Le mot de l'éditeur

7. nov., 2021

Face à toute menace, il existe trois stratégies historiques : se défendre, attaquer ou fuir. Dans tous les cas, les humains ont développé, tout au long de leur histoire bien des moyens pour ainsi pouvoir survivre. Et ce, tant du niveau macroscopique (la société) que du niveau microscopique.

Se défendre en macroscopie

Quelques exemples suffiront afin de bien faire comprendre notre propos. Ainsi l’humain a développé des habitations de plus en plus solides, puis des villes et puis des villes fortifiées. Ainsi, les intrus qui voulaient entrer étaient repoussés à l’extérieur de la maison, de la ville ou, même aujourd’hui des pays grâce à des frontières bien surveillées. Même les vêtements pouvaient servir de protection ou d’identification. Ainsi, l’uniforme militaire permettait aux soldats de distinguer d’un coup d’œil ceux de son armée de ceux de l’armée adverse.

Se défendre en microscopie

Le corps humain rencontre aussi très souvent des microorganismes (on les appelait les microbes) qui veulent l’envahir. Ils sont de plusieurs ordres : bactéries (exemple facile : la bactérie causant la coqueluche), des virus (exemple, virus de la Covid) ou autres microorganismes. Pour se défendre contre ces ennemis microscopiques, l’évolution du corps humain lui a permis d’élaborer un système de défense : c’est le système immunitaire. Ce système permet à l’organisme de pouvoir différencier ce qui est le SOI (ce qui lui appartient) du NON SOI, organismes venant de l’extérieur qui pourrait s’avérer nuisible. Pour se faire, lorsqu’un tel organisme hostile pénètre à l’intérieur du corps, le système immunitaire se met en œuvre et tentera de limiter le plus possible les dégâts. De plus, il prendra une « photo » de cet intrus afin de le reconnaître encore plus rapidement lorsqu’il tentera de revenir. C’est là le but de la vaccination, fournir au système immunitaire l’occasion de prendre des photos des micro-organismes dangereux ou d’un des éléments qui le caractérise pour que l’organisme humain les identifie plus rapidement. C’est un peu comme si l’on fournissait à un général d’armée la photo d’un costume militaire de l’adversaire. Chaque fois qu’un soldat rencontrerait un adversaire vêtu de cet uniforme, il pourrait alors l’éliminer.

Les limites de la défense

Notre système immunitaire est hautement efficace, Dans le corps humain, il vit des milliards de microorganismes, tous utiles. Lorsqu’il arrive un micro-organisme nuisible, le système immunitaire doit donc être en mesure de l’identifier et de l’éliminer avant qu’il ne cause trop de dégâts. Ses moyens sont la douleur, l’inflammation et la fièvre. La douleur est le système d’alarme qui indique au cerveau quel est l’endroit menacé, l’inflammation permet aux endroits attaqués d’alerter et de faire venir sur place les autres membres du système immunitaire. Ces autres membres sont les leucocytes, les lymphocytes et autres cellules spécialisés dans l’attaque et l’élimination des micro-organismes dangereux. Finalement la fièvre qui, en élevant la température corporelle rend le milieu moins accueillant, sinon carrément délétère aux micro-organismes.

Mais tout comme les autres ennemis, les virus, bactéries et autres micro-organismes développent constamment de nouveaux moyens afin de pouvoir déjouer la vigilance du système immunitaire. Un des moyens le plus efficace est la mutation. Par exemple, chacun des milliards de virus qui infecte un être humain qui a la COVID s’y multipliera des milliards de fois. Chaque fois, des changements peuvent se produire dans ces multiplications. Par exemple, une des protéines constituantes du virus père pourrait se retrouver ailleurs ou absente chez le virus fils produit. Cette protéine ne faisant donc plus partie du « portrait » que le système immunitaire reconnaissait, le virus fils qu’on appelle maintenant un variant risque donc de ne pas être reconnu ou d’être reconnu plus tardivement que ses prédécesseurs. Il pourra ainsi contourner le vaccin et continuer à infecter son hôte et les futurs humains que lui ou ses descendants variants rencontreront.

Passer à l’attaque

La défense ne conservant pas toujours son efficacité maximale, il faut une autre stratégie : c’est l’attaque. Pour ce qui est des bactéries, les antibiotiques sont une arme très efficace. En gros, les antibiotiques pourront détruire les bactéries en brisant littéralement leurs parois ou encore neutralisant leurs capacités à se reproduire ou même en intervenant dans une des fonctions vitales des bactéries. Mais, ils n’ont aucun effet sur les virus. Les médicaments virucides sont plus difficiles à élaborer.  Heureusement, en ce qui concerne la COVID, un tel médicament vient de faire son apparition. Nous avons donc maintenant une formule gagnante.

La formule gagnante

Elle comprend les deux stratégies : 1) une solide défense grâce à des vaccins mis à jour si nécessaires comme c’est le cas du vaccin contre l’influenza qui est mis à jour chaque année et 2) un médicament capable d’éliminer le virus lorsque celui-ci réussit à échapper à la vigilance du système immunitaire.

La formule perdante :   la fuite

Dans un monde densément peuplé et où les échanges internationaux sont une nécessité, la fuite est inutile. Sans vaccin et sans médicament (sans la défense et sans l’attaque) la Covid continuera à se trouver des foyers d’infection et s’y multipliera pour revenir chaque fois en vagues successives et pourra nous causer bien d’autres mauvaises surprises surtout à celles et ceux qui ne croient ni en la défense, ni en l’attaque.

7. nov., 2021

Si vous demandez à un laitier si le lait est bon pour la santé, les chances qu’il vous réponde oui sont grandes. Et si vous le lui reposez la même question dans six mois ou dans deux ans, vous obtiendrez la même réponse. Cela tombe sous le sens.

Pourtant, lorsque le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec désire faire des changements majeurs, une révolution selon ses propres prétentions, il continue de poser les mêmes questions aux mêmes personnes. Bien sûr, chaque ministre est bardé d’une cohorte de hauts fonctionnaires des plus compétents. Mais ceux-ci ne peuvent malheureusement pas répondre différemment (comprendre : proposer des solutions différentes) que ce soit à l’actuel ministre de la Santé ou au précédent, ou à l’autre avant, etc…

Ces hauts fonctionnaires, aussi compétents soient-ils, ne peuvent que répondre d’un ministre à l’autre qu’avec des propositions de changements structuraux. Ils proposeront d’ajouter des échelons ou plus rarement d’en supprimer, d’ajouter des systèmes de contrôle ou plus rarement d’en supprimer. C’est ainsi qu’on en est venu à exiger qu’une infirmière ait à remplir un formulaire d’une vingtaine de pages après avoir vu un patient ou encore qu’un médecin doive compléter des réquisitions et aussi des rapports cliniques aussi complexes que fastidieux. Et la réponse des fonctionnaires à ces réalités bureaucratiques est de fournir des assistants aux infirmières pour les soulager de ces tâches administratives. Une bien belle idée : ajouter des bureaucrates à un système déjà écrasé sous sa propre bureaucratie.

Quant aux changements de vocables, c’est ainsi que nous sommes passés des régies régionales de santé, aux agences de santé et, maintenant, aux CISSS et aux CIUSSS.

En réalité, il semble bien qu’ici aussi les mêmes questions aux mêmes personnes amènent fatalement les mêmes réponses : ajouter des paliers bureaucratiques et modifier les nomenclatures. Cela peut s’observer tant dans les dédales de l’organigramme du ministère que dans les présentations de leurs services des communications. Ainsi à un ministre ou à un premier ministre qui n’en peuvent plus d’entendre parler des problèmes du système de santé qui reviennent jour après jour dans les médias et de se faire poser des questions sur ces problèmes, la réponse des hauts fonctionnaires spécialisés en communication : non pas régler ces problèmes, mais changer leurs noms : désormais, nous ne parlerons plus de problèmes en santé, mais plutôt d’enjeux. Comme ce mot est moins alarmant que son prédécesseur, les médias en parleront moins longtemps et le ministre sera content.

La solution qui s’impose : poser les questions à d’autres.

Si nous ne pouvons pas changer les questions, au moins pourrions-nous les poser à d’autres personnes. Quelles sont celles-ci ? Encore ici, le lexique bureaucratique a longtemps tenté de mêler les cartes. Au début, ces personnes s’appelaient des « malades » qui étaient d’ailleurs traités en première ligne par des « garde-malades ». À l’époque, même les urgences des hôpitaux étaient dirigées et opérées par des garde-malades qui traitaient les patients et qui n’appelaient les médecins que si le cas le nécessitait vraiment. Mais le terme « malade » tomba en désuétude, celui-ci devint le patient dont l’étymologie vient du grec antique pathos qui signifie : souffrant. Après quelques décennies, le nom changea encore : il devint l’usager, puis le bénéficiaire. Après tant d’appellation, le malade, patient, usager ou bénéficiaire devint pratiquement anonyme. Un peu comme les marques de commerce sans nom, il perdit toute importance. Il passa littéralement à l’oubli.

Le patient, cet inconnu

Récemment notre ministre de la Santé, accompagné de notre premier ministre et de la Présidente du Conseil du trésor ont annoncé la création d’un projet de loi mammouth, une véritable révolution dans notre système de santé, ont-ils ajouté. Est-ce que dans cette révolution, on a pensé à adresser nos questions à d’autres personnes ? Malheureusement, il semble bien que non. Dans le but de m’en assurer, j’ai posé ces deux questions à 39 organismes et associations voués à différents groupes de patients.

  1. Avez-vous reçu un appel du bureau du ministre pour vous inviter à prendre part à la création du projet de loi mammouth en santé ?

Rép. :

2)      Avez-vous été informé de quelque source que ce soit de cette décision ?

Rép. :

En réalité, aucun des 39 organismes consultés n’a répondu oui à l’une ou l’autre de ces questions. Un seul m’a répondu qu’il était déjà arrivé dans le passé que le ministère demande leur opinion et qu’il s’attendait peut-être à recevoir une demande en ce sens pour le projet de loi mammouth. Par contre, une dizaine ont même pris le temps d’ajouter dans leurs commentaires qu’ils n’étaient pas surpris de ne pas avoir été consultés, puisqu’ils ne l’avaient jamais été lors des réformes précédentes.

Alors, il appert que ce patient, celui-là même que l’on a voulu mettre au cœur du système il y a plus de 30 ans, ne fasse pas parti de notre système de santé. Démocratiser le système de santé devrait donc effectivement et essentiellement faire partie de cette révolution et même à la mise en place de celle-ci. Il ne faut pas attendre de présenter le projet de loi mammouth aux patients, il faut plutôt inviter les patients et leurs associations à participer à l’élaboration de ce projet.

Lorsque l’on parle de dépolitisation, on devrait regarder des systèmes tels Hydro-Québec, la Société de l’assurance-automobile du Québec, la Société des alcools et voir dans ces fleurons québécois et dans les autres sociétés d’état des modèles qui devraient inspirer le MSSSQ.

Finalement, une vaste décentralisation du système s’impose tant pour que les bonnes solutions viennent des bonnes personnes aux bons endroits que pour améliorer l’implication du personnel des régions dans la refonte de leur ministère.

Donc, si vous me demandez quelles sont les solutions, je vous donnerai les mêmes réponses : démocratiser, décentraliser et dépolitiser. Quel gouvernement osera le faire ? Souhaitons que ce soit celui, le seul à ce jour, qui a parlé de révolutionner les soins de santé. Ce à quoi, j’ajoute bien humblement : c’est possible…

Alors, je vous le demande, mesdames et messieurs les dirigeants, si vous voulez changer le système, ne demandez pas à vos gens à l’intérieur de vos boîtes comment le faire, demandez-le à celles et eux qui sont à l’extérieur, les patientes et les patients, vous aurez enfin des réponses différentes.

23. oct., 2021

Quelle était la profession médicale autrefois, qu’est-elle aujourd’hui et que deviendra-t-elle? Et finalement qu’est-ce que cette histoire nous apprend du patient ? Voilà les questions auxquelles je tenterai de répondre.

Qui était le médecin ?

Prenons l’exemple d’un médecin dans les années 1950. La médecine était alors entièrement privée, c’est-à-dire que tous ceux qui voulaient consulter un médecin devaient le payer. Le médecin d’alors, s’il voulait monter et surtout conserver une clientèle suffisamment importante pour lui permettre de payer ses frais de bureaux, de secrétariat et de transport tout en assumant un revenu pour faire vivre sa famille, ne pouvait pas ouvrir son bureau à 8h30 et le fermer à 16.30. Je me souviens, à la fin des années 1960, si j’avais besoin de voir le pédiatre pour mon enfant, celui-ci faisait des consultations à son bureau le soir et les samedis matin pour accommoder les parents qui travaillaient. Le médecin de famille quant à lui était au service de ses patients 24 heures par jour, 365 jours par année. Il n’était pas rare qu’il fût appelé en pleine nuit pour un accouchement ou encore pour se rendre aux chevets d’un de ses patients mourants. Ces services comportaient certes des obligations mais aussi et surtout une gratification et une qualité de relations entre le médecin et son patient, deux phénomènes qui ont fondu lentement mais surement avec l’arrivée de l’assurance maladie.

Qui est le médecin aujourd’hui ?

La première réponse qui me vient à l’esprit est que le médecin est devenu un genre d’hybride entre le professionnel autonome qu’il était et un fonctionnaire. Car l’exercice de sa profession a changé énormément. D’une profession libérale où l’autonomie et le rendement étaient deux qualités essentielles à sa survie, la médecine devient de plus en plus un fonctionnariat déshumanisant au service d’un ministère centralisateur pour qui le rendement n’est assujetti qu’aux coûts qu’il engendre. Ce médecin qui devient de plus en plus un fonctionnaire de l’état voit son autonomie constamment diminuée avec un liberté d’exercice qui s’est réduite comme une peau de chagrin.

Dans ce système de plus en plus labyrinthique à force de règlements, de structures et de loi, le médecin, tout comme le patient, en sont réduits l’un à dispenser des soins à une cohorte d’individus qu’il ne connait pas et les autres à chercher une cohorte à laquelle se joindre lorsqu’ils ont besoin de ces soins. Tant le médecin que le patient ne sont devenus que des numéros aux yeux d’un ministère qui tente avec de moins en moins de succès de maintenir à flots un bateau de plus en plus lourd.

Qui sera le patient de demain ?

Le patient ne pourra continuer longtemps à n’être que le spectateur impuissant d’un système aussi vorace en termes de coûts qu’inefficace au niveau du rendement. Il faudra qu’il s’impose aux décideurs non seulement avec un rôle d’observateur ou même à titre consultatif. Les patients devront être en mesure de faire parvenir leurs exigences et leurs plaintes directement au Ministre concerné et ce dernier devra avoir l’obligation d’obtenir l’accord des patients avant d’effectuer des réformes qui touchent le système de santé et ce même avec une loi mammouth.

Ainsi non seulement le patient devrait-il établir un partenariat avec son médecin mais aussi un partenariat avec son ministère. Mais cela implique au moins deux changements majeurs. Du côté du ministère, il s’agira d’un changement de cap radical puisqu’il lui faudra accepter de décentraliser au maximum un système qu’il a, au contraire, ultra-centralisé. Pour ce qui est du patient, il lui faudra apprendre à faire valoir ses opinions, à contester et à suggérer des solutions à ce système qui ne lui offre pas les services pour lesquels ils paient le prix fort.

Bien humblement, c’est l’objectif du Journal le patient du Québec de nous offrir une plateforme pour contester, pour faire part de nos doléances et pour suggérer des solutions.

S.V.P. utilisez-le :

patient@journallepatientduquebec.com.

Et si vous le faites en grand nombre, alors seulement pourrons-nous espérer un retour à une médecine plus humaine.

Nous attendons et espérons vos commentaires !

16. oct., 2021

« Tenter du mieux que nous pouvons de régler des crises n’est plus une option acceptable en santé, Cette gestion par cataplasme ne fait que complexifier un système déjà trop lourd. »

Telles sont les deux premières lignes de la page de dos du livre que j’ai signé en 2012 avec les collaborations des docteurs Alban Perrier et Robert Ouellet. Le livre s’intitule : Révolutionner les soins de santé, c’est possible.  Près de 10 ans plus tard, il semble qu’enfin, le ministre de la Santé actuel en soit conscient. Et il propose, rien de moins, que le dépôt d’un projet de loi MAMMOUTH pour en venir à bout durant la prochaine année. Le terme employé montre bien que notre ministre est pleinement conscient de la lourdeur de la tâche.

Un peu plus loin, toujours sur cette page de dos, nous pouvons lire :

« Pour y arriver, Jacques Beaulieu propose quatre actions essentielles : placer le patient à la tête du système de santé en le faisant participer à toutes les décisions; dépolitiser les soins de santé en créant un organisme parapublic : « Santé-Québec »; régionaliser les soins de santé et décentraliser les budgets; innover en matière de relations interpersonnelles en créant um climat où la coopération primera sur le corporatisme et la pseudo-négociation. »

Déjà, notre ministre a abordé cette idée d’innover en matière de relations interpersonnelles afin de ramener les infirmières dans le réseau public de la santé et de motiver celles qui y sont présentement.

En route vers le succès

Être conscient de l’ampleur des problèmes et désirer améliorer les conditions de travail de nos infirmières, nos infirmiers et toutes celles et ceux qui travaillent en milieu hospitalier sont certes deux conditions essentielles pour obtenir les résultats espérés. C’est un excellent départ. Merci Monsieur le ministre. Mais il faudra au moins une autre condition sine qua non si l’on désire couronner de succès ce projet de loi Mammouth. Et celle-ci se nomme : la participation du public. Celui-ci doit être invité à siéger et à avoir son mot à dire à toutes les étapes de ce projet : lors de sa préparation, de sa conception, de ses négociations et de son adoption.

L’exemple du passé

En 1990, il y a donc plus de trente ans, le ministre de la Santé d’alors, Marc-Yvan Côté, avait lancé cette phrase qui devint tristement célèbre : « Désormais, le patient, le malade, sera au cœur du système ». La phrase marqua l’histoire, mais ne se concrétisa jamais.

Il est à souhaiter ardemment que cette loi Mammouth ne suive pas le même chemin.

Pendant les semaines qui viendront, je vais contacter les divers organismes qui œuvrent à la protection et à la représentation des malades, des « usagers » comme on les nomme aujourd’hui, afin de savoir si l’une ou l’autre de ces associations ont reçu un appel du bureau du ministre pour les inviter à prendre part à la création de ce projet de loi.

Si tel est le cas et si les patients, les malades ou les usagers ainsi que tous les travailleurs de la santé ont droit de parole dans l’élaboration et la mise en application de cette loi Mammouth, alors, monsieur Dubé votre réforme aura le maximum de chance de réussir et elle passera à l’histoire.

Et, ce sera le plus beau cadeau de la CAQ.   

9. oct., 2021

Il a participé à la victoire de la vaccination contre deux fléaux de l’époque : la tuberculose et la poliomyélite.

Il est né à Pointe-Claire en banlieue sud-ouest de l’île de Montréal le 12 novembre 1901. Le mode le plus courant à l’époque pour entrer à l’université était, après le cours primaire, de faire, comme on disait, ses humanités. Il s’agissait d’une formation qui durait huit années appelée le cours classique. C’est ce que fit Henri Charbonneau au Collège Ste-Marie et au Collège de Montréal. Puis il eut son diplôme comme docteur en médecine de l’université de Montréal en 1927.

Le jeune docteur Charbonneau entreprit alors une formation postdoctorale à Londres, Paris, Strasbourg et Boston, ce qui était assez exceptionnel à l’époque. De retour à Montréal, il a l’honneur d’inaugurer un tout nouvel hôpital : l’hôpital Pasteur. Il y entre comme surintendant médical et y occupera les postes de médecin, directeur médical et professeur.

D’abord la tuberculose

Le nouvel hôpital est géré alors par les Sœurs Grises de Montréal et sa première vocation est d’y accueillir et traiter les tuberculeux. Il faut se rappeler que lorsque cet hôpital ouvre ses portes et que le docteur Charbonneau en assume la surintendance médicale, les antibiotiques n’ont pas encore fait leur apparition et que la tuberculose représentait un véritable fléau partout dans la province et surtout dans les grands centres urbains comme Montréal. La tâche était particulièrement lourde.

Et la poliomyélite

Puis en 1946, une épidémie de poliomyélite frappe Montréal. Durant la seule journée du 8 août de cette année, 76 cas de paralysie infantile sont dépistés. Les États-Unis avaient déploré pour leur part le décès d’au moins trois mille enfants depuis les débuts de l’épidémie. C’est dire qu’à Montréal, la panique était déjà bien présente. Il n’existe alors aucun remède efficace pour lutter contre ce virus.  Le seul moyen de lutter efficacement, le vaccin Salk arrivera seulement en 1955. Mais il ne faisait pas alors l’unanimité. Ce vaccin était fabriqué à partir du virus même de la poliomyélite, virus qu’on avait tué en le plongeant dans du formaldéhyde. Certains croyaient que le vaccin pouvait non pas prévenir la maladie mais la provoquer. Tant et si bien qu’à l’arrivée de l’épidémie de 1959, plus de 85% des enfants n’avaient pas été vaccinés. Dans une entrevue qu’il accorde à la télévision de Radio-Canada, le docteur Charbonneau affirme : « Vous savez comment sont les gens, ils ont l’impression que cela ne leur arrivera pas, que ça n’arrive qu’aux autres, un peu comme un accident d’automobile. »

Mais l’épidémie de 1959 allait changer radicalement la donne. À Montréal seulement, on dénombre 22 décès d’enfants. Au Québec, plus de mille cas étaient déjà recensés. Plusieurs se rappellent encore ces images d’enfants dans des poumons d’acier. L’hôpital Pasteur et le docteur Charbonneau traitent ces cas venus d’un peu partout au Québec. On se lance donc dans une vaste campagne de vaccination. Et cette fois, la population est au rendez-vous. De longues files d’attente, parfois faisant le tour complet d’un quadrilatère, témoignent de la peur de la poliomyélite et du changement des mentalités. Cette épidémie aura permis au Québec d’entrer dans l’ère moderne en termes de santé publique. Et la vaccination aura permis d’éradiquer ici entièrement la maladie. Dès le début des années 1960, il ne reste que quelques cas anecdotiques de poliomyélite sur le territoire québécois.  Pour ceux qui souhaiterait reprendre connaissance avec ce passé récent, nous leur recommandons les archives de Radio-Canada particulièrement à l’adresse suivante :  http://archives.radio-canada.ca/sante/maladies/clips/1784/

Le bon docteur

Je l’ai appelé le bon docteur, parce que tous ceux à qui j’en ai parlé me décrivaient sa grande bonté et son humilité. Ainsi le docteur Augustin Roy, ancien président du Collège des Médecins du Québec, me disait : « C’était un homme d’une grande bonté. J’ai eu l’occasion de l’avoir comme professeur alors que je me spécialisais en santé publique. Sa compétence était mondialement reconnue. »

Tout au long de sa carrière, il cumula de nombreux postes. Membre spécialiste du Collège Royal et du Collège des médecins en pédiatrie, Fellow de l’American Academy of pediatrics et membre correspondant de la Société de pédiatrie de Paris, il fut aussi président de la Société canadienne de pédiatrie, de l’Association des pédiatres du Québec. Il occupa aussi le poste de vice-doyen de la Faculté de médecine. Il fut professeur émérite aux universités de Montréal et McGill. Conférencier bien en demande, il a aussi à son actif de nombreuses publications scientifiques. Mais, dans l’âme, Henri Charbonneau est toujours demeuré ce pédiatre, dévoué aux enfants et à ses patients.

De Pasteur à Charbonneau

Quant à l’hôpital Pasteur, les deux grandes maladies qui en avaient été la première raison d’être, la tuberculose et la poliomyélite ayant, à toute fin pratique disparue, il dut changer de vocation et de nom. Il est devenu le Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) J.-Henri Charbonneau, faisant partie d’un CLSC portant aussi le nom d’un illustre médecin dont nous parlerons plus loin: la docteure Lucille Teasdale.

Le docteur Charbonneau était aussi, à l’image de son père, un grand amateur de voile. Le 18 août 1975, il naviguait à bord de son voilier qu’il avait baptisé le Capitaine Némo. Il mourut subitement le lendemain.

Cet article a été inspiré par un écrit d’un de ses fils, écrit que l’on peut retrouver au site suivant : http://www.voileevasion.qc.ca/henri_charbonneau.htm