Le mot de l'éditeur

3. août, 2019

Après les horreurs de la deuxième grande guerre mondiale (1939-1945), fut créée l’Association médicale mondiale (AMM). C’est dans la foulée de mettre en évidence la nécessité d’une réforme afin de réaffirmer les lignes directrices concernant non seulement les droits de l’homme mais aussi les droits des patients que fut créée l’AMM. Ainsi, trois mois avant la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, l’AMM adopta un document appelé : Déclaration de Genève, l’équivalent moderne du Serment d’Hippocrate qui date du IVème siècle avant Jésus-Christ : Voici donc les premières lignes de cette Déclaration de Genève :

« En qualité de membre de la profession médicale,

Je prends l'engagement solennel de consacrer ma vie au service de l’humanité ; Je considérerai la santé et le bien-être de mon patient comme ma priorité ; Je respecterai l’autonomie et la dignité de mon patient ; »

 (https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_de_Gen%C3%A8ve)

Que ce soit pour le médecin, l’infirmière, la ou le préposé aux malades ou le proche-aidant, ce principe de respecter l’autonomie et la dignité du patient demeure l’objectif premier. Mais force est d’admettre que lorsqu’une maladie s’échelonne sur une longue période, voire jusqu’à une vingtaine d’années, il devient difficile de ne pas oublier le patient pour n’y voir que sa maladie. C’est particulièrement vrai dans le cas des maladies dites dégénératives telle la maladie d’Alzheimer. Dans l’optique que nous abordions durant les semaines passées la place du patient dans le système de santé, il convient ici de renforcer cette place dans les situations d’une personne qui sera en perte d’autonomie durant de nombreuses années.

Et, afin que ce ne soit une surprise pour personne, il faut rappeler que tel que l’indique Statistiques Canada : « Depuis 1921, la plus forte hausse annuelle du nombre de naissances, soit d'environ 15 %, est survenue entre 1945 et 1946 (figure 1). Cette forte hausse correspond au début de la période du baby-boom. »

https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2011/as-sa/98-311-x/98-311-x2011003_2-fra.cfm

Ainsi, en 2030, ces baby-boomers seront âgés de 85 ans et plus, l’âge où la majorité des cas de maladie d’Alzheimer débutent. Dans une enquête réalisée par la Société d’Alzheimer du Canada, il est clairement établi que : « En utilisant les taux tirés de l'Étude sur la santé et le vieillissement au Canada, on estime que 564 000 personnes étaient atteintes d'une maladie cognitive au Canada en 2016. En 2031, on prévoit que 937 000 personnes en seront atteintes (voir le tableau 2). Plus de 65 pour cent de ces personnes seront des femmes. » (https://alzheimer.ca/sites/default/files/files/national/statistics/prevalenceandcostsofdementia_fr.pdf ). Mais il demeure fort à parier que l’effet surprise de cette maladie sera alors cité comme excuse pour ne pas s’être préparé à cette vague de la maladie d’Alzheimer et de ses conséquences.

 

En 2004, j’ai eu le privilège de cosigner un livre sur la maladie d’Alzheimer avec le gériatre et psychiatre Bernard Groulx, livre intitulé : La maladie d’Alzheimer. De la tête au cœur. (https://www.renaud-bray.com/Livres_Produit.aspx?id=35240&def=Maladie+d%27Alzheimer,+de+la+t%C3%AAte+au+coeur,GROULX,+BERNARD,BEAULIEU,+JACQUES,2895621063)

 

Nous y abordions ce sujet du maintien de la dignité des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Voici donc la conclusion de notre livre :

 

C’est certain qu’un espoir éclairé est toujours de mise lorsqu’une personne apprend qu’elle est atteinte d’une maladie pour laquelle il n’existe pas de traitement curatif connu. Il est toujours permis et même souhaitable de penser qu’une découverte puisse, chemin faisant, changer le verdict final. L’espoir peut aider à rendre plus acceptable une situation qui, autrement, pourrait sembler complètement désespérée.  Mais il y a une différence entre la pensée magique et un défaitisme total. C’est ce que j’appelle : l’espoir éclairé. C’est évident que, surtout dans le cas de la maladie d’Alzheimer qui s’étend sur plusieurs années, voire près de deux décennies, il puisse survenir une percée majeure qui pourrait influencer sinon l’issue de la maladie, tout au moins son évolution. Autrement dit, il pourrait arriver une découverte qui guérisse totalement la maladie, qui en ralentisse l’évolution ou qui en diminue les inconvénients. Cela est évidemment possible, mais il faut savoir que dans la très grande majorité des cas, entre la découverte d’une avenue thérapeutique et son application dans les traitements, il s’écoule une bonne dizaine d’années. Donc, des attentes réalistes nous semblent plus opportunes que la création de faux espoirs. C’est pourquoi nous avons gardé pour la conclusion cet aspect de la maladie d’Alzheimer. Au moment même où nous écrivons ces lignes, plusieurs chercheurs un peu partout à travers le monde travaillent sur la maladie d’Alzheimer. Il est donc permis d’espérer raisonnablement des développements dans les traitements de la maladie.  Mais il est surtout permis et souhaitable de développer l’espoir qu’en comprenant mieux la maladie d’Alzheimer, nous puissions améliorer la qualité de vie au quotidien des personnes atteintes, de leurs aidants naturels et du personnel traitant. C'est dans ce but que nous avons écrit ce livre.

 

L’autre aspect que nous avons passé sous silence jusqu’à maintenant concerne les manifestations individuelles de la maladie. Les êtres humains représentent une mosaïque infinie de comportements. Nous sommes tous différents les uns des autres. Cette incroyable diversité ne fait pas exception dans la maladie. Chacun aura sa propre réaction, s’adaptera à sa propre façon de vivre avec cette maladie ou d’accompagner un être proche dans son cheminement personnel. Dans toutes les étapes de cette maladie, les facteurs personnels doivent toujours primer sur tous les autres. Toute personne, fusse-t-elle rendue à un stade avancé de la maladie, a droit à son identité personnelle, au respect et à la dignité. Nous souhaitons que, connaissant mieux le déroulement de la MA, ce principe s’en trouve encore plus présent auprès de tous les intervenants. C’est aussi pourquoi nous avons insisté sur le rôle essentiel des familles lorsqu’une personne atteinte entre en centre d’hébergement à long terme. Connaissant depuis longtemps le malade, elles sont les mieux placées pour le faire connaître au personnel infirmier et médical du centre. Le malade est donc plus qu’un malade, il est avant tout Madame ou Monsieur X, Y ou Z avec un passé, des goûts, un tempérament particulier.  La personne atteinte d’Alzheimer ne perd pas son identité, elle n’est plus en mesure de l’exprimer, c’est passablement différent.

 

Espoir et respect vont de pair et c’est le message que nous livrons à la fin de cet ouvrage. Guérira-t-on un jour la maladie d’Alzheimer ? Il est possible que oui. Mais la vraie question est de savoir ce qui m’arrive quand je suis atteint de cette maladie ? Dans la plupart des cas comme nous l’avons vu, la maladie s’échelonnera sur plusieurs années. Si je peux espérer qu’on me comprenne et qu’on m’offre la meilleure qualité de vie possible dans les circonstances, je serai confiant de vivre plus heureux, dans le meilleur respect de mon individualité.

 

Les aidants naturels (conjointe, conjoint, fille, fils, amie ou ami) et le personnel soignant méritent, eux aussi l’espoir et le respect. En fait, ils méritent un grand respect, car ils accomplissent une chose que peu d’êtres humains sont appelés à vivre. Tous les jours, en s’oubliant, ils vont au bout de leurs forces, de leurs énergies, pour un être cher.

27. juil., 2019

L’innovation a, de tous temps, fait partie intégrante de l’aventure humaine. Sans en faire l’historique depuis la célèbre invention de la roue, force est de constater que de nos jours, non seulement l’innovation est toujours présente mais ses réalisations ont atteint une vitesse qu’il y a un siècle à peine, on n’aurait jamais imaginé. Nous n’avons qu’à comparer l’arrivée des ordinateurs, considérés à l’époque comme des super machines à calculer qui aujourd’hui se dotent d’intelligence artificielle aux potentiels inimaginables. On pourrait aussi songer à ce microscopique filament d’ADN découvert il y a à peine 66 ans qui aujourd’hui apporte des solutions tant dans l’explication des maladies que dans les sphères diagnostiques et même thérapeutiques de bien des maladies.

L’innovation est au cœur de l’activité humaine. Afin d’en tirer le maximum de bénéfice, les divers paliers de gouvernement ont mis en place des organismes pour faciliter et accélérer encore l’innovation sur leurs territoires.

Le 13 juin dernier, se tenait un cocktail réseautage organisé par le Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être (CEPSEM) ou deux conférenciers sont venus expliquer leur vision de l’innovation et les mesures qu’ils présentent pour la soutenir et l’encourager.

Madame Jennifer Moles, Gestionnaire d'approvisionnement d'innovation, Centres d’excellence de l’Ontario présenta des exemples d’initiatives qui ont permis de développer une collaboration fructueuse entre le gouvernement de l’Ontario, les entreprises et le milieu académique. Ils travaillent ensemble pour mettre en place des solutions répondant aux besoins des patients et du réseau de la santé ontarien.

Paul L’Archevêque, Dirigeant de l’innovation, Ministère de la Santé et des Services sociaux a pour mandat d’établir une vision et d’orienter les stratégies et les activités du Bureau de l’innovation en santé et en services sociaux; afin d’accélérer l’adoption des innovations et des nouvelles technologies pertinentes et efficientes pour le réseau.

D'entrée de jeu, M. L'Archevêque souligne que le Bureau de l'innovation découle directement de la Stratégie québécoise des sciences de la vie. Ce plan stratégique vise les années 2017-2022 et a pour double objectif de :

  • Attirer 4 milliards de dollars d'investissements privés au Québec d'ici 2022
  • Faire du Québec l'un des 5 pôles nord-américains es plus importants du secteur d'ici 2027

 

Tel que décrit sur le site du Bureau de l’innovation, le mandat du Bureau de l’innovation en santé et en services sociaux est

  • de déterminer, avec les acteurs du réseau de la santé et des services sociaux, les types d’innovation à intégrer de façon prioritaire;
  • de travailler avec l’ensemble des acteurs du secteur des sciences de la vie pour répondre à ces besoins et pour la création de partenariats productifs pour le réseau de la santé et des services sociaux et les partenaires industriels;
  • d’assurer la coordination des efforts en vue d’accélérer l’adoption des innovations pertinentes et efficientes;
  • de contribuer à la croissance et à la compétitivité du Québec en sciences de la vie, en stimulant le potentiel d’exportation des entreprises innovatrices qui ont fait leurs preuves dans le réseau québécois.

https://www.quebec.ca/gouv/ministere/sante-services-sociaux/organismes-lies/

Dans les faits, M. L’Archevêque veut mettre en œuvre tous les outils disponibles pour arrimer les besoins en innovation des divers secteurs du Ministère de la santé et services sociaux avec les développeurs d’innovations. Et comme le MSSSQ constitue un immense labyrinthe difficile d’accès pour ces développeurs, le Bureau de l’innovation du MSSSQ développera aussi de nouveaux outils pour faciliter les démarches des personnes, groupes et entreprises qui désirent présenter des projets innovateurs au MSSSQ.

Par exemple, déjà le Bureau de l’innovation a mis en ligne deux modèles de plans d’affaires pour faciliter et accélérer les démarches.

Un modèle de plan d’affaire court qui en moins de 3 pages, permet au Bureau de l’innovation d’évaluer rapidement la pertinence et la faisabilité du projet soumis. Si le projet est alors jugé approprié, le promoteur sera invité à compléter le plan d’affaire long (10 pages) afin d’évaluer sa pertinence.

Le lecteur pourra trouver plus de précision sur ce processus en consultant le document d’information au site suivant :

http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2018/18-741-01W.pdf

Et à titre informatif, voici la présentation type d’un plan d’affaire court

http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2018/18-741-01_guide.pdf

Le Bureau de l’innovation n’en est encore qu’à 16 mois d’existence, il a été fondé en avril 2018 et M. L’Archevêque est particulièrement conscient qu’il reste beaucoup à faire tant pour attirer les développeurs d’innovation que pour les arrimer aux besoins du MSSSQ. Les idées soumises peuvent parfois être, d’un point de vue technologique, franchement géniale, mais si, par exemple, leur mise en œuvre exige une formation de 5 ans des 70 000 infirmières et infirmiers du Québec, l’innovation a peu de chance alors de s’avérer applicable.

Les problématiques reliées aux droits d’auteurs et les mécanismes d’appels d’offres sont aussi des sujets sur lesquels le Bureau de l’innovation se penche actuellement et pour lesquels des solutions seront proposées dans les meilleurs délais.

En somme, l’innovation occupe une place importante au Québec. Avec le ministère de l’économie et de l’innovation et le Bureau de l’innovation du ministère de la santé et des services sociaux, le gouvernement du Québec s’est doté de deux leviers importants pour faire de l’innovation une priorité nationale.

20. juil., 2019

Comme nous l’avons vu la semaine dernière (éditorial du 6 juillet), il serait possible de repenser notre système de santé en ayant comme première cible : le patient. Ainsi la première ligne, au lieu de se trouver dans les salles d’attente des médecins, ces CLSC ou des hôpitaux, pourrait être repensée par des visites à domicile de médecins ou d’infirmières spécialisées. La même réflexion pourrait aussi s’appliquer à l’accès aux médicaments. Présentement, une panoplie d’organismes fédéraux et provinciaux (CEPMB, INESSS, alliance pan canadienne pharmaceutique etc…) rivalisent d’ingéniosité pour complexifier au maximum les lois et règlements régissant l’arrivée des nouveaux médicaments.

Deux exemples quant aux médicaments

Il est vrai que pour plusieurs tout ce qui vient de l’état ou du mouvement syndicaliste est revêtu d’une aura d’altruisme et de désintéressement indiscutable. Ainsi, lorsque ceux-ci s’expriment en faveur d’un système d’assurance médicament universel pancanadien, plusieurs y voient enfin la venue des médicaments gratuits pour tout le monde. Au Québec, nous disposons d’une assurance-médicament mixte dans laquelle les grands employeurs sont tenus d’offrir une assurance-médicament privée à leurs employés tandis que ceux qui ne sont pas couverts par ceux-ci doivent s’inscrire à l’assurance-médicament publique. Ceux qui doivent offrir ces assurances privées sont clairement identifié sur le site de la RAMQ,

  • Dans le cadre de votre emploi ou profession (par votre employeur ou regroupement professionnel : syndicat, association ou ordre)
  • Par l’intermédiaire de votre conjoint (si son assurance prévoit une couverture pour le conjoint)
  • Par l’intermédiaire de vos parents, pour un enfant ou un étudiant

http://www.ramq.gouv.qc.ca/fr/citoyens/assurance-medicaments/Pages/admissibilite.aspx)

Un régime d’assurance entièrement public comme le recommande le Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments(aussi appelé Comité Hoskins) au gouvernement canadien et certains grands employeurs comme les gouvernements et les centrales syndicales (pour s’en tenir à notre exemple) favoriserait donc beaucoup plus ces grands employeurs que le public qui verrait son accès aux nouveaux médicaments diminué d’autant. On assisterait à beaucoup plus de voyage aux États-Unis pour des malades voulant bénéficier des nouveaux traitements qui ne seraient plus disponibles ici.

Maintenant, si nous quittions la sphère théorique pour penser au patient ?

Un autre exemple est ici nécessaire. Depuis un bon moment, on assiste à des comparaisons entre les médicaments biologiques d’origine (appelés médicaments biologiques de référence) et les médicaments biosimilaires (qui technologiquement parlant ne sont pas des copies mais des imitations des médicaments biologiques de référence). Bien sûr, le coût en représente un enjeu de taille. Ainsi paraissait il y a quelques semaines cette nouvelle : « La Colombie-Britannique a annoncé récemment sa décision de transférer les patients traités avec des médicaments biologiques d’origine vers des traitements avec des médicaments biosimilaires pour la spondylarthrite ankylosante et l’arthrite psoriasique, le psoriasis et le diabète. Ce geste devrait lui permettre d’économiser annuellement des millions de dollars. » ( https://journal-assurance.ca/article/medicaments-biosimilaires-le-quebec-devrait-il-suivre-lexemple-de-la-colombie-britannique/) Si au lieu de ne regarder que les résultats économiques, on s’attardait aussi sur le vécu de certains de ces patients qui étaient lourdement handicapés, avaient de grandes souffrances et ne pouvaient même plus travailler, et qui suite à l’arrivée d’un médicament biologique ont pu reprendre leur vie, recommencer à travailler et être soulagés de leurs douleurs. Doit-on risquer de replonger ces patients dans leur enfer en changeant leurs médicaments ? D’autant plus que si on transfert ces patients aux biosimilaires et que cela ne fonctionne pas, le retour au médicament de référence n’est pas une garantie de succès. Et si on examinait le problème en pensant d’abord au patient. Il y aurait alors lieu de prévoir cette solution en deux temps :

1) Chez les patients qui utilisent déjà le médicament biologique de référence, à moins d’indications médicales, on ne change pas pour le biosimilaire. Ainsi, on évite le risquer de replonger ce patient à la vie qu'il avait avant le médicament.

2) Tout changement que ce soit du médicament de référence au biosimilaire ou du biosimilaire au médicament de référence ne devrait être envisagé que si la condition médicale l’exige.

3) Chez les nouveaux patients, si le biosimilaire est moins dispendieux, on commence par le biosimilaire et si cela n'apporte pas les résultats escomptés, on passe au médicament de référence.

On pourrait ainsi, en pensant d’abord au patient relier économie et santé.

Mais, il faut croire que dans notre système de santé, penser d’abord au patient n’est pas un réflexe naturel.

Et d’ailleurs en ce qui concerne les médicaments, la vraie question serait plutôt : comment raccourcir le temps d’accès aux nouveaux médicaments. Avec tous les paliers fédéraux, provinciaux et inter-provinciaux qui étudient chaque nouveau médicament avant qu’il ne se retrouve disponible pour le patient qui en a besoin, ce temps d’accès est définitivement trop long.

13. juil., 2019

Lorsque le système de santé que nous connaissons aujourd’hui a été mis sur pied autour des années 1970, l’objectif était clair : permettre à tous, pauvres et riches d’avoir accès aux soins de santé. Il n’était plus question que des personnes tardent de consulter parce qu’elles n’avaient pas les moyens financiers pour payer le médecin ou l’hôpital. Puis, l’assurance-médicament fit son apparition pour permettre à tous un accès aux médicaments à prix raisonnables. Toutes ces réformes avaient un point commun : la santé du patient. Plus de cinquante ans plus tard, qu’en est-il ?

Le système de santé que nous avons créé pour aider les patients aurait-il perdu de vue son objectif premier : le patient, pour résoudre les problèmes titanesques de son organisation ?

L’avant

C’est vrai qu’avant son entrée en vigueur, il arrivait que des personnes peu fortunées tardent à consulter un médecin au point où lorsqu’elles consentaient à le faire, la maladie avait gagné trop de terrain et il était trop tard pour eux. Le problème n’existait alors pas pour les plus riches qui pouvaient avoir un accès quasi instantané à tous les soins.

L’après

Est-ce vraiment mieux aujourd’hui ? Existe-t-il des statistiques qui nous diraient combien de gens tardent si longtemps avant de se rendre à l’urgence parce qu’ils ne veulent pas y attendre 5, 10 ou 20 heures avant d’être vus.  Existe-t-il des chiffres qui révélerait les atteintes à la santé chez ces personnes en attente d’un médecin de famille ou encore chez ceux qui sont inscrits auprès d’un médecin de famille mais qui auront leur prochain rendez-vous dans 3 mois ? Le manque d’accès aux soins de santé chez nos grands-parents pour des raisons financières est devenu aujourd’hui un manque d’accès aux soins de santé pour des raisons structurelles. Le système de santé ultra centralisé et fonctionnarisé au maximum croule sous les besoins de plus en plus lourds d’une population vieillissante. Rien de trop réjouissant pour les générations futures… Mais encore de nos jours, le problème n’existe pas pour les plus riches qui peuvent avoir un accès quasi instantané à tous les soins en médecine privée.

L’aujourd’hui

Et si au lieu de regarder les solutions pour sauver notre système de santé, on s’attardait un peu sur les besoins des patients. Aujourd’hui, c’est le système de santé qui vous dit où aller vous faire traiter, quel médecin spécialiste vous recevra et surtout quand vous aurez accès aux soins dont vous avez besoin. D’amblée, je pencherais vers une médecine plus individualisée, plus proche du patient.

Un exemple de médecine de proximité

À quand le retour des visites à domicile ? Il est tout à fait illogique et même contradictoire qu’un patient malade et souffrant doive se déplacer pour aller attendre sa visite médicale au bureau de son médecin ou pire à l’urgence d’un hôpital. En imposant ainsi les visites médicales en cabinet, a-t-on vraiment pensé à cette personne parfois très fiévreuse, mal en point et fatiguée sinon épuisée qui doit ainsi se déplacer et aller attendre sur une chaise droite que son tour arrive afin d’être soignée ? Cette personne affaiblie, quelle que soit son âge peut-elle raisonnablement subir sans dommage l’assaut des microbes des autres personnes présentes dans les salles d’attente ? Peut-elle subir aussi la fatigue supplémentaire qu’on exige d’elle pour se rendre dans ces salles et y attendre son tour.

À l’inverse, la visite à domicile tient compte que l’on a à faire avec une personne souffrante (un patient selon l’étymologie de ce mot) et non à une personne qui s’en va passer une soirée entre amis. De plus, un médecin ou une infirmière visiteuse qui se rend ainsi au domicile d’un patient est en mesure d’évaluer le mode de vie de son patient, l’univers dans lequel se trouve ce patient bien plus efficacement qu’en appelant le numéro A-127 à son cabinet, dans la salle d’attente d’un CLSC ou à l’urgence de l’hôpital. Le professionnel visiteur peut voir si cette personne vit dans un milieu salubre, si elle semble toujours seule, si elle dispose d’un réseau social adéquat, etc. Le cas échéant, ce professionnel peut suggérer l’accès à des services sanitaires, sociaux ou personnels. Un système axé sur le patient trouverait beaucoup plus logique qu’un médecin, un infirmier ou une infirmière en bonne santé se déplace pour soigner un patient mal en point. Bien des systèmes de santé en Europe ont fait des visites à domicile la première ligne des soins médicaux. Pourquoi pas ici ?

Mais, il faut croire que dans notre système de santé, penser d’abord au patient n’est pas un réflexe naturel. 

6. juil., 2019

Il était un fois un groupe de personnes qui, perdues en forêt, décidèrent d’emprunter la direction gauche pour trouver un lac afin d’y quérir l’eau nécessaire à la survie de leur peuple. Ils auraient pu aller à droite, mais ils y étaient déjà, ou au nord, mais ils n’y atteindraient que le froid. Quant au Sud, il y avait là une frontière tant linguistique que nationale. Il fallait donc aller à gauche. Ils engagèrent un grand nombre d’employés et se mirent à défricher la forêt pour atteindre le lac promis. Mais ni le lac, ni la terre promise ne se pointait. On engagea donc plus d’employés, on structura des équipes de plus en plus spécialisées et on continua à bucher. Le lac n’était toujours pas en vue alors on se dit que c’était la méthode de travail qui était responsable.

L’un des nombreux chefs qui était alors en pouvoir avait entendu parler d’une méthode efficace de gestion mise au point en Asie, la méthode Lean. On l’appliqua mais, sans plus de succès que les autres efforts précédents.

Vint alors un autre grand manitou qui lui avait vu qu’il y avait trop de chefs dans cet organigramme devenu hautement compliqué. Il sabra donc dans ceux-ci, passant de plus de cent à moins de trente. Mais, à part la grogne montante au sein des troupes, les résultats n’étaient toujours pas là. En 2018, 275 352 personnes selon les chiffres du Ministère de la Santé et des Services sociaux (http://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/statistiques-donnees-services-sante-services-sociaux/ressources-humaines/) travaillaient d’arrache-pied pour trouver le fameux lac qui allait enfin soulager la population de tous ses maux. Mon histoire se termine mal et est fort moralisatrice. Est-il une personne qui s’est demandé si on cherchait dans la bonne direction au lieu de ne se centrer que sur ce qu’on pouvait faire pour sauver le système ?

Pourtant des solutions ont été soumises

Plusieurs ont crié au cours des 50 dernières années à un changement de vision au MSSSQ. Le Dr Alban Perrier, le Dr Lamontagne et moi-même avons abondamment parlé de dépolitiser la santé  https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/democratiser-depolitiser-et-decentraliser-voila-les-3-cles-de-succes-pour-notre-systeme-de-sante_a_23365290/. À cet effet le Dr Lamontagne avait eu ce bon mot : « Il faut que les gouvernements établissent des politiques de santé et non fassent de la politique avec la santé ». Mais, bien au contraire, nos gouvernements ne cessent d’utiliser la santé pour servir leurs besoins politiques.Un exemple parmi d’autres, le fait que la santé soit, selon la constitution canadienne, de compétence provinciale, n’a jamais empêché le fédéral d’édicter, chaque fois que cela lui convint, de nouvelles règles en santé. La dernière, et non la moindre, risque fort d’apparaître (probablement par un des plus grands hasards) lors de la prochaine campagne électorale et est celle d’un régime pancanadien d’assurance-médicament. Il ne reste qu’à espérer que ce ne soit pas au complet détriment de notre propre système d’assurance-médicament qui, depuis sa création au Québec, fonctionne très bien. Nous sommes donc à des lieues de la dépolitisation requise.

L’autre roue de secours serait la décentralisation. Encore ici, nous avons au fil des ans, emprunter la direction inverse en ultra centralisant et en fonctionnarisant tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à la santé. La vocation d’antan a été largement remplacée par la fonction publique. Quant à la troisième solution, je n’ose plus en parler de peur que l’on croît que je radote, est la démocratisation.  

Notre grand poète Gilles Vigneau chantait : « J´ai pour toi un lac quelque part au monde
Un beau lac tout bleu 
». Il faut croire, qu’au MSSSQ on est encore bien loin de le trouver. On n’a même pas commencé à regarder dans d’autres directions.

La semaine prochaine : Une place où nous n’avons jamais regardé…