Des patients unis pour leur santé

Il fut un temps où la santé et la maladie étaient uniquement l’affaire des médecins et des professionnels. Le moins le patient en savait, le mieux c’était pour lui.  « De toute façon, le patient ne connaissait rien à ces choses » croyait-on à l’époque. Mais, après les années 1950-1960, la scolarisation au Québec progressa et l’arrivée de l’internet permirent un accroissement des connaissances en santé. De plus, la naissance de multiples associations en santé (exemples : Fondation du cancer, Association Diabète Québec, Sociétés d’Alzheimer, etc.) permit aux patients atteints de ces maladies d’avoir accès aux informations dont ils peuvent avoir besoin. Dans ces domaines, plusieurs dizaines d’associations, de fédérations, de comités et autres réalisent un travail aussi extraordinaire qu’essentiel.

Mais malgré tous ces efforts, le Canada et le Québec affichent un des plus bas taux de littératie en santé en Amérique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la littératie en santé correspond aux « aptitudes cognitives et sociales qui déterminent la motivation et la capacité des individus à obtenir, comprendre et utiliser des informations d’une façon qui favorise et maintienne une bonne santé » (Glossaire de la promotion de la santé Genève, 1998). À titre d’exemple de l’apport des associations dans ce domaine, souvenons-nous de ce colloque sur la littératie en santé qu’avait organisé l’Alliance des patients pour la santé en 2016 (Littératie en santé | alliancepatients.org)

Un autre problème provient de la relation entre les patients et le ministère de la Santé et des Services sociaux, ou, est-ce vraiment utile de spécifier, du peu de relations qui existent entre le patient et le MSSSQ. Encore ici, les diverses associations effectuent un travail colossal. Elles déploient des efforts considérables et très souvent bénévoles pour offrir un maximum de services. Mais lorsque le ministère se penche sur un problème, consulte-t-il l’une ou l’autre de ces associations ? Je laisse la réponse aux spécialistes de ces questions. Mais, un peu à l’image de tout un chacun, j’ai plutôt l’impression que tout se décide en vase probablement assez clos dans les hautes sphères bureaucratiques de notre savant ministère. Après tout, qu’est-ce que le patient connait dans la gestion de ce titanesque vaisseau qu’est le MSSSQ ?

Alors qu’en 1950, nous étions certains que le patient n’avait que bien peu de mots à dire à son médecin sur sa santé, plus de 70 ans plus tard, on considère que le patient n’a que bien peu de mots à dire sur la gestion de son ministère de la Santé et des Services sociaux.

Les avantages de l’un et de l’autre

En augmentant la littératie en santé, la population disposera de plus de connaissances sur la santé. Ce serait particulièrement utile en ces périodes de pandémies durant lesquelles encore trop de personnes refusent la vaccination. Mais, même en dehors d’une pandémie, un patient mieux informé prendra de meilleures décisions sur son alimentation, son niveau d’activité ainsi que sur sa santé physique et mentale et sera plus apte à comprendre les soins qui lui sont proposés.

D’autre part, en impliquant le patient dans la gestion du ministère, le gouvernement enlèverait cette douloureuse impression que tout ce qui concerne le MSSSQ se décide en vase clos au sommet de la hiérarchie bureaucratique.

Les patients doivent donc s’unir non seulement pour leur santé mais aussi pour leur système de santé. Parce que ce sont eux qui, en bout de ligne, tireront profit et de leur santé et de leur système de santé.

Les associations de patients l’ont compris et y travaillent avec ferveur. Notre gouvernement l’a-t-il compris ? Pourtant, il bénéficie d’une rarissime occasion d’y parvenir avec son projet de loi mammouth pour révolutionner son système de santé. En profitera-t-il pour créer le bureau des usagers, cette plateforme gouvernementale où le patient et les associations seront appelés à participer à la gestion du MSSSQ ?

Trois stratégies face à des menaces

Face à toute menace, il existe trois stratégies historiques : se défendre, attaquer ou fuir. Dans tous les cas, les humains ont développé, tout au long de leur histoire bien des moyens pour ainsi pouvoir survivre. Et ce, tant du niveau macroscopique (la société) que du niveau microscopique.

Se défendre en macroscopie

Quelques exemples suffiront afin de bien faire comprendre notre propos. Ainsi l’humain a développé des habitations de plus en plus solides, puis des villes et puis des villes fortifiées. Ainsi, les intrus qui voulaient entrer étaient repoussés à l’extérieur de la maison, de la ville ou, même aujourd’hui des pays grâce à des frontières bien surveillées. Même les vêtements pouvaient servir de protection ou d’identification. Ainsi, l’uniforme militaire permettait aux soldats de distinguer d’un coup d’œil ceux de son armée de ceux de l’armée adverse.

Se défendre en microscopie

Le corps humain rencontre aussi très souvent des microorganismes (on les appelait les microbes) qui veulent l’envahir. Ils sont de plusieurs ordres : bactéries (exemple facile : la bactérie causant la coqueluche), des virus (exemple, virus de la Covid) ou autres microorganismes. Pour se défendre contre ces ennemis microscopiques, l’évolution du corps humain lui a permis d’élaborer un système de défense : c’est le système immunitaire. Ce système permet à l’organisme de pouvoir différencier ce qui est le SOI (ce qui lui appartient) du NON SOI, organismes venant de l’extérieur qui pourrait s’avérer nuisible. Pour se faire, lorsqu’un tel organisme hostile pénètre à l’intérieur du corps, le système immunitaire se met en œuvre et tentera de limiter le plus possible les dégâts. De plus, il prendra une « photo » de cet intrus afin de le reconnaître encore plus rapidement lorsqu’il tentera de revenir. C’est là le but de la vaccination, fournir au système immunitaire l’occasion de prendre des photos des micro-organismes dangereux ou d’un des éléments qui le caractérise pour que l’organisme humain les identifie plus rapidement. C’est un peu comme si l’on fournissait à un général d’armée la photo d’un costume militaire de l’adversaire. Chaque fois qu’un soldat rencontrerait un adversaire vêtu de cet uniforme, il pourrait alors l’éliminer.

Les limites de la défense

Notre système immunitaire est hautement efficace, Dans le corps humain, il vit des milliards de microorganismes, tous utiles. Lorsqu’il arrive un micro-organisme nuisible, le système immunitaire doit donc être en mesure de l’identifier et de l’éliminer avant qu’il ne cause trop de dégâts. Ses moyens sont la douleur, l’inflammation et la fièvre. La douleur est le système d’alarme qui indique au cerveau quel est l’endroit menacé, l’inflammation permet aux endroits attaqués d’alerter et de faire venir sur place les autres membres du système immunitaire. Ces autres membres sont les leucocytes, les lymphocytes et autres cellules spécialisés dans l’attaque et l’élimination des micro-organismes dangereux. Finalement la fièvre qui, en élevant la température corporelle rend le milieu moins accueillant, sinon carrément délétère aux micro-organismes.

Mais tout comme les autres ennemis, les virus, bactéries et autres micro-organismes développent constamment de nouveaux moyens afin de pouvoir déjouer la vigilance du système immunitaire. Un des moyens le plus efficace est la mutation. Par exemple, chacun des milliards de virus qui infecte un être humain qui a la COVID s’y multipliera des milliards de fois. Chaque fois, des changements peuvent se produire dans ces multiplications. Par exemple, une des protéines constituantes du virus père pourrait se retrouver ailleurs ou absente chez le virus fils produit. Cette protéine ne faisant donc plus partie du « portrait » que le système immunitaire reconnaissait, le virus fils qu’on appelle maintenant un variant risque donc de ne pas être reconnu ou d’être reconnu plus tardivement que ses prédécesseurs. Il pourra ainsi contourner le vaccin et continuer à infecter son hôte et les futurs humains que lui ou ses descendants variants rencontreront.

Passer à l’attaque

La défense ne conservant pas toujours son efficacité maximale, il faut une autre stratégie : c’est l’attaque. Pour ce qui est des bactéries, les antibiotiques sont une arme très efficace. En gros, les antibiotiques pourront détruire les bactéries en brisant littéralement leurs parois ou encore neutralisant leurs capacités à se reproduire ou même en intervenant dans une des fonctions vitales des bactéries. Mais, ils n’ont aucun effet sur les virus. Les médicaments virucides sont plus difficiles à élaborer.  Heureusement, en ce qui concerne la COVID, un tel médicament vient de faire son apparition. Nous avons donc maintenant une formule gagnante.

La formule gagnante

Elle comprend les deux stratégies : 1) une solide défense grâce à des vaccins mis à jour si nécessaires comme c’est le cas du vaccin contre l’influenza qui est mis à jour chaque année et 2) un médicament capable d’éliminer le virus lorsque celui-ci réussit à échapper à la vigilance du système immunitaire.

La formule perdante :   la fuite

Dans un monde densément peuplé et où les échanges internationaux sont une nécessité, la fuite est inutile. Sans vaccin et sans médicament (sans la défense et sans l’attaque) la Covid continuera à se trouver des foyers d’infection et s’y multipliera pour revenir chaque fois en vagues successives et pourra nous causer bien d’autres mauvaises surprises surtout à celles et ceux qui ne croient ni en la défense, ni en l’attaque. C'est la voie du retour en arrière perpétuel.

Le docteur Alban Perrier

Dr Alban Perrier et Madame la députée Francine Charbonneau

La semaine dernière Madame Francine Charbonneau, députée de Mille-Îles, a remis au Dr Alban Perrier la Médaille de l’Assemblée nationale. À mon humble avis, cet honneur est plus que largement mérité par le docteur Perrier. J’ai eu le privilège de travailler à deux reprises avec ce grand médecin. Avec son collègue, le Dr Robert Ouellet et moi-même, nous avons signé en 2012 un livre portant pour titre Révolutionner les soins de santé, c’est possible. Puis en 2014, je signais un autre livre : Ces médecins qui ont marqué le Québec. Sans aucun doute, le docteur Perrier était l’un d’eux. Ces deux projets m’ont rempli de bonheur et, aujourd’hui, d’honneur. Voici donc sa courte biographie.

Alban Perrier, un gramme de naïveté, une tonne de travail

Il est né à Hemmingford en Montérégie le 10 janvier 1942. Son père était vétérinaire et le jeune Alban avait perçu chez lui une forme de regret de n'avoir pu faire médecine. À l'âge de 10 ans, gros changement. Toute la famille Perrier vient s'installer à Montréal, le père ayant obtenu un poste de contrôleur des viandes à la compagnie Canada Packers. Alban s'adapte à sa nouvelle vie et les ruelles du quartier Rosemont deviennent pour lui le lieu de rencontre avec les amis. Cette facilité d'adaptation n'est pas nécessairement bien perçue par son père qui ne voit pas d'un bon œil les activités urbaines de son fils. Il décide donc de l'envoyer étudier au Séminaire de Saint-Jean.

Alban Perrier y fera tout son cours classique comme pensionnaire. Le cours classique était dispensé par des religieux. Il durait 8 années à la fin desquelles l’étudiant se voyait décerner un baccalauréat es art de l'Université de Montréal. Les pensionnaires entraient en classe en début septembre et à part quelques jours de sorties à l'Action de Grâce, à Noël et à Pâques, ils résidaient en permanence au séminaire. Alban Perrier s'y trouvait heureux comme un poisson dans l'eau. Tant les jeux dans les ruelles de Rosemont que son cours classique lui avaient donné le goût de la collégialité. Alban aimait la vie en groupe.

Il admet lui-même que ses notes au cours classiques n'auraient pas normalement été suffisantes pour être admis en médecine. Sa moyenne se situait dans les 70% tandis qu'il aurait fallu 90% et plus. Mais deux facteurs l'auront aidé à son admission. D'abord la rencontre avec le docteur Jean Frappier, alors responsable des admissions en médecine à l'Université de Montréal, avait été des plus positives. Puis à l'époque des cours classiques, l'Université de Montréal réservait des places pour chacun des collèges classiques sous sa responsabilité. En 1963, Alban fut le seul élève du Séminaire de Saint-Jean à demander une admission en médecine.

Certaines personnes sont dotées d'une mémoire extrêmement performante, celle du docteur Perrier exigeait plus d'efforts. Pour réussir à la faculté, il devait étudier jusque tard la nuit et se lever très tôt. Mais son organisme réagissait si bien à cet horaire qu'il en était presque venu à penser que le sommeil n'était pas un besoin mais une invention de l'homme. 

Alban Perrier termine ses études de médecine à l'Université de Montréal en 1968.  La chirurgie l'avait bien attiré un peu, mais après coup, il décida qu'il ne pourrait pas entrevoir une carrière, prisonnier d'une salle de chirurgie. Il opta donc pour la pratique générale.

En résumé, trois facteurs ont contribué à former le jeune docteur Perrier: un système d'éducation qui encourageait la collégialité, une capacité de travail hors du commun et un brin de naïveté qui lui a permis de demander son admission en médecine alors que son dossier académique n'était pas des plus forts.

En 1968, la pratique médicale est en pleine mutation. D'un système entièrement privé où les patients devaient payer pour tous les soins reçus et pour leur hospitalisation, l'assurance hospitalisation en 1961 et l'assurance maladie, le premier janvier 1970 allaient garantir un accès public et gratuit à tous. Pour les médecins de l'époque qui avaient développé une pratique très individualisée, le changement allait s'avérer déterminant. Pour le tout jeune docteur Perrier qui avait appris à jouer en groupe dans les ruelles de Rosemont et à travailler en groupe au cours classique, la collégialité allait de soi. C'était ainsi que les choses devaient se faire. Les CLSC n'étaient alors pas nés et déjà notre jeune docteur se prend du désir d'en ouvrir un, mais pas un CLSC public comme on les connaîtra quelques années plus tard (1974), mais un CLSC privé.  Encore ici sa naïveté l'aidera ainsi que sa capacité de travail. Il réussit d'abord à convaincre un collègue de la faisabilité d'un tel projet. Puis, ils consacrent deux dimanches à se promener de porte en porte à Laval pour demander aux gens si la venue de médecins dans leur quartier leur paraissait une chose souhaitable. Ce sondage maison assez loin des rigueurs usuelles les a suffisamment convaincus pour que chacun décide d'investir tout ce qu'il pouvait emprunter de leur banque, de leurs parentés et de leurs amis pour ouvrir en 1968 la première version de ce qui est devenu la Polyclinique Médicale Concorde à Laval. Durant les quatre années suivantes, une quinzaine de médecins se joindront au docteur Perrier. En 1972, les lieux sont devenus exigus. Le docteur Perrier décide alors de faire construire la Polyclinique Concorde à l'endroit où elle se trouve encore de nos jours. La polyclinique connaîtra trois agrandissements majeurs : l’un en 1976, l’autre en 1986 et un dernier en 2006.

Le docteur Alban Perrier avait réussi à concrétiser l'œuvre de sa vie: une polyclinique qui reçoit aujourd'hui plus de 7 000 patients par semaine. Sous sa gouverne la polyclinique Concorde fut la première à s'informatiser (dès 1981) et aussi la première clinique privée à s'équiper d'un CTSCAN en 1987.

Mais bien plus que du béton et les chiffres, c'est la philosophie même du Dr Perrier qui a réussi, malgré vents et marées, à s'implanter. Le docteur Perrier a su illustrer de façon concrète le rôle que doit jouer un omnipraticien dans notre système de santé. De ce rôle, il privilégiera deux grands aspects. Le premier et le plus important est la disponibilité envers le patient et les obligations du médecin vis-à-vis ce même patient. Pour lui, l'omnipraticien devrait représenter la porte d'entrée principale dans le système de santé. Et ce contact, Alban Perrier en a fait sa marque de commerce. Jusqu’à sa retraite, il appelait lui-même ses patients pour leur faire part des résultats bons ou mauvais de leurs divers tests de santé. L'autre aspect du rôle de l'omnipraticien est celui d'un rassembleur au sein du système de santé. À titre d'exemple, à sa polyclinique œuvre une équipe d'omnipraticiens à laquelle divers spécialistes viennent se greffer pour compléter le travail. Pour Alban Perrier, un médecin ne peut travailler seul. S'il veut pouvoir se mettre à jour et améliorer constamment sa pratique et sa disponibilité, il doit obligatoirement travailler en groupe. En somme, pour Alban Perrier, l'omnipraticien doit toujours demeurer très proche du patient et jouer le rôle de chef d'équipe au sein d'un groupe multidisciplinaire.

Très tôt dans sa carrière, il voudra faire la promotion de ce rôle du médecin dans le système de santé. C'est ainsi que dès 1976, on le retrouvera impliqué dans l'AMOM (Association des médecins omnipraticiens de Montréal). Encore ce soupçon de naïveté associé à cet ardent désir de faire bouger les choses le porteront même à poser sa candidature en 1979 à la présidence de la FMOQ afin de provoquer un changement de perception et amélioration des conditions de travail des omnipraticiens. Il perdit ses élections (son but était surtout de sensibiliser) mais il faut avouer que l'adversaire était de taille car il ne s’agissait de nul autre que le docteur Gérard Hamel qui d'ailleurs occupa ce poste de 1965 à 1981.

En plus de ces occupations professionnelles à titre de médecin, de fondateur et président de la Polyclinique Médicale Concorde de Laval et de ces activités syndicales, on le retrouvera comme membre (et parfois président) de divers CMDP (Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens) à l'hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, à l'hôpital Fleury et à la Cité de la santé. D'ailleurs, à ce dernier hôpital, il occupera le poste de DSP (directeur des services professionnels) pendant une douzaine d'années (1989-2001). Lorsque la Cité de la santé se retrouvait dans l'eau bouillante, son DSP montait lui-même aux barricades et rencontraient personnellement les médias. Il faut dire qu'il avait acquis une bonne formation médiatique car il avait travaillé près de sept ans (1972-1979) à l'émission hebdomadaire « Pour vous mesdames » animée d'abord par Huguette Proulx puis Nicole Germain à Télé-Métropole (aujourd'hui TVA).  On l'a aussi retrouvé en 2008-2009 comme Directeur de la planification à la direction générale du CHUM 2010.

Le docteur Alban Perrier a touché à tout en ce qui concerne la médecine, des accouchements aux salles d'urgence. Homme d'action, il l'a certes été. Il a toujours défendu une proposition de refonte de l’organisation du système de santé québécois. Pour le Dr Perrier, il est plus que temps de dépolitiser la santé. Sa gouvernance plutôt que d'être confiée à l'État, comme c'est actuellement le cas, devrait être transférée à une société d'état, sur le modèle d'Hydro-Québec par exemple. Ainsi libéré des impératifs politiques, cette société d'état pourrait gérer le système de santé à long terme en collaboration avec les partenaires publiques et privés et l’opportunité d’investir dans les secteurs produisant des actifs susceptibles de bonifier des revenus permettant un financement positif des soins de santé tels la pharmaceutique, la technologie, l’information…

Pour tout le dévouement dont vous avez fait preuve envers vos patients et pour votre unique contribution à améliorer notre système de santé, de ma part et maintenant de la part de l’Assemblée nationale : un énorme merci Dr Perrier.

MSSQ : Penser en dehors de la boîte

Si vous demandez à un laitier si le lait est bon pour la santé, les chances qu’il vous réponde oui sont grandes. Et si vous le lui reposez la même question dans six mois ou dans deux ans, vous obtiendrez la même réponse. Cela tombe sous le sens.

Pourtant, lorsque le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec désire faire des changements majeurs, une révolution selon ses propres prétentions, il continue de poser les mêmes questions aux mêmes personnes. Bien sûr, chaque ministre est bardé d’une cohorte de hauts fonctionnaires des plus compétents. Mais ceux-ci ne peuvent malheureusement pas répondre différemment (comprendre : proposer des solutions différentes) que ce soit à l’actuel ministre de la Santé ou au précédent, ou à l’autre avant, etc…

Ces hauts fonctionnaires, aussi compétents soient-ils, ne peuvent que répondre d’un ministre à l’autre qu’avec des propositions de changements structuraux. Ils proposeront d’ajouter des échelons ou plus rarement d’en supprimer, d’ajouter des systèmes de contrôle ou plus rarement d’en supprimer. C’est ainsi qu’on en est venu à exiger qu’une infirmière ait à remplir un formulaire d’une vingtaine de pages après avoir vu un patient ou encore qu’un médecin doive compléter des réquisitions et aussi des rapports cliniques aussi complexes que fastidieux. Et la réponse des fonctionnaires à ces réalités bureaucratiques est de fournir des assistants aux infirmières pour les soulager de ces tâches administratives. Une bien belle idée : ajouter des bureaucrates à un système déjà écrasé sous sa propre bureaucratie.

Quant aux changements de vocables, c’est ainsi que nous sommes passés des régies régionales de santé, aux agences de santé et, maintenant, aux CISSS et aux CIUSSS.

En réalité, il semble bien qu’ici aussi les mêmes questions aux mêmes personnes amènent fatalement les mêmes réponses : ajouter des paliers bureaucratiques et modifier les nomenclatures. Cela peut s’observer tant dans les dédales de l’organigramme du ministère que dans les présentations de leurs services des communications. Ainsi à un ministre ou à un premier ministre qui n’en peuvent plus d’entendre parler des problèmes du système de santé qui reviennent jour après jour dans les médias et de se faire poser des questions sur ces problèmes, la réponse des hauts fonctionnaires spécialisés en communication : non pas régler ces problèmes, mais changer leurs noms : désormais, nous ne parlerons plus de problèmes en santé, mais plutôt d’enjeux. Comme ce mot est moins alarmant que son prédécesseur, les médias en parleront moins longtemps et le ministre sera content.

La solution qui s’impose : poser les questions à d’autres.

Si nous ne pouvons pas changer les questions, au moins pourrions-nous les poser à d’autres personnes. Quelles sont celles-ci ? Encore ici, le lexique bureaucratique a longtemps tenté de mêler les cartes. Au début, ces personnes s’appelaient des « malades » qui étaient d’ailleurs traités en première ligne par des « garde-malades ». À l’époque, même les urgences des hôpitaux étaient dirigées et opérées par des garde-malades qui traitaient les patients et qui n’appelaient les médecins que si le cas le nécessitait vraiment. Mais le terme « malade » tomba en désuétude, celui-ci devint le patient dont l’étymologie vient du grec antique pathos qui signifie : souffrant. Après quelques décennies, le nom changea encore : il devint l’usager, puis le bénéficiaire. Après tant d’appellation, le malade, patient, usager ou bénéficiaire devint pratiquement anonyme. Un peu comme les marques de commerce sans nom, il perdit toute importance. Il passa littéralement à l’oubli.

Le patient, cet inconnu

Récemment notre ministre de la Santé, accompagné de notre premier ministre et de la Présidente du Conseil du trésor ont annoncé la création d’un projet de loi mammouth, une véritable révolution dans notre système de santé, ont-ils ajouté. Est-ce que dans cette révolution, on a pensé à adresser nos questions à d’autres personnes ? Malheureusement, il semble bien que non. Dans le but de m’en assurer, j’ai posé ces deux questions à 39 organismes et associations voués à différents groupes de patients.

  1. Avez-vous reçu un appel du bureau du ministre pour vous inviter à prendre part à la création du projet de loi mammouth en santé ?

Rép. :

2)      Avez-vous été informé de quelque source que ce soit de cette décision ?

Rép. :

En réalité, aucun des 39 organismes consultés n’a répondu oui à l’une ou l’autre de ces questions. Un seul m’a répondu qu’il était déjà arrivé dans le passé que le ministère demande leur opinion et qu’il s’attendait peut-être à recevoir une demande en ce sens pour le projet de loi mammouth. Par contre, une dizaine ont même pris le temps d’ajouter dans leurs commentaires qu’ils n’étaient pas surpris de ne pas avoir été consultés, puisqu’ils ne l’avaient jamais été lors des réformes précédentes.

Alors, il appert que ce patient, celui-là même que l’on a voulu mettre au cœur du système il y a plus de 30 ans, ne fasse pas parti de notre système de santé. Démocratiser le système de santé devrait donc effectivement et essentiellement faire partie de cette révolution et même à la mise en place de celle-ci. Il ne faut pas attendre de présenter le projet de loi mammouth aux patients, il faut plutôt inviter les patients et leurs associations à participer à l’élaboration de ce projet.

Lorsque l’on parle de dépolitisation, on devrait regarder des systèmes tels Hydro-Québec, la Société de l’assurance-automobile du Québec, la Société des alcools et voir dans ces fleurons québécois et dans les autres sociétés d’état des modèles qui devraient inspirer le MSSSQ.

Finalement, une vaste décentralisation du système s’impose tant pour que les bonnes solutions viennent des bonnes personnes aux bons endroits que pour améliorer l’implication du personnel des régions dans la refonte de leur ministère.

Donc, si vous me demandez quelles sont les solutions, je vous donnerai les mêmes réponses : démocratiser, décentraliser et dépolitiser. Quel gouvernement osera le faire ? Souhaitons que ce soit celui, le seul à ce jour, qui a parlé de révolutionner les soins de santé. Ce à quoi, j’ajoute bien humblement : c’est possible…

Alors, je vous le demande, mesdames et messieurs les dirigeants, si vous voulez changer le système, ne demandez pas à vos gens à l’intérieur de vos boîtes comment le faire, demandez-le à celles et eux qui sont à l’extérieur, les patientes et les patients, vous aurez enfin des réponses différentes.

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