Le mot de l'éditeur

19. sept., 2021

Cette question a été posée, chantée et même cinématographiée à de multiples reprises. Pourtant elle conserve encore toute sa pertinence, particulièrement en cette période d’une pandémie aux multiples déferlantes. Oui, le monde change, et à quoi ressemblera-t-il demain, cela nous l’ignorons. Pourtant ce ne sont pas les indices qui manquent. Deux exemples à nos portes : le climat et la santé.

Les changements climatiques.

Loin d’être un expert en climatologie, mes études universitaires en biologie au début des années 1970, m’avaient rapidement appris que nous ne pouvons vivre que qu’une quarantaine de jours sans nourriture, quelques jours à peine sans eau et moins de cinq petites minutes sans air. La pollution a déjà altéré la qualité de l’air, le réchauffement climatique jouera certainement un rôle sur la qualité et la quantité d’eau nécessaire à tous les humains. Quand aux aliments, la pandémie actuelle nous a fait constater à quel point nous étions interdépendants d’une nation à une autre en termes d’approvisionnements. Les grands jardins d’hier s’enflamment tant au sud, en Californie qu’à l’ouest. Nous serons donc tous appelés sur le plan biologique à trouver des solutions, même si celles-ci s’annoncent drastiques. Sinon, ce sera la survie de notre civilisation qui sera compromise.

Les changements en santé.

Alors qu’au début des années 1900, l’espérance de vie d’un être humain se situait à environ 50 années, aujourd’hui elle tourne autour de 87 ans. De plus, nous nous sommes dotés de mesures sociales qui rendent les services de santé plus accessibles à l’ensemble de notre population. Alors qu’avant la fin des années 1960, plusieurs ne pouvaient se permettre de consulter un médecin ou encore moins de se faire hospitaliser faute de moyens financiers, aujourd’hui avec l’assurance-maladie et l’assurance médicament, la pauvreté n’est plus le frein qu’elle avait été auparavant. Mais, tout comme pour la climatologie, nous avons l’impression d’être au bord du gouffre. Et, à bien des égards, nous le sommes. Pourtant, ce n’est pas par manque de connaissances. Un exemple : la vaccination. Jamais dans l’histoire de l’humanité n’avions pu mettre au point un vaccin en moins d’un an contre un virus responsable d’une pandémie. Les niveaux de connaissance ayant augmenté énormément, et un effort mondial sans ménagement ont permis cet exploit unique dans l’histoire. Encore ici deux facteurs : l’argent et l’idéologie. Bien des pays ne disposent pas des ressources financières pour vacciner leurs populations. Et dans les pays mieux nantis, ce sont des pseudos valeurs de liberté individuelle qui empêchent de rendre obligatoire une vaccination qui nous permettrait de nous protéger tous, individuellement et collectivement. Même nos grands syndicats, ces valeureux protecteurs des plus pauvres et desopprimés ne parviennent pas à se mettre d’accord pour imposer à leurs membres un passeport vaccinal.  Il faudrait que quelqu’un leur explique que la vaccination protège tous les vaccinés qu’ils soient patrons ou employés.

Le système de santé a, quant à lui, besoin d’un énorme changement. Le temps de poser un diachylon sur chaque bobo du système est terminé. Il faut procéder à des amputations qui seront certes douloureuses mais néanmoins nécessaires pour mettre fin à cette gangrène qui finira par tuer le système lui-même. Nous avons ici un nombre de fonctionnaires qui frôle les premiers rangs à l’échelle mondiale et qui, contre toute logique, ne cesse d’augmenter. Il faut que cela cesse. Au fil des ans, nous avons aussi hypercentralisé ce système. Viendra un jour où avant de poser un diachylon sur un bobo à Val d’or, il faudra la permission écrite du ministre de la Santé envoyée bien sûr par fax à l’hôpital local qui la fera parvenir à la secrétaire du médecin traitant qui, comble de malheur pour le patient, vient lui-même de faire parvenir au Ministre sa décision de prendre sa retraite. Et bien sûr, il n’y a pas de successeur à ce médecin. Aucun des centaines de milliers de fonctionnaires n’aurait pu s'imaginer qu’un médecin qui prenait du service dans les années 1960 serait arrivé à l’âge de la retraite aujourd’hui. Que voulez-vous, on ne peut pas tout prévoir. Trêve d’ironie, il n’empêche qu’il est terminé le temps des changements plastiques. Il faudra avoir l’audace de réinventer un système de santé qui tienne compte des besoins du patient. J’ai écrit deux livres à cet effet, l’un avec un médecin qui avait été pendant 25 ans président du Collège des médecins du Québec (Permettez-moi de vous dire, Augustin Roy, 2001) et l’autre avec deux illustres médecins, les docteurs Perrier et Ouellet (Révolutionner les soins de santé, c’est possible, Jacques Beaulieu, 2012). Et l’ombre de la minuscule trace de la première solution proposée : placer le patient à la tête de ce système en créant le Bureau des usagers, ne s’est même jamais rendu au stade d’être sérieusement envisagé. Alors imaginez les deux autres solutions : dépolitiser la santé et décentraliser le système.

Quant à l’accès aux nouveaux médicaments, la pandémie actuelle aura révélé ce à quoi on est confronté lorsque les médicaments ne sont pas découverts et fabriquer ici. L’accès aux vaccins qui a été si chaotique au départ a, heureusement, pu se rétablir au fil des mois qui ont suivi. Mais à quel prix ? Cela, nous ne le savons pas, les ententes entre les gouvernements et les compagnies pharmaceutiques étant confidentielles. C’est bien utile pour l’un et pour l’autre, surtout lorsque le gouvernement est en processus électoral à Ottawa et le sera l’an prochain au Québec. Pourtant, encore ici, a-t-on entendu parler de ces fameuses ententes à être négociées entre le CEPMB (Conseil d’évaluation des prix des médicaments brevetés) ? Les patients et particulièrement les personnes âgées ont-elles invitées à cette table de négociations ? Pourtant ce sont ces personnes qui ont le plus besoin d’un accès rapide aux nouveaux médicaments.

Pour être heureux

Effectivement, il faudra un coup de barre radical pour pouvoir espérer que notre génération et surtout celles du futur aient accès au bonheur. Cela risquera certes de créer un chaos. Mais, le chaos est un terreau fertile, favorable aux changements. Ce sera là l’une des grandes leçons de cette pandémie.

11. sept., 2021

Nous aurions voulu en faire une nouvelle discipline olympique, mais nous sommes arrivés en retard. C’est dommage car nous y aurions certainement remporté l’or, Et l’une des raisons de ce succès raté est notre très longue expérience en la matière. Celles et ceux qui penseront que les propos contenus dans cet article s’appliquent à notre actuel gouvernement sont dans l’erreur. Cette discipline jouit ici d’une longue, trop longue, expérience et c’est probablement pourquoi   nous y excellons. La question se pose : sommes-nous devenus les champions de la procrastination ?

Une définition qui en dit long

Si l’on se fie à Wikipédia : « La procrastination (du latin pro « en avant » et crastinus « du lendemain ») est une tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions (qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non). Le « retardataire chronique », appelé procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. » ( Procrastination — Wikipédia (wikipedia.org) )

La procrastination, en mode du Québec

Sans se résoudre à réécrire l’histoire de notre belle province, il semble que cette engeance fit son apparition vers le début des années 1970. Bien sûr, les années 1960 avaient vu naître la   révolution tranquille avec le fameux Maître chez nous. Puis arriva en 1970, avec le Parti Québécois, la notion d’étapisme. Les choses importantes, telles l’indépendance du Québec, la raison d’être de ce nouveau parti alors, ne pouvaient plus se faire que par étapes. Et d’une étape à l’autre, d’un référendum à un autre, ce grand rêve d’une nation s’étiola au point de perdre tout intérêt. En somme, l’étapisme se résume à quatre grandes périodes : 1) un problème se pose, 2) une solution est proposée, 3) un plan d’action est promis et 4) on laisse le temps passer.

Quelques exemples concrets

En 2016, l’État québécois comptait un peu moins de 50 000 fonctionnaires, Aujourd’hui, il en compte plus de 55 000 et ce malgré la volonté du présent gouvernement de réduire le nombre de ses employés.  L’étape 1) identification du problème : trop de fonctionnaires a eu lieu, l’étape 2) la solution a été proposée : réduire par attrition 5 000 postes dans la fonction publique. Puis le temps a passé et une pandémie est arrivée. Bien sûr, on ne parla plus du problème d’obésité de notre fonction publique. Un autre exemple : l’accès à un médecin de famille au Québec. Avec toutes les annonces faites par tous les gouvernements depuis la création même de l’assurance-maladie, on pourrait croire qu’il s’agisse là d’un problème du passé, Malheureusement, il semble bien que non. Combien d’autres exemples pourrions-nous citer ? La violence conjugale ? La DPJ ? Les guerres de gang de rues ? Les CHSLD ? Etc, etc,,,

La formule perdante

Première étape : le gouvernement annonce qu’il fera une importante annonce durant les jours qui suivent. Étape 2 : le gouvernement fait son annonce : par exemple, il investira X centaines de millions de dollars pour régler le problème. Étape 3 : on attend. Arrivé à ce point, bien des choses peuvent se passer. Les cordons de la bourse gouvernementales ne se dénouent pas si facilement. L’argent tarde à se rendre à destination. Autre facteur aggravant, entre temps apparaît un nouveau problème, exemple : une pandémie. Autre forme de la formule perdante: l’usure du temps : le temps passe et le problème passe aux oubliettes. Un exemple : un article paru en 2001 dans les médias relatait un nombre effarant de féminicides. En juillet 2001 (il y a donc 20 ans) on dénombrait au Québec 10 féminicides. J’avais à cette époque co-signé un livre et écrit une pièce de théâtre de prévention sur ce fléau social. Le tout est paru le 8 septembre 2001. Évidemment, les événements du 11 septembre 2001 reléguèrent le problème de la violence faite aux femmes aux oubliettes. Quand en 2021, on faisait le même constat quant au nombre de féminicide, je représentai l’idée d’une pièce de théâtre de prévention sur ce sujet à la ministre déléguée à la condition féminine. Celle-ci, après quelques semaines (un temps de procrastination normal) me recommanda de présenter le projet au ministre de l’Éducation. Après quelques semaines, celui-ci m’indiqua qu’il fallait que je présente cette idée dans les CSS (Centres de services scolaires, le descendant des anciennes commissions scolaires), Ce que je fis, mais je n’obtins aucune réponse ni même un accusé de réception de ces hautes instances. Puis, on apprit dans les médias que le CSSDM (Centre de services scolaire de Montréal) avait été mis sous tutelle, Probablement que la personne responsable du dossier à l’éducation à la sexualité n’a pas cru bon de prêter attention à mon dossier en de telles circonstances. Par politesse, je tairai ici son nom,

Une autre stratégie consiste à annoncer de gigantesques montants, par exemple 2 milliards de dollars en n’insistant pas sur le fait que ces argents seront versés sur une période de 5 ans par exemple. Il s’agit alors en moyenne de 500 000 000 par année qui seront soupoudrer à travers la province jusqu’à ce que de nouvelles priorités ne viennent arrêter le projet. Finalement, nous pouvons ajouter aux maux de la procrastinations les interprétations budgétaires. Un exemple. Supposons qu’une innovation dans le domaine de la médecine coûte un million de dollars et que sa mise en application fasse économiser 5 millions de dollars au MSSSQ. Versera-t-il le million de dollars ? La logique mathématique suggérerait que oui ? Mais le budget pourrait en décider autrement, En effet, le million dépensé est un réel million, tandis que les 5 millions économisés ne sont pas des argents qui entreront dans le système. Alors il est tentant de reporter la dépense du million au prochain budget. Et l’innovation ne verra pas le jour ici. 

Le mot de la fin

Il appartient au « retardataire chronique », appelé procrastinateur, qui n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. Ceci ne ressemble-t-il pas à toutes ces demandes d’augmentations salariales auxquelles nous assistons ?

En bon procrastinateur québécois, je remets donc à une prochaine chronique les solutions cette situation historique : les 3 D : dépolitiser, décentraliser et démocratiser. On pourrait même procéder par étapes…

5. sept., 2021

En cette fin de semaine qui pour plusieurs clôture les vacances, permettez-moi de vous présenter mon dernier-né. Il arrive après 37 autres livres et il s’intitule : Ma vie au temps de la pandémie.  J’en suis très fier et ce pour trois raisons majeures.

Laisser une trace

La première de ces raisons tient de la fierté personnelle. Nous traversons, bien malgré nous, une période historique. Depuis la tristement célèbre grippe espagnole (1919-1921), il n’y avait jamais eu de si grande pandémie que celle que nous vivons. Je voulais vraiment laisser mon empreinte d’auteur durant ce fléau qui nous touche tous encore.

Laisser un témoignage

En réalité, ce sont 52 témoignages que j’ai recueillis auprès de résidents et de personnes travaillant en résidence pour personnes âgées (RPA). Un grand merci encore à M. Luc Maurice pour m’avoir si généreusement ouvert les portes de ses résidences.

Laisser un message

Les personnes âgées ont été les premières et les plus nombreuses victimes de cette pandémie, particulièrement durant ce qu’il est convenu d’appeler la première vague de la Covid-19. Combien de personnes m’ont-elles confié à l’été 2020 qu’elles ne voudraient absolument pas devoir traverser une deuxième vague. Comme pour montrer toute la résilience dont sont capables ces personnes, au moment d’écrire ces lignes, nous avons traversé la troisième vague et une quatrième pourrait se poindre à l’automne. Les probabilités sont encore plus grandes parce que tout un pan de la population hésite à se faire vacciner au moment où de nouvelles souches plus contagieuses se répandent.

Faire un constat

À la suite de tout ceci, je ne peux qu’admirer la force de nos personnes âgées dont je suis encore plus fier de faire partie. Nous avons réussi à subir l’isolement, le confinement et toutes les mesures d’hygiène qui nous ont été imposées. Nous avons réussi à adapter notre vie, notre profession et nos habitudes à ce nouvel environnement social qui était désormais le nôtre. Non seulement y avons-nous survécu mais nous en sommes sortis grandis. Pour plusieurs d’entre nous qui étaient pratiquement ignorants de l’informatique, des réseaux sociaux et des nouveaux moyens de communication, nous avons été initiés aux facetime, zoom, teams, etc.   

Prendre des résolutions

En réalité, nous avons gagné en autonomie. Nous sommes, il faut se le rappeler, les contestataires des années 1960. Nous avons vu naitre l’assurance-maladie, les grandes réformes scolaires et la laïcisation de l’état. Tous ces concepts, avec ce qu’ils ont offert de bon et de mauvais, étaient tout-à-fait impensables avant les années 1960.

La pandémie nous aura appris que nous sommes capables de remettre l’épaule à la roue. Et il faudra le faire. Notre système de santé a besoin de sérieux changements. Il est fini le temps où il suffisait de changer les noms de Régies régionales en celui d’Agences de santé puis encore plus récemment en CIUSSS pour noyer le poisson et montrer qu’on a fait des changements. C’est à nous qu’il incombe, à nous les personnes âgées, de s’assurer que la prochaine réforme en sera une réelle. Et ce sera à nous de prendre les moyens pour être sur la table de conseil pour élaborer cette réforme et s’assurer qu’on ne tente pas une, énième fois, de camoufler sous un langage administratif des changements factices. C’est nous que le ministre de la Santé devra consulter parce que nous avons été là à l’origine de ce système, durant ce demi-siècle et plus d’opération et encore aujourd’hui. Et c’est nous qui avons encore le plus besoin. Notre présence à toutes les étapes de ce renouveau est donc essentielle.

Au niveau fédéral aussi, notre présence s’imposera rapidement. Avec les changements qu’Ottawa désire obtenir en fixant de nouvelles règles d’établissement des prix des médicaments brevetés, ce sont nous, les personnes âgées qui en feront majoritairement les frais. En effet, une courte recherche révèle que : « Selon une association bien établieNote8,Note10,Note20, la consommation de médicaments sur ordonnance augmentait avec l’âge, celle-ci passant de 12 % chez les 6 à 14 ans à 83 % chez les 65 à 79 ans. » ( https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/82-003-x/2014006/article/14032-fra.htm ). Le CEPMB (Conseil d’évaluation du prix des médicaments brevetés) se fait tirer l’oreille depuis plus d’un an pour ouvrir une réelle table de concertation avec, entre autres, les représentants des compagnies pharmaceutiques. Il faut aussi que les personnes âgées siègent à cette table. Nous étions là avant la mise en place des programmes d’assurance médicaments et nous nous rappelons bien cette époque, pas si lointaine, où l’on devait se passer de médicaments parce que nos salaires ne pouvaient pas nous permettre de les acheter. C’était l’époque où il fallait parfois choisir entre un demi-panier d’épicerie et une prescription d’antibiotiques. Nous ne voulons pas retourner là, mais nous ne voulons pas non plus, que nos grandes pharmaceutiques ferment leurs portes ici et aillent toutes s’installer ailleurs, là où ils pourraient tirer meilleur profit de leurs nouveaux médicaments. Car nous en avons besoin. Nous l’avons tristement constaté avec la présente pandémie. On peut se demander quel prix nous auraient coûter ces vaccins s’ils avaient été découverts et fabriqués ici. Ce sera bien difficile à comparer au prix que nous avons payé, puisque nous ignorons ce prix.

Un titre qui m’a ému

L’idée du titre : Ma vie au temps de la pandémie m’est venu du titre d’un autre livre : L’amour au temps du choléra, de  Gabriel Garcia Marquez. Dans ce livre, l’auteur décrit la vie de Florentino qui s'efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu'il ne cessera d'aimer, en secret, pendant cinquante ans. Bien humblement, moi, j’aime les gens de ma génération et pendant ces 50 dernières années, j’ai tenté d’être utile à notre société. Et la plus extraordinaire chose que j’ai réalisé après l’avoir écrit, c’est que, comme des centaines de milliers d’autres personnes de plus de 70 ans, je suis encore en mesure d’agir. Et, avec les réformes qui s’annoncent à la suite de cette pandémie, il ne manquera certainement pas d’action. Comme disait le proverbe : Qui m’aime me suive ! P.S. : Cette expression a vu le jour au XIVème siècle : alors que le roi Philippe VI partait en guerre, il lança cette phrase aux barons afin qu'ils l'accompagnent au combat. ( https://www.linternaute.fr/expression/langue-francaise/19444/qui-m-aime-me-suive/#:~:text=Cette%20expression%20a%20vu%20le,d'autres%20%C3%A0%20nous%20suivre. ).

Ma vie au temps de la pandémie, maintenant en librairies.

28. août, 2021

La culture m’est venue d’un cours qui n’existe plus aujourd’hui et que j’ai pu suivre grâce aux sacrifices que se sont imposés mes parents. Merci maman et merci papa. Il s’agissait du cours classique qui s’étendait de la fin du primaire jusqu’à l’entrée à l’université. Durant ces 8 années, nous y apprenions le latin, le grec, l’histoire, la géographie, la littérature, les mathématiques, les sciences et la philosophie.

Ma vie m’a conduit à emprunter bien des sentiers dans l’univers des sciences et particulièrement celui des sciences de la vie. Ainsi, je fus technicien de laboratoire dans deux hôpitaux de Montréal, préposé aux autopsies à l’Institut de médecine légale et chercheur en microscopie électronique au ministère de l’Agriculture à Québec. Puis un jour, ma fillette Marie, alors à peine âgée de 2 ans et quelques mois est entrée à l’hôpital, diagnostic : leucémie myéloblastique aiguë. Six semaines d’enfer plus tard, elle en décédait. Bien sûr, durant ces quelques semaines, mon épouse et moi étions plus qu’inquiets, parfois complètement paniqués. Mais nous côtoyions d’autres parents dont l’enfant était hospitalisé pour des maladies bien moins graves que celle dont souffrait notre petite Marie. Et souvent ces parents étaient encore plus terrifiés que nous.

Au sortir de cet hôpital le 25 novembre 1978, j’ai réalisé que les parents les plus affectés, étaient ceux dont les connaissances en sciences et en médecine étaient les plus faibles. C’est ce qui alluma chez moi cette passion d’écrire et de vulgariser les sciences. 

Et l’inspiration

Elle est venue de ce que j’aimais le plus au moment où je me lançais dans un projet. Ainsi mon premier livre s’adressait aux enfants. Comme je l’ai souligné plus haut, nous venions alors de perdre Marie. Les enfants, ceux qui nous restaient et notre toute dernière arrivée, Anne, m’ont inspiré mon premier livre : Les voyages fantastiques de Globulo un livre dans lequel un globule rouge parcourait le corps humain et, à l’aide de photographies en microscopie électronique que j’avais réalisées, expliquait aux enfants ce qu’il voyait.

Mon dernier né : Ma vie au temps de la pandémie.

C’est ce même amour pour mes semblables et cette même inspiration qui m’ont guidé vers l’écriture de mon plus récent livre. J’avais envoyé le projet à plusieurs groupes de résidences pour personnes âgées et le Groupe Maurice fut le premier à répondre à l’appel, merci M. Maurice. Grâce à Luc Maurice et aux membres dévoués de son personnel, j’ai pu réaliser 52 entrevues avec des personnes résidents en RPA et avec des employés de tous les secteurs y travaillant. Ce sont ces témoignages que vous trouverez dans ce livre dont je suis particulièrement fier et qui vient tout juste de sortir en librairies. Et en prime, par un beau hasard, j’ai pu redire ces deux mots que je n’avais plus jamais utilisés depuis ce jour tragique du 25 novembre 1979 : Bonjour Marie. En effet, la personne ressource à qui je m’adressais au groupe Maurice se prénomme Marie. Merci Marie.

Un 38ième livre :

Ce réflexe qui me semble bien québécois de taire ou du moins de parler le moins possible du vieillissement est enfin disparu pour moi. En effet Ma vie au temps de la pandémie est mon deuxième livre sur ce sujet, le premier avait été Vieillir la belle affaire, garder son pouvoir d’agir que j’avais eu l’honneur de co-signer avec le médecin gériatre Stéphane Lemire et qui est paru en septembre 2019. C’est ainsi qu’en m’intéressant aux personnes âgées, je me suis pris à aimer encore plus les personnes âgées. Cette pandémie, qui toucha d’abord ces personnes, me fit réaliser à quel point elles avaient été oubliées.

Vaincre l’âgisme

Bien sûr, il y a des personnes âgées grabataires ou en perte d’autonomie plus ou moins importante. Il faut d’abord réaliser que ce n’est heureusement pas le lot de la très grande majorité des personnes âgées. Il faut aussi se rendre compte que bien des personnes, bien plus jeunes, sont aussi grabataires ou en perte d’autonomie soit à la suite de maladies ou d’accidents. Alors, démystifions la réalité et apprenons à connaitre cette belle tranche d’âge que nous réserve la vie. Vivre vieux est d’abord un privilège. Mes parents ne l’ont pas connu. À leur époque, les avancés médicaux et technologiques n’étaient pas encore arrivés. Notre fille Marie, n’aura jamais eu le privilège de connaître la vieillesse non plus.

Alors il est grand temps d’entendre parler les personnes âgées, de connaitre leur vie, leurs aspirations, leurs rêves et aussi leurs déceptions. Ces personnes sont une force de notre société, une force qu’il faut cesser de mépriser et au contraire qu’on se doit de valoriser. Car elles sont la culture, la passion et l’inspiration dont nous avons et aurons tous grandement besoin pendant ce qui reste et au sortir de cette pandémie.

C’est pourquoi, de mon côté, je continue à travailler sur ce projet qui deviendra un jour réalité : un téléroman mettant en vedette la vie des personnes âgées. Je pense à un Chambre en ville qui mettrait en scène, non plus des jeunes adultes, mais plutôt des personnes âgées. Y a-t-il une Sylvie Payette dans la salle ?

En attendant, j’espère que vous serez les plus nombreux possibles à vouloir lire ce qu’avaient à dire les personnes âgées en temps de pandémie en vous procurant : Ma vie au temps de la pandémie. Disponible dans toutes les librairies au Québec et en ligne à travers tout le Canada.

Mon quatrième merci s’adresse donc à vous tous,

20. août, 2021

Ces mots proviennent d’une chanson interprétée par Alain Delon et la grande chanteuse au destin tragique : Dalida. Selon Wikipédia : « Les paroles (de cette chanson) décrivent la conversation d'un homme offrant à une femme "des caramels, des bonbons et du chocolat" suivie d'une pluie de compliments, à ce qu'elle dit, ils ne signifient rien pour elle car ce ne sont que des "paroles" – des mots vides. »

Il serait facile, trop facile, d’établir un lien avec nos politiciens en songeant à cette chanson. On a parfois l’impression qu’ils ne font que trouver et prononcer les bons mots, ceux qui augmenteront leurs cotes de popularité afin de conserver le pouvoir le plus longtemps possible. D’autant plus que, bardés d’une horde de spécialistes en communication, ils savent trouver LE mot qui sera le plus bénéfique ou sinon celui qui sera le moins terrifiant pour la population. J’en prends comme exemple contemporain le mot « enjeu » qui a remplacé celui de « problème » dans le discours gouvernemental. Un enjeu est, selon le dictionnaire Larousse : « Ce que l'on risque dans un jeu, en particulier une somme d'argent, et qui revient au gagnant. Ce que l'on peut gagner ou perdre dans une entreprise quelconque : L'enjeu du match est le titre de champion du monde. ». Mais, il est plus rassurant pour le bon peuple d’entendre parler des multiples « enjeux » de notre système de santé que de ses multiples « problèmes ».

Mais le problème (puisqu’il est préférable d’utiliser le mot juste), me semble beaucoup plus grave. Je crois sincèrement que la plupart des politiciens veulent changer et améliorer les choses. Quand notre ministre de la Santé parle de changements majeurs qu’il apportera au système de santé, il le fait le plus sincèrement du monde. Quand notre ministre des Aînés affirme qu’elle veut accélérer la construction de nouvelles résidences, nul ne doute de sa sincérité. Mais l’un et l’autre sont confrontés à des problèmes majeurs. Pour le ministre de la Santé, il s’agit de la taille du monstre qu’il dirige. Changer de cap pour un canot se fait en quelques coups d’avirons, mais lorsqu’il s’agit du Titanic, l’exercice est bien plus complexe et parfois, malheureusement, tragiquement, voué à l’échec. Nous l’avons vu au siècle dernier dans le naufrage bien réel du gigantesque paquebot (autour de 1 500 morts) et nous le vivons aujourd'hui avec la Covid 19 et les personnes âgées (plus de 10 000 morts). Sans un changement de cap le plus rapide possible pour le vaisseau appelé MSSSQ, d’autres icebergs et d’autres problèmes resurgiront et produiront d’autres hécatombes. Le ministre veut bien changer les choses, mais les trois mots clés de ce changement : dépolitisation, décentralisation et démocratisation, s’écrivent beaucoup plus facilement qu’ils ne se réalisent.

C’est ce qui m’a rappelé cette chanson et qui m’a fait réfléchir sur les nombreux mots que j’ai pu écrire durant ma carrière. Un livre fait environ 50 000 mots, j’en ai écrit 38 ce qui arrive au total de 1 900 000 mots et un article contient autour de 1 000 mots. Pour mes 500 articles, il faut donc en ajouter 500 000. En carrière, j’aurai donc écrit autour de deux millions et demi de mots.  C’est pourquoi, je comprends bien cette chanson : Paroles et paroles et paroles, et j’ai l’impression que nos gouvernements ne nous offrent souvent que des caramels, des bonbons et du chocolat.

Car c’est toujours plus facile d’écrire des mots que de s’attaquer à régler effectivement des problèmes. Mais, n’empêche que les mots ne sont pas vains. Dans l’ordre de la création et de l’innovation, il y a d’abord une idée que l’on exprime en mots. Pour atteindre le succès, il faut en plus traduire ces mots en actions. Et c’est là que, trop souvent, le bât blesse.

Que ces vacances estivales puissent apporter à nos gouvernements le courage et la ténacité nécessaire pour enfin adopter des mesures draconiennes et amener enfin leurs vaisseaux à bon part.