24. avr., 2021

Qui connait le CEPMB

Les acronymes font maintenant partie du langage courant. Qui n’a jamais entendu parler d’OVNI (pour objets volants non identifiés) ou encore du SIDA (pour syndrome d’immunodéficience acquise) ?

Mais, peu de gens, j’oserais presque dire heureusement, connaissent le CEPMB. Il s’agit de l’obscur Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés. Il convient de parler d’obscurité en y référant car ses réalisations contrastent avec la mission pour laquelle il s’autodécrit. En effet sur son site web le CEPMB définit ainsi son rôle : « Le CEPMB protège et informe les Canadiens en s’assurant que les médicaments brevetés ne sont pas vendus au Canada à des prix excessifs et en faisant rapport des tendances pharmaceutiques. » Dans la vraie vie, il est lieu de se questionner sur ce rôle de protection et d’information que l’organisme s’octroie si généreusement. Éliminons d’abord le mythe : Le CEPMB informe les Canadiens. Lorsque votre acronyme n’est connu de personne ou presque, nous sommes en droit de nous questionner sur la quantité et la qualité de cette information auprès des Canadiens.

Quant à la protection que l’organisme prétend exercer, là aussi, bien des remises en question s’imposent. Par exemple, cela aura pris la pandémie de la Covid-19 pour que notre bon gouvernement réalise que nous n’avions plus aucune capacité de produire des vaccins au Canada. Je me souviens encore avec nostalgie du fameux Institut Armand-Frappier dont le principe fondateur était de faire de la recherche, découvrir des produits, les vendre et avec l’argent récolté, réinvestir dans la recherche. Sous la gouverne de son fondateur l’Institut Armand-Frappier a ainsi fabriqué et distribué des vaccins contre la tuberculose, contre la coqueluche, la rougeole et l’influenza (la grippe). De cette heure de gloire à l’absence de producteur de vaccin que l’on connaît dangereusement aujourd’hui, que s’est-il passé ?

Le prix le plus bas fait loi

Depuis la fin des années 1980 jusqu’aujourd’hui, les gouvernements se sont appliqués à tenter de réduire les frais reliés à la santé. Force est de constater que ce fut un échec retentissant. Jamais les budgets en santé n’ont été aussi lourds que de nos jours. Mais lorsqu’on échoue ainsi, l’occasion est facile de chercher un bouc émissaire. C’est ainsi que les compagnies pharmaceutiques sont devenues la cible idéale. Quoi de plus facile que de mettre les grandes pharmaceutiques multimilliardaires sur le banc des accusés ? Selon les « experts » fonctionnaires, les médicaments coûtaient trop chers et il suffisait de favoriser les achats de médicaments génériques et diminuer au maximum l’achat de médicaments d’origine pour régler le problème. Le calcul était simple, les médicaments d’origine sont protégés par un brevet pour permettre aux pharmas de récupérer les argents qu’elles ont investis en recherche et développement. Une fois ces brevets expirés, les médicaments peuvent être fabriqués par d’autres compagnies qui les vendront moins chers, ce sont alors des médicaments génériques.

Mais nos savants fonctionnaires ont oublié au moins deux choses dans leurs calculs. 1) Si les compagnies qui trouvent et vendent des nouveaux médicaments, doivent absolument vendre leurs médicaments au plus bas prix, la tentation sera forte, sinon irrésistible, de déménager leurs pénates dans d’autres endroits afin de conserver leur marge de manœuvre. Ces pays sont soit des endroits où la main d’œuvre est moins chère ou encore dans des pays qui sont prêts à payer le juste prix du médicament novateur.  2) De plus, si les recherches se font ailleurs, les fruits de ces recherches seront alors disponibles ailleurs et la fabrication de ces nouveaux médicaments se fera aussi ailleurs. C’est ainsi que le Canada se retrouve aujourd’hui dans une position où il dépend du bon vouloir des autres nations pour se procurer des vaccins.

La où le bon sens n’a plus de sens

Avec de tels constats, nous serions tentés de croire que l’organisme de contrôle du gouvernement fédéral, le CEPMB, irait s’assoir avec les compagnies pharmaceutiques pour entamer un vrai dialogue qui permettrait de joindre les deux réels objectifs en jeu : la santé des Canadiens et les coûts des médicaments. Eh bien, contre tout bon sens, le Conseil du prix des médicaments brevetés continue de décliner toutes les offres des pharmaceutiques pour une telle discussion. Qui plus est, l’organisme multiplie les déclarations trompeuses que l’on peut d’ailleurs retrouver dans son rapport annuel de 2019.

Pourtant la volonté des compagnies pharmaceutiques est toute autre : « Si nous voulons vraiment obtenir un secteur des sciences de la vie dynamique qui garantit aux Canadiens l’accès aux nouveaux médicaments et vaccins, nous devons avoir une conversation honnête sur la contribution et l’impact de l’industrie des médicaments novateurs. » tel que le réclame Médicaments novateurs Canada dans un communiqué daté du 26 mars dernier.

Les patients devraient avoir une place privilégie dans ces discussions, car en bout de ligne, ce sont deux, et seulement eux, qui paieront le prix de ces tergiversations du CEPSEM. On peut dès aujourd’hui penser à toutes celles et ceux qui n’ont pas encore reçu leur vaccin contre la Covid-19. Ces personnes sont en droit de se demander si elles le recevront à temps, surtout depuis que les variants accélèrent le nombre de cas.

Mais il ne faut pas s’inquiéter, selon nos gouvernements, il n’y a plus de problèmes en santé. Maintenant, nous appelons cela:  des enjeux…