15. mai, 2021

La pandémie, et après…

Que ce soit pour la santé physique ou la santé mentale, notre système ne répondait pas très bien aux attentes avant la pandémie. Nous n’entreprendrons pas ici, une étude exhaustive de ces manquements, mais parmi les lacunes d’avant la pandémie, signalons la difficulté à trouver un médecin de famille, les listes d’attentes en chirurgie, l’engorgement des hôpitaux, les services aux personnes âgées, etc., etc. Quant aux services informatisés, les cafouillages (et les coûts) n’ont cessé de se succéder, sans pour autant atteindre une efficacité normale. Il semble que les gouvernements passés n’aient été allergiques qu'à la seule lettre « D » comme dans dépolitiser, décentraliser et démocratiser. Le seul espoir : le gouvernement actuel, profitant d’une cote d’amour et de fidélité inhabituelle, profite de cette occasion, unique dans l’histoire, pour engager les réformes nécessaires pour la vie et la santé physique et mentale de toute notre société après la pandémie.

Et pour la vie sociale ?

S’il est une qualité qu’on ne saurait nier à notre population en termes de problèmes sociaux, c’est bien celle de l’immuabilité. En voici un bien triste exemple :

Nous étions alors en 2001 et je venais de terminer l’écriture d’un livre avec un psychiatre. Le titre du livre : Au secours des femmes. Et il fut fort bien accueilli par le milieu tel que souligner par de nombreux commentaires publiés alors tant dans La Presse que dans d’autres médias. Par exemple, dans La presse du 8 septembre, Marie-France Léger écrivait : « En 2000-2001, le taux d’occupation des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence a atteint 88%, soit une augmentation de 5% par rapport à l’année précédente. » Dans le même article, madame Léger note qu’en 2000, il y avait eu 19 femmes tuées dans des drames conjugaux. Force est de constater que les chiffres actuels n’ont rien à envier à ceux d’il y a... 20 ans.

Mais il y eut un hic : le livre est paru en librairie le 8 septembre 2001 et trois jours plus tard, il y eut le 11 septembre 2001. La planète entière n’eut alors d’autres préoccupations que ces évènements tragiques. La défense des femmes battues retourna aux oubliettes.

Vingt ans plus tard, il semble bien que trop peu ait été fait pour contrer ce désastreux et honteux phénomène social qu’est la violence faite aux femmes. Nous venons à peine de subir collectivement cette vague de 10 féminicides et il semble poindre enfin des solutions aussi diversifiées que nécessaires : augmenter les budgets de soutien, obliger le port de bracelets électroniques pour les hommes violents et la création d’un comité visant à enrayer les crimes contre les femmes et les féminicides. Toutes ces actions sont aussi louables que nécessaires.

Mais il reste un volet oublié, il s’agit de la prévention. Il faut agir auprès de tous nos jeunes adolescents afin que les garçons réalisent la portée des gestes de violence envers les femmes et que les filles puissent détecter des comportements problématiques avant même leurs apparitions. Derrière les élans romantiques de jeunes Roméo éperdus se cachent parfois l’aube de comportements manipulateurs, contrôlants et éventuellement dangereux ou même tragiquement mortels.

En 2001, j’avais écrit une pièce de théâtre que j’avais intitulée : Quand Roméo devient Pierre. Mon idée était d’en organiser une tournée dans toutes les écoles secondaires du Québec. Mais les événements du 11 septembre, comme cités d’entrée de jeu, ont mis fin à ce projet qui est ainsi, mort dans l’œuf. En mars dernier, j’ai donc relancé l’idée auprès des instances gouvernementales concernées.

Mon seul vœu est qu’il se concrétise avant qu’une autre catastrophe ne relègue encore une fois aux oubliettes le problème de la violence faite aux femmes et les féminicides. Parfois, l’histoire a une bien fâcheuse tendance à se répéter et ce, pour son plus grand malheur et, en l’occurrence ici, celui des femmes.

En résumé, notre système de santé était déjà bien malade avant la pandémie, se détériora durant la pandémie et nous espérons enfin un miracle pour l’après pandémie.