1. févr., 2020

Le système de santé: et si on s'y mettait

Les poètes possèdent cette sensibilité qui leur permet de trouver la beauté à travers les idées les plus simples. Jean-Pierre Ferland suggérait dans une de ses chansons que s’y on s’y mettait, le bonheur serait au rendez-vous. Qu’arriverait-il au système de santé… si on s’y mettait ?

Bien sûr, lorsqu’on est en pleine santé, le problème ne se pose pas vraiment. Il est alors facile de s’entourer d’un doudou d’indifférence.  C’est en effet rassurant de penser que tout n’est pas aussi noir que ce que les médias décrivent, qu’après tout si les gens faisaient attention à leur santé, nous aurions besoin moins souvent d’un système de santé.

À l’inverse, lorsqu’on est malade, on n’a moins la force de se battre contre un système qui cherche des solutions non pas orientées vers le patient mais vers son fonctionnement interne. Notre gouvernement se pose cette question : que puis-je faire pour améliorer mon système de santé pour répondre le mieux possible aux patients ?

À mon humble avis, nos gouvernants devraient plutôt se demander : qu’est-ce que les patients et nous pouvons trouver ensemble comme solution ? Tant et aussi longtemps que les patients ne seront pas inclus dans tous les processus décisionnels, nous en serons quitte pour appliquer la méthode actuelle : un trou, une cheville… Il manque des infirmières : on engage des infirmières; il manque des préposés, on engage des préposés, Il manque des argents dans le système, on coupe sur les prix des médicaments, il en manque encore, on reporte à plus tard l’entretien des installations, etc…

Pourtant, toutes ces solutions à la pièce ne règlent pas l’ensemble du problème que ce soit pour l’accessibilité aux soins, la pénurie de main d’œuvre ou encore le coût des médicaments ou celui de nos infrastructures. Au mieux, nous reportons de quelques années ou parfois seulement de quelques mois les conséquences de ces décisions. Plus de personnels se traduira à plus d’honoraires qui augmenteront d’années en années, moins d’argent investi dans l’entretien de nos hôpitaux, CHSLD ou autres mènera à des dépenses plus élevées en termes de réparations ultérieures. Les réductions sur les coûts des médicaments provoqueront des raretés de médicaments qui se traduiront par des maladies mal traitées et des patients plus mal en point qui coûteront plus cher au système. Etc, etc.

Les patients veulent s’impliquer

Nous n’avons qu’à regarder le nombre d’associations de malades, de regroupements d’usagers et de fondations couvrant les diverses maladies qui existent pour voir à quel point des gens se sentent concernés par l’avenir de notre système et veulent y contribuer bien souvent même bénévolement. Alors que manque-t-il ?

Une volonté claire du Ministère

Dans un document produit par les fonctionnaires du MSSSQ  intitulé : Cadre de référence  de l’approche de partenariat  entre les usagers,  leurs proches et les acteurs  en santé et en services sociaux, (https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2018/18-727-01W.pdf) publié au printemps 2018, le Ministère est appelé à améliorer cette approche entre lui et les usagers tant sur le plan de la santé (le patient-partenaire) que sur celui du système de santé. D’entrée de jeu (page 1 du document) on peut lire: «Enfin,  les  citoyens,  les  communautés  et  les  populations  peuvent  également  contribuer  à  l’organisation et à la planification des soins et des services ainsi qu’à la gouvernance par le biais de  diverses  approches  d’engagement,  dont  la  consultation.» Plus loin (page 12) on peut aussi apprendre :

«En contexte d’organisation des soins et des services et de gouvernance, les usagers et leurs        proches contribuent, par leur savoir, à l’amélioration de la qualité des soins et des services, et          à l’amélioration du système de santé et de services sociaux. L’approche de partenariat s’actualise alors entre les usagers, leurs proches et les différents          acteurs d’un établissement ou d’une instance provinciale (MSSS, INESSS, etc.). L’approche peut     s’actualiser,par  exemple,  dans  le  cadre  de  l’élaboration  d’une  politique,  ou  encore  de  la     planification ou de l’organisation de soins et de services en lien avec un programme ou une          trajectoire.»

Le Bureau des usagers

Pour passer des écrits à l’acte, il ne reste au Ministère qu’a déclarer haut et fort que dorénavant le patient sera non seulement impliqué dans ses traitements en termes de patient-partenaire mais aussi et surtout en termes de partenaire et de collaborateur aux décisions prises par le Ministère pour le présent et le futur de notre système de santé. Le Bureau des usagers sera le lieu d’échange entre toutes les associations, regroupements et fondations dont nous parlions plus haut et les instances décisionnelles du Ministère. La place du patient n’est plus, comme on l’a longtemps prétendu, au cœur du système mais, bel et bien, à la tête du système. C’était d’ailleurs le vœu que j’exprimais clairement dans le livre que j’ai signé avec la collaboration des docteurs Alban Perrier et Robert Ouellet et qui est paru aux Éditions Trois-Pistoles en 2012, livre qui s’intitule : Révolutionner les soins de santé, c’est possible.

C’est pourquoi, je vous répète ces quelques mots d’espoir : s’y on s’y mettait…

Le système de santé : si on s’y mettait, on aurait un Bureau des usagers et un système qui placerait le patient à sa tête, du jamais vu.