21. janv., 2021

La COVID 19, 20, 21

Si on veut que le bon peuple ne se révolte pas, la recette est simple : donnons-lui du pain et des jeux. Et elle est connue depuis au moins deux millénaires. En effet, durant le premier siècle après Jésus-Christ, Juvénal écrivait : Panem et circenses (trad. : pain et jeux du cirque). Et c’est cette formule que nos gouvernements actuels utilisent toujours. Pour ce qui est du pain, les chèques n’ont pas manqué tant du côté fédéral que provincial. Et en ce qui concerne les jeux, au Québec, nous avons la mémoire courte. En effet la raison invoquée en fin mars pour justifier la très peu reluisante position de tête du Québec en termes de nombre de cas et de décès dus à la Covid-19 lors de la première vague était le retour des vacanciers de la semaine de relâche. Des milliers de Québécois, dont certains de nos illustres élus, semblent en effet l’avoir oublié et sont partis passer les Fêtes au Sud. Et, comble de la chance pour eux, les mesures qui pourraient les empêcher de prendre leur avion de retour en cas d’un test positif, seront en application le 7 janvier; de quoi pouvoir terminer en toute quiétude, dans la joie et les festivités, leurs vacances tant méritées. Comme pour ajouter l’insulte à l’injure, l’un des plus illustres de ces voyageurs écrivait qu’après avoir considéré toutes les options, son épouse et lui, comme ils ne pouvaient pas voir leurs enfants, ont retenu la seule option qui restait : partir en voyage dans le Sud. Ils ont malencontreusement dû oublier l’option de demeurer, comme des millions de Québécois, seuls à leur domicile durant ce temps des Fêtes. Cette stratégie d’accorder des trêves dans les mesures sanitaires a été utilisée sans succès au début de la pandémie (vacances scolaires), dans les déconfinements des bars, salles de gym et autres lieux de loisirs au début de l’été, puis finalement aux Fêtes en omettant de fermer les frontières aller-retour. Le virus n’aurait pu espérer meilleur environnement.

Les prédictions 2021

Certains et ce même dans la classe des scientifiques de grande renommée, voient avec un grand optimisme l’arrivée de 2021. Jamais, de toute l’histoire de l’humanité, ajouteront-ils, nous n’aurons accompli autant de recherches et obtenus autant de résultats en si peu de temps. Personnellement, je crains surtout, qu’avec de telles paroles, ils incitent sans le vouloir à un relâchement des mesures sanitaires et surtout qu’ils aient bien vite oublié la première leçon que ce coronavirus nous a servie dès son arrivée en décembre 2019 et qui pourrait s’exprimer ainsi : on ne peut pas prévoir. En effet, même au début janvier 2020, la très savantissime Organisation mondiale de la santé (OMS), ne pouvait prévoir que ce virus allait provoquer la pandémie telle que nous la connaissons. Alors, en termes de prévisions, ne vaudrait-il pas mieux de se garder, pour utiliser le langage courant « une petite gène » ? D’autant plus que notre ennemi invisible a réussi une première mutation identifiable qui lui permettrait d’augmenter encore sa contagiosité.

Le véritable espoir 2021

Si nos prédictions ne sont pas tellement plus valables qu’elles ne l’étaient à pareille date l’an dernier, que nous reste-t-il pour envisager cette année 2021 avec sérénité ? Il s’agit d’une obligation que nous omettons habituellement trop facilement : c’est le devoir de mémoire. Au Québec, 8 226 personnes sont décédées des suites de la Covid-19. Parmi celles-ci près de 6 000 étaient des personnes de 65 ans et plus. C’est plus de 10 000 enfants et petits-enfants qui ont pleuré leurs parents et grands-parents.

En 1974, le grand Serge Fiori et le groupe Harmonium écrivait et chantait :

« Où est allé tout ce monde
Qui avait quelque chose à raconter, mhh
On a mis quelqu'un au monde
On devrait peut-être l'écouter…
 »

Aujourd’hui, on pourrait se demander où est allé tout ce monde qui ont vécu la pandémie et toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher durant cette année. Et on ajouterait : on devrait peut-être les écouter. C’est cela le devoir de mémoire.

Se rappeler : une nécessité

Dans tout processus de guérison mentale, la première étape est de bien identifier l’élément déclencheur. Cette prise de conscience permet d’établir des bases solides sur lesquelles toutes les mesures de réhabilitation pourront se poser. Comment est arrivé pour vous le facteur déclenchant ? Comment l’avez-vous vécu au jour le jour ? Quels souvenirs bons et mauvais gardez-vous de cette période ? Toutes ces questions permettent de bien enclencher le processus de guérison. Il y a une autre bonne raison à ce devoir de mémoire. C’est celle de rappeler aux générations présentes et futures le vécu quotidien des personnes en ces temps de pandémie. Chaque personne vit sa propre histoire et a le droit de la faire connaître tant pour s’aider elle-même que pour appuyer d’autre personnes qui traversent des moments semblables. Bien sûr, les histoires se ressemblent, l’exercice peut sembler redondant. Mais chacune reste unique, chacune est l’histoire d’une tranche de vie d’un humain. Personnellement, j’ai perdu une de mes tantes. Ma tante Jeannine avait plus de 90 ans. Elle n’avait pas suivi le mouvement féministe, elle en avait toujours été à l’avant-garde. J’ai aussi perdu un beau-frère. Gilles était celui qui depuis le décès de sa mère, huit ans auparavant, organisait chaque mois une fête de famille pour réunir ses 3 autres frères et ses 5 sœurs afin de tous les garder dans l’esprit familial. C’était aussi un clown qui faisait rire et qui travaillait comme cuisinier dans les centres de la petite enfance. J’ai aussi perdu un grand ami d’enfance. J’avais fait mes études classiques avec lui et François et moi étions toujours restés unis par la suite. Une de mes belles-sœurs, Johanne a aussi perdu sa sœur. Je suis désolé Johanne de ne pas avoir pu être présent durant cette grande épreuve pour toi.

J’espère qu’un jour, une grande plaque sera érigée où seront écrits les noms de ces victimes de la Covid-19, comme celle où sont écrits les victimes du 11 septembre 2001. Car, après tout, les morts de la Covid-19 sont bien plus que des statistiques quotidiennes, ils ont été de vrais êtres vivants.

Je voudrais donc vous offrir, en guise d’étrennes du Nouvel An, l’onglet COMMENTAIRES tout au bas de la page et vous inviter à y écrire votre témoignage, votre vécu durant cette pandémie, vos pires et vos meilleurs moments. Ce sera bon pour vous et pour tous nos lecteurs présents et futurs.

Merci à vous toutes et tous.