17. avr., 2021

La stratégie de surveillance et d’endiguement.

Cette semaine, la docteure Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal, annonçait un projet pilote de vaccination pour contrer la Covid-19 et particulièrement ses variants. Le projet vise à vacciner le plus rapidement possible toutes les personnes proches d’un milieu d’éclosion. Par exemple, il y a éclosion dans une école. Alors, on vaccine tous les enfants, parents, enseignants et personnels reliés à cette école. Personnellement, je crois que non seulement l’histoire lui donnera raison, mais il y a près de 25 ans, une pareille stratégie a été proposée par l’OMS pour éradiquer la variole et… ce fut un succès total. En effet, le dernier cas répertorié de la variole a été diagnostiqué en Somalie en début 1977 et la maladie a été officiellement déclarée éradiquée le 8 mai 1980. Un brin d’histoire s’impose.

La variole

La variole était une maladie hautement contagieuse qui, en plus de défigurer à vie celles et ceux qui en étaient atteints, tuait 30% de ceux qui l’attrapaient. Le premier de tous les vaccins découverts fut d’ailleurs celui contre la variole et on doit sa découverte à un médecin de campagne : le docteur Edward Jenner. Nous sommes alors le 17 mai 1796. Il faudra compter près d’un siècle et demi avant que la vaccination ne fasse son chemin.

Vers le milieu du XXe siècle, l'idée d'éradication complète de la variole fait son apparition. Ainsi, en 1950, la Panamerican Sanitary Organisation entreprend par des campagnes massives de vaccination d'éradiquer la variole de l'Amérique. L'Union soviétique emboîte le pas en 1958 et l'OMS en 1959. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Au milieu des années 1960, les responsables du programme constatent: « Les campagnes d'éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais ont échoué dans la plupart des cas. » À la vaccination de masse, il fallait donc ajouter autre chose.

En 1967, l'OMS adopte donc une nouvelle stratégie. Il s'agirait alors d'identifier les cas de variole, de les isoler et de vacciner tous ceux qui vivent à proximité de ces cas. Ce mode d'intervention connu sous le nom de stratégie de surveillance et d'endiguement connut enfin le succès escompté tant et si bien que la variole n'existe plus comme maladie sur toute la surface de la terre. Pour éviter toute contamination accidentelle, tous les stocks connus du virus furent transférés dans deux laboratoires, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis et le Centre national de recherche en virologie et biotechnologie (VECTOR) de Koltsovo en Russie. Ces laboratoires conservent ces souches pour fin de recherche scientifique et au cas où de nouveaux cas viendraient à se manifester. Par exemple, au Canada, la vaccination de masse a été abandonnée en 1972. Tous ceux qui sont nés après cette date n'ont donc jamais été vaccinés contre ce virus.  On doit donc conserver des stocks pour recommencer une vaccination advenant une contamination accidentelle ou lors d'une guerre biologique par exemple.

De retour à nos jours

Loin de moi, l’idée de crier victoire trop tôt. Mais force est de constater que l’idée de la docteur Drouin d’adopter aujourd’hui cette stratégie de surveillance et d’endiguement dans notre combat contre la Covid-19 risque bien de porter fruits. Nous n’en sommes pas encore à rêver de l’éradication de cette maladie. D’ailleurs nous devons nous rappeler qu’à ce jour, seule la variole a pu être totalement éradiquée de notre planète, Nous aurions pu obtenir le même succès avec la poliomyélite. Mais comme certaines régions refusent systématiquement toute vaccination, ceci maintient des foyers actifs de prolifération du virus et n’a pas permis d’éradiquer totalement cette terrible maladie.

Morale 101 en guise de conclusion,

D’ailleurs, il faudrait profiter de cette situation pour tenter de convaincre une fois pour toutes celles et ceux qui refusent se faire vacciner et particulièrement certains travailleurs de la santé. Qu’une personne décide de ne pas se faire vacciner est certainement navrant et dangereux pour elle et ceux qu’elle fréquente. Mais si de plus cette personne travaille auprès de malades ou de personnes affaiblis en milieu hospitalier ou dans des résidences pour personnes âgées ou pire dans un CHSLD, là, cela devient tout à fait inacceptable, Certains diront : totalement immoral.