8. mai, 2021

Le moi au temps de la pandémie

En réalité, le moi n’aura jamais été aussi important qu’en ces temps de pandémie. Bien sûr, quand je pense à moi, quand je pense à me protéger de la Covid-19, je travaille à sauver ma propre vie. Si je limite le plus possible les contacts avec les autres humains, si, lorsque j’ai ces quelques contacts limités, je maintiens les 2 mètres de distanciation, je porte le masque et je me lave les mains fréquemment, je minimise ainsi les possibilités que le virus puisse entrer dans mes poumons. Si de plus, je me fais vacciner, alors j’augmente d’un cran mon niveau de protection. Parce que si, malgré toutes mes précautions, je venais à entrer en contact avec un virus, mon système immunitaire le reconnaîtrait rapidement et pourrait l’éliminer avant qu’il ne puisse déclencher en moi la terrible maladie. Tout ce préambule indique clairement les bénéfices pour moi d’éviter le plus possible de rencontrer un virus et les avantages de me faire vacciner au cas où je viendrais tout de même à le croiser. Car le moi est maintenant en guerre contre un ennemi invisible, puissant et innombrable, un virus.

La protection de moi-même est encore plus importante. Car en évitant de me transformer en usine à virus, j’évite de propager cette Covid-19 et je protège ainsi les autres humains qui m’entourent : mes grands-parents, mes parents, mes enfants, mes amis, mes collègues de travail et ceux que je croise au hasard du temps. Un moi non infecté est bien sûr un avantage énorme pour moi ET aussi un avantage pour toutes celles et ceux que je rencontre.

Une guerre à finir

Dans cette guerre, comme dans toutes les autres, il y a les siens et les ennemis. Ici les siens, ce sont tous les humains et les ennemis, ce sont les virus qui utilisent les humains comme usines de fabrication de milliards de virus semblables à eux. Est-ce que les humains ont tout fait pour éviter de se transformer ainsi en arsenal à virus ? Malheureusement, dans bien des cas non. Deux exemples me viennent spontanément à l’esprit.

Exemple UN : le programme Alerte-COVID

En date du 15 avril 2021, soit plus d’un an après sa mise en application, ce programme qui peut avertir lorsqu’une personne a été en contact avec un porteur du virus n’a suscité que 6 473 766 téléchargements à travers le Canada qui compte pourtant 38 135 003 habitants donc à peine un peu plus d’une personne sur 5 s’est prévalue de cet outil tout à fait gratuit qui aurait pu s’avérer d’une grande efficacité dans les stratégies de lutte contre la Covid-19.

Exemple DEUX : les vaccins

Au grand dam des associations complotistes et des sempiternels groupes antivaccins qui, années après années, claironnent leurs menteries sur toutes les tribunes qui leurs sont malheureusement accessibles, un effort mondial sans précédent de tous les chercheurs aura permis de produire en moins d’un an des vaccins efficaces contre l’ennemi numéro 1 : la Covid-19. C’est, comme il l’a été souvent répété, du jamais vu dans la grande histoire humaine. Mais au lieu d’assister à un flot continu de personnes attendant leur vaccination, on se retrouve avec des plages non occupées et des vaccinateurs qui se tournent les pouces pendant que le virus profite de ces trêves qui lui sont accordées pour continuer ses multiplications à gogo tout en produisant des variants qui, s’y nous n’intervenons pas assez rapidement, aboutiront à des souches qui seront capables de contourner les vaccins actuels. Alors, nous entrerons dans une nouvelle guerre mondiale contre ces nouveaux variants.

À la guerre comme à la guerre

Nous qui sommes nés après 1945, n’avons jamais vécu de guerre mondiale. Ceux qui les ont vécues et ceux qui ont dû combattre dans les armées connaissent bien le climat militaire. En guerre, les libertés individuelles sont bien moins importantes que la protection collective. Quand comprendrons-nous que nous sommes présentement en guerre contre un ennemi bien plus puissant que tous ceux rencontrés dans les guerres entre les humains, un ennemi invisible et qui augmente ses troupes chaque fois qu’un être humain en est infecté. Alors, lorsque les gens refusent de se faire vacciner ou craignent un vaccin qui pourrait apporter des complications dans 1 cas sur 100 000 (un cas sur cent mille cas) alors, je me dis que le moi est devenu trop important. Et quand 40% des gens qui œuvrent au sein des organismes de santé refusent de se faire vacciner, quelle qu’en soit leur raison, la situation devient carrément immorale. Que faudra-t-il pour que l’on se rappelle des plus de 10 000 personnes qui pourraient être encore parmi nous au Québec et qui sont décédées durant les premières vagues de cette pandémie ici ? Et surtout que dire à celles et ceux qui refusent de se soumettre aux règles de santé publique et de se faire vacciner ? Il faudra bien que quelqu’un leur dise que le virus de la Covid-19, sans être muni d’aucun cerveau, est bien plus habile qu’eux.

Le temps du moi absolu sera un jour révolu. Dans un bientôt que je souhaiterais le plus tard possible, la survie collective deviendra alors bien plus importante que celle de chacun des humains. Si ce n’est pas un ou des virus qui y parviennent, ce sera le climat et l’environnement qui nous forceront à penser à la survie collective plutôt qu’au bien-être individuel.

Dommage, pourtant les premières vagues de la Covid-19 nous auront avertis.