10. avr., 2021

Les histoires autour du fameux Ritalin

École, pas d’école, demi-classe, classe pleine, temps plein, temps partiel, télé-enseignement ou présentiel… ? Toutes ces questions nous sont arrivées avec la pandémie actuelle. La seule vraie réponse : l’intérêt de l’enfant. C’est ce à quoi chaque parent, chaque enseignant et chaque gestionnaire de la santé et de l’éducation est appelé à répondre. Les parents ne décident pas de mettre au monde des enfants s’ils ont l’intention de ne pas répondre aux intérêts de leur progéniture. Et les enseignant ne se dirigent pas vers cette noble profession s’ils ne possèdent pas ce désir de motiver les jeunes à apprendre. Ceci étant dit, dans chacun de ces groupes, il y en a des meilleurs et des moins efficaces, heureusement et malheureusement. Tout ce débat m’en rappela un autre tout aussi enflammé : pour ou contre le Ritalin

Bien souvent, nous sommes victimes de perceptions erronées. Ainsi, j’étais relativement persuadé que le Ritalin, dont on parle tant, était un nouveau médicament. Tout au plus, pensais-je, datait-il de 5 ou 10 ans. Erreur, la célèbre pilule a atteint la soixantaine. Et, il y a 60 ans, on l’utilisait exactement pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui, ce que les spécialistes appellent les TDAH, les troubles d’attention et de l’hyperactivité. Cycliquement, les pro et les « anti » relancent le débat sur la place publique et c’est pourquoi nous avons la fausse impression qu’il s’agit d’un nouveau remède aux conséquences aussi imprévisibles que potentiellement néfastes.

J’ai bien écrit fausse car depuis autant de temps d’utilisation, des recherches ont été effectuées pour établir un suivi chez les enfants-Ritalin, ceux qui en avaient reçu durant leurs études primaires il ya 20 et 30 ans. Que sont-ils devenus ? Ont-ils tous terminé leurs études universitaires ? Ou, au contraire, sont-ils tous devenus des adeptes de la cocaïne ou du Prozac ? Bien sûr ni l’une ni l’autre de ces réponses n’est vraie. Le Ritalin n’a pas produit plus de génies ni plus d’accros aux médicaments qu’on en trouve normalement dans la société. Mais nous pouvons évaluer que de manière générale, ceux qui avaient besoin de Ritalin et qui en ont bénéficié au moment propice sont devenus des adultes qui jouissent d’une meilleure estime d’eux-mêmes et qui ont réussi à développer plus facilement une relation privilégiée parent-enfant et ont connu au moins une relation privilégiée enseignant-élève durant leurs études primaires. Quant à la supposée surconsommation qu’on attribue au Ritalin, il s’agit là aussi d’un mythe.  Aux Etats-Unis, où environ 5% des enfants souffrent de TDAH, on retrouve 2% des enfants qui prennent du Ritalin. Finalement pour ceux qui s’indignent à la nouvelle que ce sont les enseignants qui dépisteraient les enfants atteints, il suffit de comprendre qu’ils sont bien souvent mieux placés pour observer le comportement d’un enfant par rapport aux autres lors d’activités exigeant une grande concentration. Avant l’arrivée de la télévision, c’est aussi à l’école qu’on détectait le plus rapidement la myopie, la maîtresse s’apercevant que tel enfant ne voyait pas ce qu’il y avait sur le tableau. Aujourd’hui, avec la télé, on peut se rendre compte à la maison que l’enfant s’assoit trop près de l’appareil et consulter plus tôt et faire vérifier la vision de l’enfant.

Il y a près d’une vingtaine d’années, je réalisais une entrevue avec le Robert Dubé, pédiatre du développement et professeur agrégé de clinique à l’Hôpital Ste-Justine. Selon lui. Et c’est toujours d’actualité de nos jours, la situation idéale se présente lorsque les parents, l’école et tous les types d’intervenants dont le médecin travaillent tous dans la même direction. Et cette direction est le meilleur intérêt de l’enfant.

« Le médicament est sécuritaire et efficace lorsque pris selon les doses recommandées. De plus, il provoque souvent une synergie dans laquelle l’enfant voit et sent qu’on lui porte intérêt. Ceci crée des relations plus harmonieuses entre parents et enfants et enseignants et enfants. Cette combinaison, médicament et sentiment de l’enfant qu’on s’occupe de lui, favorise l’augmentation de l’estime de soi chez l’enfant qui éprouvera ainsi moins souvent le besoin de déranger pour attirer l’attention. Pour les parents, il s’agira alors d’éviter l’écueil de tout laisser faire à l’enfant sous prétexte quer ce ne serait pas sa faute car il est hyperactif » , comme le  soulignait le Dr Dubé. « Le plus difficile demeurera toujours la constance. Ajoutait-t-il, « Il faut savoir amener l’enfant à faire au mieux avec ce qu’il est. Cela s’appelle respecter l’enfant. »

Il y a quelques années, je participais à une émission télé où j’ai eu la chance de côtoyer un illustre psychiatre, le docteur Martin Gignac, chef du département de pédopsychiatrie de l’Hôpital pour enfants du CUSUM, Celui-ci me fournit l’argument ultime qui me convainquit à jamais en faveur du Ritalin. en gros, il m'a fait réaliser qu'aucun enfant n’aime déplaire à ses parents ou à ses enseignants. L’enfant désire avant tout être aimé et lorsqu’il sent que les personnes proches de lui n’ont que des réprimandes à lui faire, il devient très malheureux et très anxieux.    

Alors, est-il pensable d’arrêter de mettre de l’huile sur le feu de la guerre entre les pro-Ritalin et les anti-Ritalin et de focusser nos intérêts sur celui et – uniquement - sur celui de l’enfant?

Car après tout, c’est de lui dont il s’agit.