.

Mais trop d’anxiété ou une anxiété sans raison valable sont tout aussi dommageables. Si j’en viens à avoir tellement peur de traverser une rue que je reste à la maison, je risque bien de me créer plusieurs problèmes. L'évaluation du danger (traverser une rue) est ici exagérée et la conséquence (rester à la maison) est démesurée par rapport à la menace réelle. Une anxiété mal évaluée peut donner naissance à bien des désordres de comportement.



[1] Ladouceur Robert, Marchand André,  Boisvert Jean-Marie, Les troubles anxieux Approche cognitive et comportementale, Gaëtan Morin Éditeur, Montréal, Paris, 1999 page. : 32 

24. août, 2019

Dans quelques semaines, ce sera la rentrée scolaire suivie par le retour des activités parlementaires. Alors pourquoi n’utilise-t-on pas cette fenêtre d’opportunités pour enfin révolutionner notre système de santé ?

L’an dernier, le père Noël a décidé de faire un cadeau à notre système de santé. Il nous a libéré de l’ancien ministre pour nous amener une nouvelle Ministre de la santé qui ouvrit les soupapes avant que le système n’explose sous les tensions de toutes sortes, une gracieuseté des velléités ultracentralisatrices de son prédécesseur.

Mais, les cadeaux ne règlent généralement pas tout. Tous les parents le savent tandis que tous les enfants en veulent toujours plus. Mais pour résister aux demandes de plus en plus nombreuses des enfants, il faut souvent une volonté de fer. Ainsi en est-il en santé. Tant et aussi longtemps que notre gouvernement provincial (car en principe, la santé est de juridiction provinciale) n’utilisera pas cette volonté à toute épreuve, nous serons condamnés à retarder les 3D du succès en santé : décentraliser (le plus facile), démocratiser (moyennement difficile) et dépolitiser (le plus difficile).

Décentraliser

Les problèmes du système de santé ne sont pas les mêmes si vous demeurez en région plutôt que dans un grand centre. C’est connu de tous (et même des hauts gestionnaires au ministère). Par exemple (et en simplifiant à l’extrême), le transport en ambulance est très efficace à Montréal et autour puisque les distances sont bien plus courtes à parcourir entre la localisation de l’ambulance et l’endroit où elle est appelée. Par contre, l’attente dans les salles d’urgence des hôpitaux est habituellement plus problématique dans les grands centres que dans les régions. Alors pourquoi donc, chacune des régions ne recevrait-elle pas sa part du budget et la gérerait selon ses propres besoins ? Qui au Québec croit que les gens des régions sont moins compétents pour administrer et fournir les soins à leur population que les hauts placés du ministère ? Poser la question, c’est, comme on dit, y répondre. Le gouvernement qui aura la volonté et le courage d’effectuer cette décentralisation aura réglé une bonne partie des problèmes du système.

Démocratiser

Il s’agit du deuxième pas relativement facile à réaliser. Présentement, une panoplie d’associations, de comités et autres se targuent de prendre la défense des patients. Mais le problème est que chacun travaille le plus souvent en vase clos et présente ses doléances et ses demandes au ministère. Mais où est le patient exactement ? Comment entendre sa voix dans tout ce tumulte ? Il faut un bureau des usagers, situé à quelques portes du bureau de la ministre. Il n’est pas question d’abolir tous les organismes mentionnés ci-haut, mais plutôt de leur fournir une voix qui se rendrait à Madame la ministre. Et, une fois partie, pourquoi ne pas y greffer le commissaire aux plaintes ? On dit qu’en loi, la justice ne suffit pas, il faut aussi qu’il y ait apparence de justice. En créant le bureau des usagers le ministère ne fera pas uniquement preuve d’ouverture mais montrera à tous que désormais, on peut réellement voir que le patient est à la tête du système.

Dépolitiser

Voilà l’enjeu qui demandera au gouvernement un réel tour de force. Car, il faut bien l’admettre, les gouvernements adorent faire de la politique avec la santé. Et là-dessus, le fédéral (même s’il ne s’agit pas vraiment de sa juridiction) est passé maître dans l’art de faire de la petite politique électoraliste avec la santé. Nous l’avons vu lorsque notre ancien ministre, le Dr Barrette, a voulu légiférer afin d’établir des règles de contrôle pour les frais accessoires. Alors le fédéral s’est levé et comme le grand défenseur du citoyen a décrété que si Québec permettait certains frais accessoires, notre héros national couperait les subventions en santé à notre pauvre gouvernement provincial qui n’eut comme choix réel que de plier l’échine. Et n’allez surtout pas croire que ce soit là le dernier tour de force d’Ottawa ! Fort est à parier qu’à la prochaine campagne électorale, il offrira à tous les Canadiens une assurance-médicament universelle et ce, sans même tenir compte de notre propre système québécois d’assurance médicament qui pourtant a fait ses preuves depuis plusieurs décennies. Et il oubliera certainement de nous dire ce que ce tour de force apportera en termes de diminution d’accès aux nouveaux médicaments. Tel que le projet se présente maintenant, nous verrons de plus en plus de campagnes de socio-financements pour permettre à des patients du Canada d’aller se faire traiter aux États-Unis pour bénéficier de nouveaux médicaments prometteurs. Mais d’ici à ce que l’on s’en rende compte, le gouvernement fédéral aura peut-être eu le temps de se faire élire entres autres par une promesse politique en santé. En dépolitisant la santé, le gouvernement du Québec mettrait définitivement fin à ce chantage fédéral. Nous n’avons jamais vu le fédéral s’immiscer dans la gestion ou dans les tarifs des autres sociétés d’État comme Hydro-Québec ou encore la Société de l’assurance automobile du Québec et autres. Le jour où le système de santé quittera le ministère pour devenir une société d’État qu’on pourrait nommer Santé-Québec, ce jour-là nous aurons réellement révolutionner le système de santé. Et ainsi, les gouvernements qui suivront ne pourront plus distribuer des bonbons électoraux avec des promesses en santé.  

Mais qui n’aime pas les bonbons ?

17. août, 2019

Tout le monde est en faveur de la vertu, c’est bien connu. Mais l’opinion, l’idée ou la pensée ne suffisent pas toujours. Il peut être fort louable de penser positivement, comme nous le suggère les grands orateurs et motivateurs. Si je pense que je vais réussir en affaire et que je me répète sans cesse : Je réussirai, je réussirai, et si je reste assis sur ma chaise sans jamais travailler ni rencontrer qui que ce soit, les chances sont pratiquement inexistantes que quelqu’un vienne frapper à ma porte avec une valise remplie d’argent. C’est aussi bien connu : toute pensée positive doit être accompagnée d’une action dans le même sens.

Le domaine de la santé ne déroge en rien à cette règle. En réalité, le lien intrinsèque qui unit l’esprit et le corps est encore plus étroit que celui qui relie la pensée à l’action. Le terme anglais qui en constitue la clé de voûte se dit biofeedback qu’on pourrait traduire par rétroaction biologique. Pour bien saisir ce concept, faisons une comparaison.

L’histoire de Jos

Jos est un homme en apparence bien chanceux. Son frère, François, qui le connaît très bien, sait que Jos est le plus grand paresseux que la terre n’ait jamais porté. Mais Jos est son frère et pour lui permettre de survivre, chaque mois, François règle ses factures d’hypothèque, d’électricité, de téléphone et lui accorde un petit montant pour qu’il fasse ses courses. Mais voilà que François est atteint d’un cancer qui ne lui laisse que quelques mois à vivre. Jos devient alors très anxieux. Qui paiera pour sa survie ? Une première série de réflexions l’amène à maudire tout ce qui bouge ou pas autour de lui.  Aucune des autres personnes que je connais ne m’aidera comme François l’a toujours fait. Ce sont tous des sans-cœur, des hypocrites. Le gouvernement devrait donner plus d’argent pour aider des gens comme moi, qui n’ont jamais eu de chances. Mes professeurs ne m’ont jamais motivé. Mes parents m’ont donné une mauvaise éducation.  Si mon frère n’avait pas commencé à m’aider, peut-être n’en serais-je pas là aujourd’hui. S’il faisait moins froid, ça coûterait moins cher.  Mais après avoir blâmé la société entière, le gouvernement, ses parents, son frère et la météo, Jos dut se rendre à l’évidence que le cancer de son frère progressait et qu’il se devait d’accélérer sa recherche de solutions. C’est ici que Paul entre en jeu. Il lui dit : « Je comprends ta panique. Fixe-toi au départ de petits objectifs et si tu y parviens, lance-toi graduellement dans de plus grands. » Comme il n’avait plus le choix (c’est malheureusement souvent dans ces occasions qu’on décide de changer), Jos se mit à fréquenter les bureaux de recherche d’emplois. Il commença par des emplois journaliers. Un jour, il pouvait emballer des produits dans une fabrique quelconque, un autre, il cueillait des petits fruits chez un producteur. Lorsqu’il rencontra son frère à la fin du mois, celui-ci paya comme à l’accoutumée ses factures courantes et lorsqu’il voulu lui remettre la somme nécessaire pour sa nourriture, Jos lui dit : « Je te remercie, mais je n’en ai pas besoin. J’ai trouvé de menus travaux qui me permettent maintenant de payer ma nourriture. » Dans les yeux de son frère, Jos vit toute la fierté du monde. Si bien qu’en sortant de l’hôpital où était François, Jos avait décidé qu’il travaillerait maintenant deux jours semaines pour pouvoir le mois prochain, non seulement payer sa nourriture mais son électricité, son chauffage et son téléphone. Il y parvient. Sa fierté et sa satisfaction le poussèrent à avancer d’un autre cran. Si bien qu’aujourd’hui, il est devenu entièrement autonome lui qui pendant plus de 10 ans avait parasité son frère et ne connaissait pas le moyen de faire autrement.

Parasite de la vie

Plusieurs d’entre nous parasitons notre propre santé. Nous vivons avec la certitude béate qu’elle nous est due et que nous ne pouvons pas faire grand chose pour l’améliorer. Lorsqu’une maladie se présente, nous blâmons notre hérédité, l’environnement, les régimes de santé publique, les industries qui polluent, la météo, etc. Dans l’histoire de Paul, sommes-nous Jos ?

Si oui, il y a moyen de s’en sortir. Il s’agit d’adopter la même attitude. Commencer par de petits défis. Lorsqu’on pose une action que l’on sait favorable à sa santé, on obtient deux résultats positifs : l’action a en effet aidé la santé et en prime, la fierté de l’avoir posée engendrera une joie qui encouragera à recommencer. C’est le biofeedback. Comme le cerveau aime la sensation de plaisir, il aura tendance à amener l’individu à poser d’autres gestes positifs qui augmenteront le niveau de plaisir, et ainsi de suite.

Rétroactions positives et négatives

Il peut y avoir quelques confusions en matière de perception du plaisir et son influence aura alors un impact négatif sur la santé. Un des exemples les mieux documenté est le tabagisme. Le jeune qui commence à fumer et se voit enfin faire parti du groupe d’amis cool ressent une fierté qui sera enregistrée dans son cerveau comme une sensation agréable de plaisir. C’est donc une action qu’il voudra répéter. Après quelques jours de fumage, il se retrouve pris au piège de la dépendance à la nicotine, une drogue puissante et néfaste (potentiellement mortelle) pour sa santé. Il lui faudra beaucoup de motivation pour pouvoir se sortir de cet enfer qui pourtant avait été perçu initialement comme une source de plaisir. Il devra relever d’abord de petits défis : passer la première heure sans fumer, puis la deuxième, puis le premier jour, et continuer ainsi. Alors il aura retrouvé une fierté telle qu’il sera encouragé à effectuer d’autres gestes positifs pour sa santé.

Et s’il s’agissait d’un asthmatique

Un asthmatique fumeur qui devient nonfumeur possède un avantage indéniable : en quelques semaines auront fini les quintes de toux caractéristiques du fumeur, quintes qui chez lui conduisaient plus souvent qu’autrement en une crise d’asthme : deux bénéfices pour le prix d’un. Un des moyens qu’avait pris notre asthmatique pour couper son goût de fumer particulièrement difficile après le souper était de sortir prendre une courte marche, le temps que l’envie de s’en allumer une soit passée. Mais voilà donc, qu’étant bien moins essoufflé depuis qu’il avait arrêté de fumer, notre ex-fumeur prenait goût à ces promenades quotidiennes. Lui qui, avant, sortait le moins possible car il croyait que la pollution ambiante provoquait ses crises d’asthme, se rendait compte qu’il pouvait maintenant librement marcher au grand air et s’était même lié d’amitiés avec d’autres adeptes de la marche qu’il avait rencontrés.

Le début de la fin

Notre asthmatique fumeur avait trouvé en posant le geste positif de cesser de fumer le début de la fin de ses problèmes de santé. Pour d’autres asthmatiques qui par exemple n’ont jamais fumé, ce sera la décision de mieux s’alimenter ou celle de faire un programme d’exercice adapté ou celle de suivre à la lettre sa médication et finalement un ensemble de ces actions positives qui marquera le début de la fin de leurs problèmes.

L’action de santé

Devenir actif, certains diront pro-actif (c’est à dire commencer à agir avant même que le problème ne se pose) dans le domaine de sa santé devient la clé du succès qui peut transformer une existence misérable en une vie saine où santé et fierté riment.

(Ce texte est extrait et adapté de la conclusion d’un livre que j’ai cosigné avec le docteur Christian Fortin : Dr Christian Fortin et Jacques Beaulieu, Vivre avec l’asthme et le contrôler, Éditions Logiques, Mars 2006, 232 pages)     

10. août, 2019

Dans un article que je signais sur Huff Post, je soulignais l’importance capitale de la promotion des sciences de la vie. ( https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/sciences-vie-promotion-societe-necessite-vitale_a_23709296/ )

Plus de promotion

Comme je l’écrivais alors : « Il aura fallu 20 ans et un gigantesque déploiement de ressources tant financières (privées et publiques) qu'institutionnelles et organisationnelles pour en arriver où nous en sommes aujourd'hui. Mais il y manque un acteur important: le public.

En effet, tous ces beaux succès connus au prix de grands efforts demeurent la plupart du temps inconnu du public. C'est un peu comme si les matchs de hockey de la ligue nationale avaient lieu dans de petits arénas et que personne n'en parlait: pas de télévision, pas de radios et pas de journaux, tout juste un petit encart à l'occasion à la page 38 d'un quotidien. Je suis à peu près certain que dans de telles conditions, le hockey n'aurait jamais été notre sport national. »

D’où doivent venir les efforts ?

Nous devons unir les efforts de tout un chacun pour favoriser la recherche dans le vaste et extraordinaire domaine des sciences de la vie. Nous le devons pour l’avenir de notre santé et nous le devons pour l’avenir de nos jeunes afin de les inciter à étudier les sciences et les technologies. L’élève qui est aujourd’hui au secondaire et qui se passionne pour les sciences n’est pas nécessairement le plus populaire de son école. Il faut que cela change si nous voulons pouvoir compter un jour sur la fougue et la détermination dont la jeunesse est capable pour former nos futurs chercheurs.

Les niveaux d’interventions des différents acteurs présents

Pour une fois, nous ne pouvons pas taxer de laxisme notre gouvernement. Comme souligné dans un article précédent (Éditorial : 20 juillet: L’innovation : une denrée essentielle à l’économie et… à la santé_) tant le Ministère de l’économie et de l’innovation que le MSSSQ avec son Bureau de l’innovation ouvrent de grandes fenêtres d’opportunité à toutes celles et ceux qui ont à cœur l’innovation au Québec. Avec ces deux organismes, le gouvernement a clairement indiqué ses volontés.

Mais il faut faire encore plus.

À l’époque où il n’y avait que deux grands réseaux de télévision francophone au Québec soient Radio-Canada et TVA, chacun de ceux-ci diffusait une fois par semaine une émission de vulgarisation scientifique. À la société d’État, il s’agissait de l’émission Science et réalité et à TVA, c’était Science et technologie, dont j’ai d’ailleurs signé la plupart des textes de 1979 à 1985. Avec l’arrivée des chaînes spécialité, les diffuseurs généralistes comme TVA n’avaient plus les budgets pour soutenir cette émission si bien qu’en 1986, Science et technologie prenait fin.La télévision d’État qui était alors largement subventionnée put continuer avec l’émission Découverte.

Aujourd’hui, je rêve d’un réveil des grands diffuseurs pour présenter sur l’ensemble de leurs plateformes l’univers des sciences de la vie. Cela se fait présentement avec les sports, avec les arts, avec la politique et avec l’actualité. Que vous écoutiez la radio, consultiez des articles sur le Web, ou encore regardiez les nouvelles sur votre téléviseur, vous allez trouver jour après jour ces sujets (souvent les mêmes) sur toutes les tribunes. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi des sciences de la vie ?

Il y a de l’espoir dans l’air

C’est précisément dans cet objectif que j’ai démarré, en octobre 2017, le Journal le patient du Québec. Au fil des deux premières années, j’ai pu m’allier divers acteurs du monde de la recherche et de l’innovation en science de la vie. Une fois ce premier pas accompli, j’ai présenté mon idée du multimédia à un acteur moderne du monde des communications : la Web-radio QUB Radio ( https://www.qub.radio/ ). J’y fus très bien accueilli et durant toute la saison estivale, j’y présente une chronique chaque lundi matin vers les 8h15 à l’émission Le 6 à 9 de Caroline et Maka avec les animateurs Caroline St-Hilaire et Maka Kotto.

Il y a donc, sans en douter, une ouverture du côté médiatique.

Le milieu scientifique et celui de l’innovation sont-ils prêts quant à eux à participer activement à cet effort médiatique ? Certains ont contribué occasionnellement à la diffusion d’information les concernant. Et je les en remercie, sans eux, je n’aurais pas pu démarrer et maintenir le Journal le patient du Québec.

Mais pour devenir vraiment efficace et performant, il faudra plus. Si chacun des acteurs dans les sciences de la vie mettait les épaules à la roue, je pense ici à tous ceux impliqués en recherche en science de la vie, aux divers acteurs du milieu pharmaceutique et médical et aux multiples sociétés et associations regroupant les personnes atteintes de diverses maladies, nous pourrions certainement nous retrouver régulièrement sur toutes les plateformes médiatiques : radiophoniques, numériques, écrites, et télévisuelles. Mais malheureusement, et pour des raisons obscures, certains demeurent frileux à l’idée de publiciser leurs succès. Cette timidité, mal placée quant à moi, laisse la place à d’autres pour organiser des campagnes de peur. Nous l’avons vécu avec les campagnes anti-vaccination avec les conséquences sur la santé publique que l’on a connues. Espérons que leurs politiques de communications évolueront plus rapidement.

Pour le plus grand bien de la population

Comme je le concluais dans l’article cité en début de ce texte : « Nous avons besoin de la recherche dans les sciences de la vie. Nous vieillissons tous et l'arrivée de nouveaux médicaments qui augmenteront tant notre espérance que notre qualité de vie est toujours souhaitable.

De plus, quand ces médicaments sont découverts ici, c'est ici que les bénéfices se font sentir. Plus de bénéfices permet plus de recherches qui amèneront éventuellement plus de bénéfices. Pour alimenter cette roue, il est donc essentiel de faire la promotion des sciences de la vie au Québec. »